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23 avril 2026

JEAN-PIERRE LÉAUD, CE HÉROS DOCUMENTAIRE

JEAN-PIERRE LÉAUD    1944

Acteur Français

Au tout début de sa carrière cinématographique, une annonce parue dans "France Soir" est à l'origine de la carrière cinématographique de cet adolescent inquiet et collégien dissipé que le métier d'acteur attire. Elle émane d'un critique, François Truffaut, qui cherche un jeune garçon pour personnifier Antoine Doinel, héros turbulent des "400 coups" (1959).  C'est l'histoire d'un garçonnet incompris et maltraité par ses parents (Albert Rémy et Claire Maurier), ses professeurs (Guy Decomble) et plus tard la police. Premier long métrage réalisé par François Truffaut de ce que l'on appelait "Nouvelle Vague". C'est un récit autobiographique. Le cinéaste se penche sur son enfance et la décrit - à travers une succession de savoureuses anecdotes - en termes poétiques et dramatiques. Antoine Doinel est son alter ego. Ce film-manifeste a été doublement couronné au Festival de Cannes 1959 : Prix de la mise en scène et Prix de l'Office Catholique International du Cinéma.

 

Jean-Pierre Léaud est né le 5 mai 1944 à Paris, il est le fils de la comédienne Jacqueline Pierreux et du scénariste Pierre Léaud. Familiarisé avec le cinéma depuis sa courte apparition dans "La Tour prends garde" (1957) de Georges Lampin, Léaud y répond en joignant une photo. Convoqué pour un test filmé avec cent autres candidats, il s'y révèle stupéfiant de spontanéité et de liberté dans l'improvisation. Sa bouleversante création remplit d'enthousiasme le jury du Festival de Cannes en 1959 et son président d'honneur, Jean Cocteau, l'engage aussitôt pour son "Testament d'Orphée" (1959). L'année suivante, Julien Duvivier lui demande d'incarner un autre adolescent à problèmes dans "Boulevard" (1960) avec Pierre Mondy.

 

A l'âge de seize ans, Léaud devient l'acteur fétiche de la Nouvelle Vague. Il poursuit durant, des années, un dialogue secret avec Truffaut qui a découvert en lui son double et lui confie le personnage d'Antoine Doinel en divers stades de sa maturation. Truffaut a souvent raconté son adolescence qui fut une période particulièrement houleuse : fugues, fréquentations clandestines des cinémas, un amour malheureux - qui inspirera "Antoine et Colette" - l'épisode français de "L'Amour à vingt ans" (1962) avec Jean-Pierre Léaud. Le réalisateur Jean-Louis Richard le met en scène aux côtés de Jeanne Moreau et Jean-Louis Trintignant dans "Mata Hari agent H21" (1964). Puis il tournera successivement cinq films avec Jean-Luc Godard dont le premier "Alphaville" (1965) où Eddie Constantine est la vedette, "Masculin Féminin" (195), "Pierrot le fou" (1965) où Jean-Paul Belmondo et Anna Karina sont les principaux interprètes du film et "Made in USA" (1966).  A cette même période, Léaud tourne un moyen métrage sous la direction de Jean Eustache dans "Le Père-Noël a les yeux bleus" (1966), lequel retrouvera le réalisateur pour son chef d'œuvre "La Maman et la putain" (1973). Sa carrière est entrée dans une phase plus introspective, qui trouve son aboutissement avec ce long métrage de 220 minutes tourné en 35 mm, noir et blanc.

 

Jean-Pierre Léaud et Juliet Berto sont les acteurs principaux du film de Jean-Luc Godard "La Chinoise" (1967). Ce film irrita beaucoup les intellectuels politisés apparut comme prophétique après les évènements de 1968. Puis le jeune comédien fut à l'affiche du quatrième long métrage de Jerzy Skolimowski "Le Départ" (1967), tourné en muet, Léaud ne se priva pas d'improviser son texte sur le plateau, mais dut réintégrer les dialogues originaux lors de la postsynchronisation en studio. "Le Départ" reçut l'Ours d'or et le Prix de l'Union internationale de la critique au Festival de Berlin 1967.

 

Truffaut lui confie le personnage d'Antoine Doinel des "400 Coups" en divers stades de sa maturation avec "L'Amour à vingt ans" "Baisers volés" (1968), "Domicile conjugal" (1971) et, en 1978, Antoine Doinel réapparaît pour la cinquième fois dans "L'Amour en fuite". Dans le film, en guise de flash-back, nous retrouvons des extraits des précédents longs métrages consacrés à Antoine Doinel pour lequel, le réalisateur indique que le jeune homme n'aurait jamais existé sans la rencontre exemplaire de Truffaut et de Léaud ". Truffaut avoua "Ce personnage imaginaire qui se trouve être la synthèse de deux personnes réelles, Jean-Pierre Léaud et moi". En 1971, les retrouvailles des deux semblables pour "Les Deux Anglaises et le Continent", d'après le roman de Henri-Pierre Roché, qui permit à Léaud de confirmer ses talents de comédien.

Par Truffaut, Léaud s'initie également aux secrets du cinématographe et fait la connaissance des autres ténors de la Nouvelle Vague, en premier lieu Godard dont il devient l'assistant puis l'interprète porte-parole. Acteur empirique, antistar, ce "héros documentaire", comme l'a surnommé André Labarthe, se révèle doué d'un singulier mimétisme au contact des cinéastes exigeants qui en divers pays poursuivent l'expérience de la Nouvelle Vague et s'interrogent sur les finalités de leur art (Rocha, Pasolini, Diegues ou Skolimowski). Il a été assistant sur "La Peau douce" de Truffaut, "Une Femme mariée" et "Pierrot le fou" de Godard. A noter sa prestation dans un film de Diourka Medveczy "Paul" (1969). Présenté au Festival d'Hyères 1969, le film reçoit le Grand Prix, mais restera inédit en salles, la productrice estima que les recettes ne pouvant, en aucun cas, couvrir les frais occasionnés par la distribution. En 1971, "Paul" est présenté à Paris, dans le cadre d'une rétrospective de films inédits proposée par la revue "Cinéma 71". Quelques mois plus tard, il se voit attribuer à l'unanimité le Prix Georges Sadoul 1971, les jurés ayant été séduits par "une œuvre d'une exceptionnelle qualité et restée scandaleusement inédite jusqu'en février 2002, diffusé sur la chaîne câblée "CinéClassics. Jean-Pierre Léaud a participé au chef d'œuvre de François Truffaut "La Nuit américaine" (1973), qui a remporté l'Oscar 1973 du meilleur film étranger présenté aux Etats-Unis.

 

C'est à Rome, Bracionno et à la Villa Médicis que Jean-Pierre Léaud tourne "Parano" (1981) de Bernard Dubois avec lequel il avait déjà collaboré en 1975 dans "Les Lolos de Lola". Il suffit de se rappeler la sombre gravité qui figeait le visage de Jean-Pierre Léaud le soir de l'hommage rendu lors du Festival de Cannes 1985 à François Truffaut, disparu l'automne précèdent, pour comprendre à quel point c'était un père et un maître que l'acteur avait ainsi perdu. Ce héros de la Nouvelle Vague et du cinéma moderne - Antoine Doinel devant l'Eternel - conservait tout de même l'autre de ses mentors, Jean-Luc Godard. C'est ainsi qu'il fait partie de la distribution du film "Détective" (1985) en arrière-plan du couple vedette Johnny Hallyday - Nathalie Baye, dans un second rôle marquant de privé fouineur.

 

A la même période, il se concentre, dans des compositions assez agitées, à un cinéma d'auteur exigeant, confidentiel et stratégique, on le retrouve dans un téléfilm de Jean-André Fieschi : "Le Tueur assis" (1985), celui de Raoul Ruiz "L'Ile au trésor" (1985) avec Melvil Poupaud, Lou Castel et Anna Karina, celui de Benoît Jacquot "Corps et biens" (1985) avec Dominique Sanda, Lambert Wilson et Danielle Darrieux, celui de Catherine Breillat "36 Fillette" (1987). C'est une période difficile pour Jean-Pierre Léaud, il vivait des moments compliqués dans sa vie privée, effectuant même un séjour d'une dizaine de jours en prison en août 1986, pour avoir frappé une voisine octogénaire durant l'une des crises de paranoïa qui le perturbaient alors. Episode malheureux qui témoigne du grand désarroi lié à l'ère "post-Truffaut" du comédien... "Il y a un côté sympathique à disparaître et à revenir" confie-t'il à "Studio" en décembre 1991. C'est un tournant dans sa carrière cinématographique, en tournant sous la direction de Josiane Balasko "Les Keufs", où il incarne avec un rôle taillé sur mesure et joué avec brio, celui d'un commissaire de police. Mais malgré quelques seconds rôles intéressants, ce n'est qu'à partir de 1990 que sa carrière reprend réellement un second souffle.

 

Le Finlandais Aki Kaurismäki, spécialiste de l'humour distancié et de l'expression minimale en est le premier responsable, en lui offrant dans "J'ai engagé un tueur" (1990), un très beau rôle, extrêmement sobre : celui d'un homme désespéré qui voit échouer plusieurs tentatives de suicide et paye un spécialiste afin qu'il le supprime, avant de changer d'avoir en rencontrant l'amour. Tourné en anglais et à Londres. Retrouvant un de ses acteurs de prédilection soit Jean-Pierre Léaud, Aki Kaurismäki réalise en 1991 "La Vie de bohème", d'après le roman "Scènes de la vie de bohème" d'Henri Murger, en y incluant Samuel Fuller et Louis Malle. Sa distance et sa "non incarnation" y font merveille, et Jean-Pierre Léaud retrouve après une certaine éclipse de vrais grands rôles, chez Philippe Garrel a mis en scène "La Naissance de l'amour" (1993), troisième volet d'une trilogie fortement autobiographique. Mais d'autres jeunes cinéastes vont s'intéresser à Léaud, Olivier Assayas fait de lui en 1991 un père désorienté dont la compagne part avec son fils dans "Paris s'éveille", puis en 1996 dans "Irma Vep", un cinéaste tourmenté, René Vidal, qui s'enlise dans un projet de remake des "Vampires" de Louis Feuillade et plonge dans la déprime, désabusé par le monde du cinéma. Dans la foulée, il épate encore en mari trompé, hilarant et mystérieux, dans "Pour rire !" (1997) de Lucas Belvaux, dans lequel il forme un couple inattendu et irrésistible avec Ornella Muti.

 

Mais il peut tout aussi bien lui suffire d'une seule scène pour marquer un film et le spectateur, comme dans "Mon Homme" (1996) de Bertrand Blier, où son apparition furtive en client pressé de la prostituée Anouk Grinberg est savoureuse. Mûri, Jean-Pierre Léaud a tout à fait fini de mettre en parenthèse la période de la Nouvelle Vague et n'est plus utilisé comme une simple référence-alibi à cette période. Mais avec toujours cette distance et cette voix neutre si caractéristiques, "Jean-Pierre Léaud est tout simplement un des très grands créateurs du cinéma." Ancien membre du comité de rédaction des "Cahiers du Cinéma", Serge Le Péron convia naturellement le Gavroche de la Nouvelle Vague, Jean-Pierre Léaud dans l'aventure de "L'Affaire Marcorelle" (2000), en faisant un juge cinéphile, ancien militant gauchiste. Présenté dans le cadre de la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2001 "Le Pornographe" (2001) a reçut le Prix de la Critique internationale. Jerémie Rénier et Dominique Blanc étaient avec Jean-Pierre Léaud les principaux interprètes. La même année, Serge Le Péron propose un documentaire intitulé "Léaud l'unique" sur Jean-Pierre Léaud afin de lui rendre hommage. A cette même période, le comédien interprètera quelques rôles secondaires comme "La Guerre à Paris" (2002) de Yolande Zauberman avec Elodie Bouchez et Jérémie Renier, "Innocents" (2003) de Bertolucci où il interprète son propre rôle. En 2009, il revient au Festival de Cannes, présenté le film de Tsai Ming-Liang "Visages". On retiendra sa formidable interprétation du roi de France dans "La Mort de Louis XIV" (2016), merveilleusement réalisé par Albert Serra, qui lui permettra de recevoir le Prix  des Lumières 2017, en tant que meilleur acteur. La même année, il reçoit, pour l'ensemble de sa carrière, une Palme d'honneur au Festival de Cannes.

 

*Affiches-ciné * Cinéma français * Cinetom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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