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4 juillet 2026

GIAN MARIA VOLONTE, UN ACTEUR PAS COMME LES AUTRES

GIAN MARIA VOLONTE           1933 - 1994

Acteur Italien

"Je ne choisis pas vraiment mes rôles :  j'accepte ou non un film en fonction de la conception que je me fais du cinéma. Et il ne s'agit pas ici de donner une définition du cinéma politique, à laquelle je ne crois pas, car tout film, tout spectacle d'une manière générale est politique... Ce que j'essaie, c'est que les films dans lesquels je joue disent quelque chose par rapport au mécanisme de la société qui est la nôtre, que ces films répondent à une certaine recherche d'un morceau de vérité. Il y a pour moi nécessité d'entendre le cinéma comme un moyen de communication de masse." Voilà ce que disais ce grand acteur Italien dans le numéro 6 du magazine "Ecran 72" en juin 1972.

 

Gian Maria Volonté est né le 9 avril 1933 à Milan, son père était un soldat fasciste qui commandait la Brigade noire de Chivasso en 1944, tandis que sa mère appartenait à un famille d'industriels aisée. Après la condamnation de son père par la Cour d'assises de Turin, pour avoir favorisé des opérations militaires de l'ennemi relatives à différentes rafles. Son père est condamné à trente ans de prison, libéré pour des raisons de santé, il décède en 1961. Le jeune Gian Maria abandonne ses études à l'âge de quatorze ans afin d'aider financièrement sa mère. 

 

Après avoir séjourné quelques mois en France pour la cueillette des pommes, il retourne en Italie, fréquente le Studio Drammatico Internazionale I Nomadi d'Edoardo Maltese. En 1951, il débute comme comédien de théâtre, il n'a que dix-sept ans. Puis, il enchaîne différentes compagnies de théâtre, à Rome avec l'Accademia nazionale d'arte drammatica. En 1957, il est lauréat de cette même Académie d'Art Dramatique de Rome. Il obtient son premier succès personnel dans "Roméo et Juliette" aux Arènes de Vérone" en 1960. Remarqué à la télévision dès 1959, avec une adaptation de "L'Idiot", il apparaît au cours des années soixante dans nombre de dramatiques. Ayant monté sa propre troupe avec Carla Gravina, IIaria Occhivi et Corrado Pani, il joue des classiques italiens et des auteurs modernes.

 

En 1960, Gian Maria Volonté débute au cinéma avec le film "Sous dix drapeaux" (Sotto dieci bandiere) de Duilio Coletti, mais le réalisateur Luigi Comencini le remarque et  l'engage pour tourner dans "A cheval sur un tigre" (A cavallo della tigre,1961), œuvre majeure du cinéma italien, que Valerio Zurlini poursuivra en lui offrant le rôle de Piero dans "La Fille à la valise"(La Ragazza con la valigia,1961). Désireux d'abandonner le domaine du documentaire, Paolo et Vittorio Taviani, ils désirents mettre en scène l'histoire de Salvatore Carnevale, un syndicaliste abattu par la Mafia et donnèrent le premier rôle à Gian Maria Volonté avec "Un Homme à brûler" (Un Uomo da bruciare,1962). C'est ainsi que celui-ci enchaîne les tournages, comme celui de Gianfranco De Bosio "Le Terroriste" (Il Terrorista,1963), dont c'est son premier long métrage, lequel obtient à la 24e Mostra de Venise, le Prix de la Critique du Syndicat National des Journalistes Cinématographiques Italiens.

 

En 1964, c'est autour de Sergio Leone de le diriger dans "Pour une poignée de dollars" (Per un pugno di dollari) où il incarne un trafiquant d'alcool face à Clint Eastwood. Premier volet de la trilogie du dollar de Leone. Dans le deuxième volet "Et pour quelques dollars de plus" (Per qualche dollaro in piu,1965) toujours de Sergio Leone, il est un truand sadique et toxicomane l'Indien et permet à Volonté d'obtenir une énorme médiatisation internationale du fait que ces deux films seront extrêmement populaires à sa sortie et devenu culte avec le temps. En 1968, Volonté donne la réplique à Tomas Milian dans "Bandits à Milan" (Banditi a Milano) qui devait être présenté au Festival de Cannes 1968, mais annulé par les évènements de "Mai 68". C'est en 1970 qu'il devient un acteur confirmé avec un des plus célèbres films sur fond politico-judiciaire avec le film de Costa-Gavras "Z". ou "Main basse sur la ville" de Rosi, "Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon" (Indagine su un cittadino al di sopra di ogni sospetto) d'Elio Petri, lequel reçoit le Prix spécial du Jury et Prix de la Critique Internationale au Festival de Cannes en 1970. Son rôle de policier schizophrène et assassin confirme ses talents de grand comédien.

 

A partir des années 70, Gian Maria Volonté est devenu l'un des acteurs italiens les plus populaires de sa génération, il enchaîne successivement plusieurs films comme "Le Cercle rouge" (1970) polar incontournable de Jean-Pierre Melville avec Bourvil et Alain Delon, "Les Hommes contre" (Uomini contro,1971) de Francesco Rosi, librement inspiré du roman autobiographique d'Emilio Lussu, qui relate un épisode du conflit italo-autrichien lors de la Première Guerre mondiale. Il incarne un officier s'opposant aux décisions de ses supérieurs. Suivi du film d'Elio Petri "La Classe ouvrière va au paradis" (La Classe operaia va in paradiso,1971). Partant du constat que l'ouvrier est une figure peu représentée dans le cinéma italien, y compris par le courant néo-réalisme. Elio Petri et Ugo Pirro signèrent ce film, à un moment de grandes tensions et de luttes dans les usines. Le film a obtenu la Palme d'Or au Festival de Cannes 1972, partagée avec un autre film italien, également interprété par Gian Maria Volonté qui obtint une mention spéciale avec : "L'Affaire Mattei" (Il Caso Mattei,1972) de Francesco Rosi, où il représente un patron de l'industrie pétrolière italienne. Entre-temps, Giuliano Montaldo avait réalisé "Sacco et Vanzetti" (Sacco e Vanzetti;1971) retraçant l'histoire de l'affaire Sacco et Vanzetti survenue dans les années 20. Un cordonnier et un poissonnier accusés du meurtre de deux hommes commis au cours d'un hold-up, du côté de New York, suivi de leur condamnation à mort et meurent sur la chaise électrique. Sur une musique célébrissime de Ennio Morricone, et d'une chanson écrite et interprétée par Joan Baez. Le film fut présenté au Festival de Cannes 1971 et rencontra ensuite un excellent accueil public auquel l'immense succès de la ballade chantée par Joan Baez n'est sans doute pas étranger.

 

On peut considérer que Gian Maria Volonté a pu exprimer son talent en toute liberté avec le principal soutien de deux metteurs en scènes : Elio Petri et Francesco Rosi, d'ailleurs c'est avec ce dernier qu'il incarne "Lucky Luciano" (1974), ce mafieux dont la ressemblance est frappante. Dans un petit village de Sicile, il y avait un Sicilien qui avait été expulsé des Etats-Unis. Je lui ai rendu visite avec Volonté, qui était habillé pour jouer une scène. Lorsque celui-ci est entré dans la chambre, cet homme à changé de couleur, car il avait partagé la cellule de Luciano en prison. Une des dernières maîtresses de Luciano a voulu rencontrer Volonté et, lorsqu'elle l'a vu, m'a dit avec une très grande émotion : "C'est lui !". (Francesco Rosi, in "Le dossier Rosi"). L'année suivante, Volonté donna la réplique à Annie Girardot dans "Le Soupçon" (II sospetto,1975) de Francesco Maselli mais qui n'eut pas le succès escompté. De même avec le film d'Elio Petri "Todo Modo" (1976), Volonté ne réussissait pas à retrouver le succès de jadis. Certaines critiques dont Leonardo Sciascia estima que "Todo Modo" est un film pasolinien : le procès que Pasolini voulait faire, et ne put faire, à la classe dirigeante de la Démocratie Chrétienne, c'est Petri qui le fit. Ce n'est donc pas un hasard si Gian Maria Volonté ressemble étrangement au chef de l'époque de ce parti : Aldo Moro, qui fut assassiné par les Brigades Rouges en 1978.

 

Damiano Damani dirige le comédien dans "Un Juge en danger" (Io ho Paura,1977) aux côtés de Mario Adorf. Volonté retrouve le chemin du succès à nouveau avec "Le Christ s'est arrêté à Eboli" (Cristo si è fermato a Eboli,1979) sous la direction de Francesco Rosi, tiré du roman de Carlo Levi, contraint à l'exil par le régime fasciste. Réalisé en deux versions, l'une destinée à la télévision d'une durée de trois heures et demie, l'autre pour le cinéma d'une durée de deux heures et demie. Le film reçoit  deux David di Donatello, le Grand Prix du Festival de Moscou en 1979 et le BAFTA du meilleur film non anglophone en 1983. Acteur attaché à la réalité de son pays, il fut, surtout au cours des années 70 où le cinéma italien témoignage son engagement politique et social, l'interprète de films dénonçant les dysfonctionnements de la société. Gian Maria Volonté fut récompensé à son tour en 1983 par le Prix d'Interprétation masculine du Festival de Cannes pour son rôle dans "La Mort de Mario Ricci" (1983) de Claude Goretta, où il incarnait un journaliste de télévision pour lequel Volonté déclara : "Il fait un voyage, mais un voyage immobile. Si je suis parvenu à rendre cette impression de voyage immobile, je peux m'estimer très satisfait car c'est une expérience qui nécessite de la part d'un interprète une certaine maturité, il faut qu'il aille jusqu'à se défaire de tout cet arsenal avec lequel on joue normalement, sélectionner, synthétiser, pour n'arriver pratiquement que par sa présence et son intériorisation à exprimer cette sensation. En somme, une belle aventure."

 

Deux ans avant, l'acteur italien avait donné la réplique à Isabelle Huppert en incarnant son père dans "La Dame aux camélias" (La Storia vera della Signora dalle Camelie,1981) de Mauro Bolognini. Trois années d'absence entre "La Mort de Mario Ricci" et "L'Affaire Aldo Moro" (II Caso Moro,1986) de Giuseppe Ferrara où il joue réellement le leader du parti Démocrate Chrétien italien Aldo Moro, lors de l'enlèvement et la séquestration. Un cancer des poumons l'obligea à ralentir ses activités mais Gian Maria Volonté termina brillamment sa carrière en jouant un médecin de retour dans son village de Colombie dans "Chronique d'une mort annoncée" (Cronaca di una Morte annunciata,1987) de Francesco Rosi, puis il enchaîne en étant un paysan opposé à la carrière de son fils dans "Un Enfant de Calabre" (Un Ragazzo di Calabria,1987) de Luigi Comencini, sans omettre d'indiquer qu'il fut également un alchimiste du XVIe siècle dans "L'Œuvre au noir" (1988) du cinéaste belge André Delvaux et un juge intègre dans "Portes ouvertes" (Porte aperte,1990)de Gianni Amelio et "Una Storia semplice" (1991) de Emidio Greco, pour lequel il a reçu le Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière à la Mostra de Venise 1992. Ses deux derniers films sont méconnus. Gian Maria Volonté mourut le 6 décembre 1994 à Florina, en Grèce, à l'âge de 61 ans, il s'apprêtait à tourner sous la direction de Theo Angelopoulos, "Le Regard d'Ulysse".

 

*Affiches-ciné * Cinetom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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