BRIAN DE PALMA, UN GRAND VIRTUOSE DE L'OUTIL CINÉMATOGRAPHIQUE
BRIAN DE PALMA 1940
Réalisateur Américain
/image%2F1371232%2F20260625%2Fob_c70fa4_aa01bdp2.jpg)
Réputé pour ses plans de caméra audacieux et les sujets qu'il aborde -bizarres, violents, érotiques ...ou les trois à la fois - Brian De Palma est un des cinéastes de la génération des années 70-90 les plus controversés, sans doute parce qu'il connaît la gloire tout en demeurant en partie marginal, du moins selon les normes de Hollywood de ces années-là. La vision du monde qu'il présente à l'écran est stylisée et fantastique. Il l'explique ainsi : "J'ai une imagination visuelle extrêmement vive, au point qu'elle me dérange parfois. Car je ne peux pas l'arrêter. Quelqu'un me raconte une histoire, ou bien je lis une page de script, et aussitôt les images m'envahissent".
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_2ecf10_aa01bdp23.jpg)
En grand virtuose de l'outil cinématographique, Brian De Palma est un authentique et fascinant créateur d'images. Brian De Palma était considéré par la critique comme un imitateur, parfois impudent, d'Alfred Hitchcock, ce qui, apparemment n'a guère chagriné le cinéaste. Brian De Palma est naquit le 11 septembre 1940 à Newark dans le New Jersey, il vécut son enfance à Philadelphie et se passionna très jeune pour les matières scientifiques, la physique en particulier à laquelle il se destinait professionnellement. Son père était chirurgien, son frère aîné est médecin. Par esprit de famille, Brian a suivi des cours de physique. Tout en suivant des études scientifiques. à la Columbia University, il commence à s'intéresser au théâtre et fait partie d'une troupe théâtrale étudiante et tourne à cette époque trois petits films en 16 mm, grâce à l'acquisition d'une caméra 16 mm et juge lui-même aujourd'hui "horriblement prétentieux" ces trois petits films : "Icarus" (1960), puis "The Story of An IBM Card" (1961) qui racontait l'histoire d'un peintre dépérissant au point de devenir la mort elle-même et "Wotan's Wake" (1962) qui reçut le prix de la fondation Rosenthal attribué au meilleur film réalisé par un moins de vingt-cinq ans. " En 1967, au Sarah Lawrence College, il fonde une société avec un professeur, Wilford Leach, et une riche étudiante, Cynthia Munroe, pour réaliser, en 35 mm cette fois, "The Wedding Party" (1969), tourné entre 1963 et 1966, il s'agit du premier long métrage du cinéaste. Interprété par un jeune inconnu Robert De Niro et Jill Clayburgh "Montage court, accélérés, ralentis, coq-à-l'âne, j'ai expérimenté, déclare le cinéaste dans un entretien paru dans "Positif" en mai 1977, tous les procédés imaginables. C'était du Richard Lester avant la lettre, excentrique, farfelu, très anglais. On a l'impression que cela a été complètement improvisé, alors qu'en réalité le script a été soigneusement élaboré au cours des répétitions avec les comédiens."
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_f38b32_aa01bdp4.jpg)
De Palma travaille ensuite dans la publicité affinant aussi sa technique en tournant des documentaires. C'est avec "Meurtre à la mode" (Murder à la Mod,1968) qu'il fait ses vrais débuts dans le cinéma commercial. Ce film à petit budget raconte un crime selon trois points de vue différents, chacun donnant lieu à un style de mise en scène particulier. D'après De Palma, "l'idée était de faire un cocktail érotico-fantastico-policier parfaitement grotesque. Cela a donné du mauvais Roger Corman, ou plutôt du Bergman essayant de copier Roger Corman". Après une sortie confidentielle dans quelques salles new-yorkaises, De Palma allait connaître un succès tout à fait inattendu avec son film suivant : "Greetings" (1968). Comédie noire contestataire, dont le maniérisme rappelle les œuvres de la nouvelle vague, "Greetings" à nouveau interprété par Robert De Niro, abordait à chaud les grands problèmes de l'Amérique à peine remise du traumatisme provoqué par l'assassinat du président John Fitzgerald Kennedy.
Tourné immédiatement après "Greetings", "Hi, Mom!" (1970) permettait de suivre le héros de ce premier film, à son retour du Viêt-Nam alors qu'il cherche à reprendre son métier d'opérateur, ce qui le conduit bientôt à pratiquer une sorte de voyeurisme professionnel. Il se met ainsi à espionner une mère de famille, constituant sur elle un obsédant journal filmé. Toujours sous les traits de De Niro. Anthologie des pratiques voyeuristes et critique par l'absurde de la prétendue objectivité du cinéma-vérité, "Hi, Mom!" dénonce également l'attitude des intellectuels blancs à l'égard des Noirs grâce à l'inclusion d'un show fictif dans lequel des spectateurs blancs sont pris à partie par des acteurs noirs sous l'œil d'un troisième groupe...Structure en abîme dont nous, public du film, sommes les ultimes participants.
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_35b7fc_aa01bdp31.jpg)
Après ces deux films profondément ancrés dans la réalité américaine de la fin des années 60 et tournés hors des circuits traditionnels de la production cinématographique. De Palma accepte de réaliser une comédie satirique, "Get to Know Your Rabbit" (1972) pour la Warner. Un brillant homme d'affaires, incarné par Tom Smothers, décide un beau jour de tout abandonner pour réaliser son rêve : devenir magicien et danseur de claquettes. Mais, au moment où il croit avoir échappé à son ancien mode de vie, il est "récupéré" par l'organisateur d'un vaste complexe voué aux loisirs de masse et redevient....un brillant homme d'affaires. En désaccord avec sa vedette et avec le scénariste Jordan Crittenden, Brian De Palma choisit de se retirer avant la fin du tournage. Fort de cette expérience malheureuse (qui lui avait permis cependant de "diriger" Orson Welles dans un rôle de magicien), le cinéaste décide de s'en tenir au circuit des producteurs indépendants.
Véritable "pic à glace dans l'œil d'un voyeur" selon Brian De Palma, "Sœurs de sang" (Sisters,1972) conte l'histoire d'une jeune journaliste agressive et fureteuse, prête à tout pour faire un "scoop". Seul témoin d'un crime qu'elle s'évertue à élucider, elle sombrera finalement dans la folie. En fait, le crime a été commis par la survivante de deux sœurs siamoises. Avec une démoniaque roublardise, le cinéaste reprenait en les développant jusqu'à leurs extrêmes nombre de "trucs" chers à Hitchcock : le dédoublement de la personnalité comme dans "Psychose", l'observation d'un appartement à la jumelle comme dans "Fenêtre sur cour". Usant d'effets comme l'écran qui propose deux images simultanées d'une même scène vue sous un angle différent. Brian De Palma s'ingéniait à dérouter le public jusqu'au malaise. Comme la journaliste qui paie, en fin de compte, par la folie le prix de son voyeurisme, le public était lui aussi mis à la torture mentale.
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_985ae7_aa01bdp6.jpg)
Avec "Le Fantôme du paradis" (Phantom of the Paradise,1974), brillant exercice de modernisation musicale de deux grands mythes littéraires, ceux de Faust et du Fantôme de l'Opéra cher à Gaston Leroux, Brian De Palma n'obtint pas le succès escompté et se solda par un énorme déficit pour la Century-Fox qui l'avait produite. Mais le Festival International du Film Fantastique en décida autrement en lui décernant le Grand Prix.
Dans "Obsession" (Obsession,1976), très influencé de "Sueurs froides", un homme est victime, à quinze ans d'intervalle, d'une infernale machination ourdie par son associé dans laquelle, sa femme puis sa fille, qu'il ne reconnaît pas et dont il tombe amoureux (les deux rôles sont interprétés par la même actrice Geneviève Bujold), sont impliquées. Tout tourne autour de cette obsédante présence féminine qui sème la confusion dans l'esprit du héros : il ne sait plus s'il se remémore un vieux cauchemar ou s'il se trouve dans la réalité. Après avoir collaboré au scénario De Palma, Paul Schraeder, désavouant la fin du film, retira son nom du générique.
Conte de fées virant au cauchemar, "Carrie au bal du diable" (Carrie,1976) met en scène une adolescente inhibée dont les premières règles - évènement auquel elle n'a pas été préparée -libèrent des pouvoirs insoupçonnés de télékinésie, c'est-à-dire la capacité de déplacer les objets par la pensée, pouvoirs qu'elle exercera dans un sens terriblement destructeur. La petite Cendrillon du bal de l'école est en fait un monstre assoiffé de vengeance et de sang. Ce film d'horreur aux relents freudiens attira des foules considérables et fut à l'origine de la vogue de la parapsychologie à l'écran. De Palma y sacrifia d'ailleurs deux ans plus tard avec "Furie" (The Fury) dans lequel les pouvoirs télé kinésiques sont utilisés comme arme secrète par un gouvernement, ce qui donnait à prétexte à une débauche de meurtres plus sanglants les uns que les autres. "Furie" s'inscrit dans une mode bien précise : le "thriller occulte", genre nouveau crée par le succès retentissant de "L'Exorciste" (1973) et illustré depuis par "La Malédiction" (1976) entre autres. Il s'y mêle dans "Furie" un thème de politique-fiction lui aussi très en faveur chez les cinéastes américains contemporains depuis le succès des "Trois jours du Condor" (1975). Tourné au Sarah Lawrence College en collaboration avec des étudiants, "Home Movies" (1979) aurait pu être pour De Palma l'occasion de renouer avec ses préoccupations d'antan : ce ne fut qu'une réflexion assez vide sur le septième art dans laquelle un professeur (Kirk Douglas) prescrivait à une jeune fille, dont le seul problème était d'avoir eu une liaison extraconjugale avec ledit professeur, un remède pour le moins étonnant : devenir une grande actrice. Après ce film décevant, De Palma se livrait à un inventaire systématique du catalogue de l'horreur dans "Pulsions" (Dressed to Kill,1980), manipulant sans vergogne la célébrissime séquence de l'assassinat sous la douche de "Psychose". Vingt ans après le grand maître, De Palma racontait à son tour l'histoire d'un transsexuel (Michael Caine) qui porte des vêtements féminins pour mieux égorger ses belles victimes. Pour "Pulsions", l'hommage de Brian De Palma à Alfred Hitchcock est évident, lors d'une interview, le réalisateur reconnaissait volontiers la similarité avec Hitchcock dans le choix des éléments qui entrent en jeu dans l'histoire de "Pulsions". "Je voulais tourner un film dans lequel, à l'instar de "Psychose", on s'attache à décrire soigneusement un personnage qu'on tue ensuite".
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_57c363_aa01bdp22.jpg)
Brian De Palma fut longtemps considéré comme un simple imitateur d'Alfred Hitchcock. Il n'a jamais caché son admiration pour le Maître du suspense et les traces de son influence sont nombreuses. Avec "Blow out" (1981), classique histoire politico-policière présentait quant à lui un John Travolta nouvelle manière, ce qui ne suffit pas à assurer son succès. Dans "Body Double" (1984), De Palma est revenu aux troubles du comportement, certaines séquences s'inspirent autant de "Sueurs froides" que de "Fenêtre sur cour", il film le baiser sur la plage en tournant autour du couple, la claustrophobie de Craig Wasson dans "Body Double", rappelle celle de James Stewart dans "Sueurs froides" et la peur du vide...Loin des thrillers horrifiques qui l'ont fait connaître. De Palma s'est imposé auparavant avec "Scarface" (1983), sa première grosse production, remake du film d'Howard Hawks imaginé par Al Pacino en réfugié cubain à la tête d'un trafic de cocaïne. Nous assistons à la construction d'un empire et à son effondrement. Reprenant assez fidèlement la trame de ce classique du "film de gangsters" Brian De Palma et Oliver Stone l'ont complètement actualisé, notamment dans la scène finale où Scarface résiste, mitraillette au poing, à une armée d'agresseurs. Le cinéaste s'est par la suite orienté vers la comédie avec "Wise Guy" (1985) interprété principalement par Joe Picopo et Danny De Vito.
Avec "Les Incorruptibles" (The Untouchables,1987), inspiré de la série télévisée des années soixante avec Robert Stack dans le rôle d'Eliot Ness, c'est Kevin Costner qui reprend le rôle au cinéma. De Palma, chez qui prime avant tout l'expression visuelle, se place cette fois du côté des policiers. D'une autre série mythique, "Mission : impossible" (1996), qu'il n'a jamais vue, il reprend les manipulations et les gadgets adaptés aux années quatre-vingt-dix et au début de l'informatisation. Tous deux furent d'énormes succès publics, qu'il ne rencontra plus par la suite. "Outrages" (Casualties of Warn,1989), qui aborde le film de guerre par le biais d'un drame réel -le viol collectif puis le meurtre d'une jeune Vietnamienne par des soldats américains - fut rejeté par une bonne partie de la critique et du public. Les faits rapportés par le scénariste et auteur David Rabe, s'inspire de faits authentiques relatés dans son livre. Lex extérieurs furent filmés en Thaïlande, notamment sur la rivière Kwaï près de la frontière birmane, ainsi que sur l'île de Phuket.
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_8c01ff_aa01bdp26.jpg)
L'année suivante, De Palma enchaîne avec "Le Bûcher des vanités" (The Bonfire of the Vanities,1990) avec Tom Hanks, Bruce Willis, Melanie Griffith et Morgan Freeman dans les rôles principaux fut un échec critique et commercial, le film suivant le sera tout autant avec "L'esprit de Caïn" (Raising Cain,1992), qui fut également le premier film produit par Brian De Palma et son associée et épouse Gale Anne Hard, dans le cadre d'un nouvel accord avec Universal. Le sujet fut inspiré au réalisateur par un ami psychologue qui avait entrepris d'élever son enfant de manière "scientifique". Début 1991, il commença à écrire le scénario qu'il enrichit de touches hitchcockiennes "Psychose" et d'emprunts à ses propres films, particulièrement "Pulsions" et "Les Incorruptibles" pour la séquence du sauvetage. Dix ans après la sortie du film "Scarface", cet "opéra sanglant de violence", Al Pacino demande à être l'interprète de "L'Impasse" (Carlito's Way,1993), où il joue cette fois un homme qui, décidé à changer de vie, tente en vain d'échapper à son destin. Echec relatif, malgré qu'en France le film ne rencontra pas le succès mérité. "Le Bûcher des vanités" et "Mission to Mars" (2000) reçurent chacun un accueil décevant. Depuis, dit-il - "je n'existe plus". Déjà collaborateur de Brian De Palma pour "L'Impasse" et "Mission : Impossible", David Koepp a signé également le scénario de "Snake Eyes" (1998) dont les extérieurs et quelques autres scènes furent tournés à Altantic City.
En 2001, De Palma s'installe en France, où ses films font l'objet de rétrospectives, pour tourner "Femme fatale" (2002), personnage-clé du film noir auquel il rend hommage avec un extrait du film de Billy Wilder "Assurance sur la mort", que regarde l'héroïne du film dont le nom, Laure Ash, fait également écho à un autre personnage et un autre film "Laura" d'Otto Preminger. Tourné en Bulgarie, "Le Dahlia noir" (The Black Dahlia,2006), adaptation du roman de James Ellroy, relate le meurtre sordide d'une jeune comédienne à Los Angeles en 1947 sur lequel se greffe l'enquête de deux policiers obsédés par la morte, tout comme dans "Laura" de Preminger. Avec "Passion" (2012), filmé à Berlin, remake du dernier film d'Alain Corneau "Crime d'amour", il renoue avec Hitchcock à travers une intrigue où trois femmes ne cessent de se manipuler à travers l'utilisation des outils numériques, une constante de son univers qu'on retrouve encore dans "Domino : La Guerre silencieuse" (Domino,2019), distribué en DVD et VOD et qui déroule une enquête sur un réseau islamiste à travers l'Europe. A l'été 2026, le réalisateur devrait tourner au Portugal, son énième film intitulé : "Sweet Vengeance". Brian De Palma est le co-auteur avec Susan Lehman, sa compagne, d'un roman "Les Serpents sont-ils nécessaires ?", publié en 2018.
Affiches-cine * Cinetom
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_c9bfd3_aa01bdp30.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_0dfd87_aa01bdp29.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_da265b_aa01bdp7.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_26b736_aa01bdp14.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_347cc7_aa01bdp12.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_34d267_aa01bdp4.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_f2a85a_aa01bdp5.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_f871bb_aa01bdp31.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_5f33c4_aa01bdp6.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_8b3215_aa01bdp22.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_c84e80_aa01bdp20.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_e24e2b_aa01bdp26.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_cb4879_aa01bdp15.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_5a4033_aa01bdp21.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_076f94_aa01bdp24.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_f13a7e_aa01bdp25.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_a6a023_aa01bdp27.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_8bafeb_aa01bdp10.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_1fd767_aa01bdp13.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_d61aca_aa01bdp9.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_9792f4_aa01bdp28.jpg)
/image%2F1371232%2F20260629%2Fob_e7388c_aa01bdp11.jpg)