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14 mai 2026

JOSEPH COTTEN, L'ÉLÉGANCE DISCRÈTE

JOSEPH COTTEN              1905 - 1994

Acteur Américain

Joseph Cotten a été uni au génie d'Orson Welles, en étant l'un de ses acteurs fétiches, que ce soit lorsqu'il lui confie le rôle du journaliste Jedediah Leland, l'ami et la "conscience" de Kane dans "Citizen Kane", en 1942, il récidive avec "La Splendeur des Amberson". Joseph Cotten est né le 15 mai1905 à Petersbourg en Virginie. Après avoir effectué sa scolarité à Washington, puis commence une carrière de rugbyman professionnel en même temps qu'il tient une rubrique de critique de théâtre dans un quotidien new-yorkais. Après un bref passage à la radio à Miami et un emploi de régisseur à New York. Il franchit le pas et débute sur les planches en 1931 et devient en peu de temps l'un des comédiens les plus célèbres de Broadway.

 

En 1937, il rejoint Orson Welles et son fameux "Mercury Theatre" à New York et c'est Welles qui le fait débuter au cinéma dès 1941 dans ses trois premiers films : "Citizen Kane" (1941) dont ce ne fut pas le succès commercial escompté, ce qui inquiète fort la RKO alors que le deuxième film de Welles, "La Splendeur des Amberson" (The Magnificent Ambersons,1942) avec Joseph Cotten, est déjà en chantier. Orson Welles ne s'y est réservé aucun rôle, préférant consacrer toute son énergie à la mise en scène de cette évocation nostalgique de l'Amérique de la fin du XIXe siècle. Ce chef-d'œuvre a été amputé d'un tiers de sa longueur ce qui fait perdre beaucoup de sa tonalité douce-amère, mais dans lequel Joseph Cotten est excellent en nouveau riche méprisé par une famille aristocrate. Et pourtant le troisième film, réalisé par Norman Foster sur un scénario de Welles et Cotten avec Joseph Cotten, Dolores Del Rio, Agnes Moorehead et Welles lui-même se précise pendant l'année 1942  avec "Voyage au pays de la peur" (Journey Into Fear), mais ce long métrage connaîtra le même sort que le précèdent, il aura été encore plus massacré par les monteurs de la RKO.

 

Après la rupture de la troupe du Mercury avec la RKO, Joseph Cotten est engagé par David Selznick. Alfred Hitchcock le métamorphose en tueur de veuves argentés dans "L'Ombre d'un doute" (Shadow of A Doubt,1943), pour lequel le réalisateur a souvent déclaré que c'était son film préféré. S'il garde un si bon souvenir du film, c'est aussi parce qu'il dirigea pour la première fois Joseph Cotten qui allait donner l'une des premières images de personnage "hitchcockien". Dans "Hantise" (Gaslight,1944) de George Cukor, il obtient un rôle secondaire mais d'une grande importance, puisqu'il révèle à Ingrid Bergman, les raisons du mystère de sa hantise et de son impression de folie liés aux pas dans le grenier de la maison...Mais Selznick a d'autres ambitions pour cet acteur élégant et distingué, et le destine aux amours romantiques face à Jennifer Jones : "Le Poids d'un mensonge" (Love Letters,1944) de William Dieterle, "Duel au soleil" (Duel In the Sun,1944) de King Vidor et "Le Portrait de Jennie" (Portrait of Jenny,1948) à nouveau de Dieterle où il obtient le Prix d'interprétation à Venise en 1950 pour sa composition du peintre.

 

En 1949, le réalisateur Carol Reed le dirige aux côtés d'Orson Welles, Alida Valli et Trevor Howard dans un film devenu légendaire "Le Troisième homme" (The Third Man). L'un des plus grands succès du cinéma britannique, qui remportera le Grand Prix du Festival de Cannes 1949. L'un des thèmes principaux de ce film et notamment celui de la déchéance et de la trahison, autour de cette quête obstinée de Holly Martins (Joseph Cotten), à la recherche d'une vérité qui coûtera la vie à son ami Harry, et qui le détruira lui-même, ainsi que la femme qu'il aime. L'atmosphère vénéneuse de la capitale autrichienne au lendemain de la guerre est admirablement recréer. Joseph Cotten enchaîne en tournant sous la direction d'Alfred Hitchcock à nouveau dans "Les Amants du Capricorne" (Under Capricorn,1949) avec Ingrid Bergman et "Le Troisième homme" (The Third Man,1949) de Carol Reed, où il retrouve Orson Welles dans un face à face mémorable où la musique de Anton Karas est resté dans toutes les mémoires des cinéphiles. Cette même année, Cotten donne la réplique à Bette Davis dans "La Garçe" (Beyond the Forest) de King Vidor mais sans grand succès, il incarne le mari tourmenté qui, par ses escapades et infidélités, le pousse au désespoir. Entretemps, il réussit dans de meilleures conditions le film de William Dieterle "Les Amants de Capri" (September Affair,1950) aux côtés de Joan Fontaine.

 

Pendant les années 50, sa carrière cinématographique ne s'arrête pas là pour autant et on retrouve son nom au générique de films de moindres importance, mais on peut noter sa prestation réussie aux côtés de Marilyn Monroe dans le thriller célèbre de Henry Hathaway : "Niagara" (1953) puis avec Orson Welles qui lui propose d'être à l'affiche avec Charlton Heston, Janet Leigh et Marlène Dietrich dans "La Soif du mal" (Touch of Evil,1958) qui restera l'une des plus belles réussites du réalisateur. William Dieterle avait déjà dirigé Joseph Cotten à deux reprises, avec succès dans "Le Poids d'un mensonge" et "Le Portrait de Jennie" quand il décide de présenter un remake de "Shanghai-Express" avec "Pékin Express"  (1951). A noter, un film policier méconnu de Budd Boetticher "Le Tueur s'est évadé" (The Killer is Loose,1955) qui permit à Cotten et Rhonda Fleming de donner à ce récit une certaine authenticité, dans cette incursion du film noir, où l'itinéraire parcouru par le tueur pour abattre sa proie est avant tout le thème de la vengeance. Joseph Cotten tourne sans discontinuer, tout en menant des activités parallèles au théâtre et à la télévision où il aura même sa propre émission "The Joseph Cotten Show" de 1955 à 1957.

 

Après avoir donné la réplique à Kirk Douglas et Rock Hudson dans "El Perdido" (1960) de Robert Aldrich, Joseph Cotten ne travaille pas entre 1961 et 1965, il est en perte de vitesse comme beaucoup de comédiens de sa génération. Il vient tourner en Europe au milieu des années soixante, apparaissant dans quantités de petits films italiens, espagnols ou britanniques... On retiendra sa participation aux côtés de Bette Davis et Olivia de Havilland dans "Chut, chut chère Charlotte" (Hush, Hush Sweet Charlotte,1965) de Robert Aldrich, "Petulia" (1968) de Richard Lester avec Julie Christie et George C. Scott. Ses derniers rôles déparent un peu sa brillante filmographie. Joseph Cotten fut dirigé par quelques-uns des cinéastes les plus célèbres : Orson Welles, Alfred Hitchcock, King Vidor, Carol Reed, William Dieterle, Robert Wise, Robert Aldrich, Henry Hathaway, George Cukor, Richard Lester, Irwin Allen, Richard Fleischer, Michael Cimino, Tay Garnett, Luigi Comencini et tant d'autres...

 

Son art de comédien est fondé à la fois sur sa distinction naturelle et une sensibilité à fleur de peau. Ce qui en a fait l'intellectuel-type, l'artiste victime de ses élans romantiques, comme dans "Le Portrait de Jennie". Mais son élégance discrète et son charme trouble lui ont permis d'incarner, quelques-uns de ses plus beaux rôles, comme celui réalisé par Hitchcock "L'Ombre d'un doute" où il est l'un des plus fascinants criminels du cinéma. A partir des années 70, sa carrière cinématographique s'estompe malgré quelques rôles importants ou intéressants comme dans "Soleil vert" (Soylent Green,1973) de Richard Fleischer, lequel a remporté le Grand Prix du Festival d'Avoriaz 1974, ou celui du secrétaire de la guerre Henry Lewis Stimson, lors du fameux "Tora !, Tora ! , Tora !" (1970) du même réalisateur. Une autre participation face à Vincent Price dans "L'Abominable Docteur Phibes" (The Abominable Dr. Phibes,1971) de Robert Fuest. Sans omettre deux autres rôles, le premier réalisé par le réalisateur italien Luigi Comencini "L'Argent de la vieille" (Lo Scopone scientifico,1972) aux côtés de Bette Davis et Alberto Sordi et le second par Michael Cimino "La Route du Paradis" (Heaven's Gate,1980). En 1987, Joseph Cotten a publié son autobiographie "Vanity Will Get You Somewhere". Le 6 février 1994, il décède d'une pneumonie à l'âge de 88 ans à Westwood en Californie.

 

*Affiches-ciné * Cinetom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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