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24 mai 2026

MERVYN LEROY, JE SUIS UN ÉVADÉ

MERVYN LEROY          1900 - 1987

Réalisateur, Producteur Américain

Mervyn LeRoy passera toute sa longue carrière cinématographique, ou presque, auprès de deux grands studios hollywoodiens, Warner Bros et MGM. Pendant les années 30 et 40, qui marquent l'apogée des studios, il ira aussi loin qu'il est permis d'aller pour un réalisateur sous contrat. Lors du déclin des années 50, il continue un temps comme producteur-réalisateur indépendant, mais la réussite est capricieuse. 

Mervyn LeRoy est né le 15 octobre 1900 à San Francisco dans une famille juive. Le tremblement de terre de 1906 à San Francisco détruit l'entreprise d'import-export de son père, lequel décède quatre ans plus tard, alors que le jeune Mervyn LeRoy n'a que dix ans. C'est ainsi qu'il quitte l'école pour vendre des journaux en face de la salle de spectacle l'Alcazar, puis y est engagé comme acteur de music-hall. Jeune homme vif qui monte sur les planches à l'âge de douze ans. LeRoy débute au cinéma à Hollywood, dans un premier temps dans le département des costumes à la Paramount puis comme figurant peu après 1920. Scénariste et gagman sur diverses comédies et autres films avec Collen Moore, il devient ensuite réalisateur pour le compte de la même firme, First National. De 1928 à 1930, il travaillera beaucoup avec Alice White, son actrice favorite. Ensemble, ils franchiront l'étape du sonore, avec deux comédies musicales à thèmes policiers, "Broadway Babies" et "Playing Around" de 1929. Son premier film qu'il réalisa est "No Place to Go" (1927). Comédies musicales et gangsters occuperont par la suite une place importante dans la carrière du cinéaste.

 

"Le Petit César" (Little Cesar,1931), classique du genre, fera connaître les noms de Le Roy et de Edward G. Robinson en ce début des années 30. Incisif et plein de fougue, "Le Petit Cesar" est cependant trop bavard, comme bien des premiers films parlants, et construit sans recherche - les meilleures répliques viennent du roman original de W.R. Burnett. Toutefois, il va droit au but, en reflétant les nouvelles réalités des années 30, tandis qu'Edward G. Robinson y donne une prestation exemplaire. Ce film inaugure un style, associé ensuite à la Warner Bros, qui déteindra sur les films de gangsters suivants. Le tandem LeRoy-Robinson cogne à nouveau très fort, cette fois pour attaquer la presse à scandale dans "Five Star Final" (1931). Ce sera la première nomination de LeRoy pour l'Oscar du meilleur film. Robinson y est inoubliable en rédacteur new-yorkais peu commode. Tout aussi excellent, il sera le condamné de "Two Seconds" (1932), dernier film qu'ils feront ensemble. Le chef-d'œuvre incontesté du réalisateur au début de sa carrière reste encore "Je suis un évadé" (I Am a Fugitive From a Chain Gang,1932), considéré à juste titre, comme le film "social" le plus intransigeant de Warner Bros. LeRoy y change nettement de technique. Il abandonne le studio et ses contraintes pour tourner en extérieurs, ce qui donne au sujet l'authenticité nécessaire. Le bagne a été reconstruit sur le ranch de la Warner; une carrière voisine sert de décor à la célèbre séquence montrant les forçats à l'œuvre. Paul Muni interprète le rôle principal d'une façon moderne, fort convaincante. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'histoire de "Je suis un évadé" n'est pas l'oeuvre d'un scénariste hollywoodien à l'imagination particulièrement débordante mais la relation authentique des évènements survenus à Robert E. Burns qui, pour avoir volé l'équivalent de cinq dollars dans un magasin d'alimentation connut l'horreur des bagnes de Géorgie. La seule différence qui existe entre James Allen (Paul Muni), le héros du film, et Burns est que ce dernier pût vivre sans être inquiété par la justice à partir de 1945 soit vingt-trois ans après le vol qu'il avait commis. Paul Muni et Mervyn LeRoy ont été nominés aux Oscars. La Warner proposa un nouveau contrat, revalorisé, à Paul Muni. A noter également la sortie du film de Mervyn LeRoy "Une Allumette pour trois" (Three On a Match,1932). Le film avait été conçu pour promouvoir les trois stars féminines en pleine ascension des studios Warner soit Joan Blondell, Ann Dvorak et Bette Davis, ainsi que la dixième apparition de l'acteur Humphrey Bogart.

 

Comparée aux drames puissants de 1932, 1933 est une année plus légère pour LeRoy, mais non moins mémorable, "Hard to Handle"(1933) qui a pour toile de fond la Grande Dépression, et où il dirige pour la première fois James Cagney, en détenu sympathique, illustre un genre nouveau, la comédie loufoque des années 30. Sous forme de comédie, le présent film dénonce, lui aussi, la véritable foire d'empoigne que fut l'Amérique à l'heure de la Grande Dépression. "Le public est une vache qui attend de se faire traire", telle est la leçon professée par le personnage de James Cagney qui, arriviste forcené, lui fait bannir toute morale. Et la conduite de la mère de sa bien-aimée est de la même veine : lorsque sa fille est convoitée par un prétendant, elle lui conseille : "Fais en sorte qu'il t'envoie des lettres !" Sous-entendant que, faute de mieux, il sera toujours possible de le faire chanter ! le dernier quart du film est construit autour du pamplemousse que Lefty vend sans "en avoir jamais vu de sa vie" : allusion évidente à la fameuse séquence de "L'Ennemi public" (1931) de William A. Wellman au cours de laquelle Cagney en écrasait un sur le visage de sa partenaire, Mae Clark. "Prêté" à la MGM, le réalisateur travaille avec le duo Marie Dressler et Wallace Beery dans "Annie la batelière" (Tugboat Annie,1933), suite divertissante de "Min And Bill" (1930), colossal succès de la firme dû à George Hill. Toujours la même année, il participe à la réalisation de "Chercheuses d'or" (Gold Diggers of 1933), sa plus belle contribution au cycle des comédies musicales signées Busby Berkeley/Warner Bros au début des années 30. Conçue comme un prolongement du triomphal "42e Rue", cette revue réunit Dick Powell, Ruby Keeler et Ginger Rogers, mais aussi deux préférées de LeRoy, Aline MacMahon et Joan Blondell.

 

Très actif de 1930 à 1933, période où il fait en moyenne cinq ou six films par an, LeRoy se trouve sur un pied d'égalité avec les autres cinéastes prolifiques de la Warner, Curtiz, Del Ruth, ou Lloyd Bacon. Toutefois, dès la fin de 1933, la firme entreprend de limiter le nombre des productions de prestige. Pour "Le Monde change" (The World Changes,1933), LeRoy travaille à nouveau avec Paul Muni, très intéressé par la composition du personnage principal, que l'on voit passer dans le film de vingt à quatre-vingt dix ans. Cette mini-épopée au succès mitigé couvre, en effet, soixante-dix ans de l'histoire américaine, un peu comme le fera King Vidor avec "An America Romance" pour la MGM dix ans plus tard. Témoignant de la même ambition, en 1934, "Lampe de Chine" (Oil Fort the Lamps of China) avec Pat O'Brien, se propose d'attirer l'attention sur les agissements peu scrupuleux des multinationales de l'époque. Vers la fin de 1935, pour son premier grand film en costumes, "Marchands d'esclaves" (Anthony Adverse,1936), le cinéaste se voit accorder un budget de 1 0000 000 dollars et soixante jours de tournage - à peu près le double d'une production normale, mais bien moins que pour film similaire à la MGM. Si le résultat est décevant, malgré la présence de Fredric March dans le rôle principal, il prouve quand même que le réalisateur sait exploiter les multiples ressources du film épique. A noter à cette même période, la sortir du film "La Femme traquée" (I Found Stella Parish,1935), pour lequel LeRoy à mis en scène une histoire écrite par John Monk Saunders et pour lequel Kay Francis et Paul Lukas en étaient les acteurs principaux.

 

"La Ville gronde" (They Won't Forget,1937), attaque efficace, quoique dramatisée à l'excès, de la bigoterie et de la loi du talion qui règnent dans le Sud, peut aisément se comparer au "Furie" de Fritz Lang, tournée l'année précédente pour la MGM. C'est aussi la première apparition de Lana Turner à l'écran, dans le court rôle de la jeune victime, et le dernier film marquant de LeRoy à la Warner. Il signe un contrat avec la MGM en 1938. Exclusivement producteur sur un certain nombre de films en 1938-1939, entre autres, "Le Magicien d'Oz" de Fleming, il revient à la réalisation avec "La Valse dans l'ombre" (Waterloo Bridge,1940), la première de ses productions de prestige sur papier glacé à la MGM. Bien interprété par Vivien Leigh et Robert Taylor, pour certains critiques, le film ne parvient pas à capter l'atmosphère de la Grande Guerre et, qui plus et, semble traduire un changement d'attitude chez LeRoy, dans le souci de respecter le "style maison" de la célèbre firme. "La Valse dans l'ombre" a été énormément apprécié par le public y compris européen, puisque ce fut un très grand succès. Mervyn LeRoy retrouve Edward G Robinson dans "Hunholy Partners" (1941) et dirige un gangster nommé Robert Taylor dans "Johnny roi des gangsters" (Johnny Eager), la même année, aux côtés de Lana Turner qui tourne en vedette cette fois. Vient ensuite un film de guerre, "Trente secondes sur Tokyo" (Thirty Seconds Over Tokyo,1944).

 

La mode de la biographie filmée de personnages célèbres "Biopic", inaugurée par la Warner avec "La Vie de Louis Pasteur" (1936), "Emile Zola" (1937) et "Juarez" (1939), tous trois incarnés par Paul Muni. Ensuite la MGM se lança dans la compétition avec entre autres "Madame Curie" (1943) que réalisa Mervyn LeRoy, le film fut nommé sept fois pour l'Oscar dont le meilleur film et les meilleures interprétations. Le couple formé par Greer Garson et Walter Pidgeon fut l'un des plus populaires de l'époque. Ils avaient tous deux déjà tournés sous la direction du réalisateur dans "Les Oubliés" (blossoms in the Dust,1941), premier film en technicolor. Greer Garson était la nouvelle star féminine de Louis B. Mayer qui lui proposa un autre rôle dans ce film de LeRoy "Prisonnier du passé" (Random Harvest,1942) et ainsi se rendre compte que le réalisateur a vraiment fait sien le style de la MGM. Trois années consécutives, ces films iront en compétition pour l'Oscar de la meilleure œuvre. Quant à LeRoy, il remporte sa seule nomination pour l'Oscar du meilleur réalisateur avec "Prisonnier du passé", interprété en vedette par Ronald Colman, la victime amnésique. Sa version en technicolor des "Quatre filles du Dr March" (Little Women,1949) n'est pas celle retenue par les cinéphiles.

 

C'est Mervyn LeRoy qui découvrit Clark Gable en 1930 alors qu'il interprétait un petit rôle dans une pièce jouée dans un théâtre de Los Angeles et lui donna, le premier la possibilité de tourner un bout d'essai. De cette époque était née entre eux une indéfectible amitiés. C'est ainsi que leur collaboration en 1948, leurs permirent de tourner "Le Retour" (Homecoming" avec Lana Turner, laquelle fut une dernière fois dirigée par LeRoy dans "Lune de miel au Brésil" (Latin Lovers,1951). Hélas, ce film ne fait qu'illustrer le déclin de la comédie musicale à la MGM, si éblouissante à son heure de gloire. Entre-temps, il tourne "Quo Vadis ?" (1951), péplum servi par une prestigieuse distribution : Robert Taylor, Deborah Kerr et Peter Ustinov. Deux années auparavant, il avait réalisé un film à redécouvrir "Ville haute, ville basse" (East Side, West Side,1949) avec Barbara Stanwyck, James Mason, Van Heflin, Ava Gardner et Cyd Charisse.

 

Producteur-réalisateur indépendant dont les films sont distribués par Warner Bros, Mervyn LeRoy co-réalisera "Permission jusqu'à l'aube" (Mister Roberts,1955) avec John Ford, lequel tombé malade avant la fin du tournage, le cinéaste fut remplacé par Mervyn LeRoy qui le termina; mais la totalité des extérieurs avaient déjà été filmées dans l'île de Midway, et dans la boîte de Koneoke à Hawaï pour les scènes finales. Henry Fonda, James Cagney, Jack Lemmon, William Powell et Ward Bond étaient les principaux acteurs. Pour la transposition cinématographique de la pièce de Maxwell Anderson, jouée avec succès à Broadway "La Mauvaise graine" (The Bad Seed,1956), Mervyn LeRoy fit appel aux mêmes comédiennes que sur scène, Patty Mc Cormack, Nancy Kelly et Eileen Heckart. Il y aura encore quelques succès, "Deux farfelus au régiment" (No Time For Sergeants,1957) et une comédie musicale "Gypsy, la Vénus de Broadway" (Gypsy,1962). L'ensemble de son oeuvre fut récompensée par un Oscar spécial en 1975. Mervyn LeRoy est décédé le 13 septembre 1987, à l'âge de 86 ans des suites de problèmes cardiaques compliqués par la maladie d'Alzheimer.    

 

*Affiches-ciné * Cinetom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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