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11 juin 2026

L'ALTRUISME DE JEAN-PAUL LE CHANOIS

JEAN-PAUL LE CHANOIS   1909 - 1985

Réalisateur Français

Certains des films tournés par ce réalisateur méconnu, sont devenus célèbres chez nombreux des cinéphiles dont "L'Ecole buissonnière" avec Bernard Blier dans le rôle d'un instituteur qui a réellement existé. Avec le même comédien, deux autres films exceptionnels "Sans laisser d'adresse" et "Agence matrimoniale". Ainsi que la première version française en couleurs des "Misérables" avec Jean Gabin en Jean Valjean et tant d'autres que nous allons évoquer. Jean-Paul Le Chanois, de son vrai nom Jean-Paul Etienne Dreyfus est née le 25 octobre1909 à Paris dans les 9eme arrondissement, son père était docteur en médecine.

 

Licencié en droit et en philosophie, il se décide à entreprendre des études de médecine puis renonce et, après s'être essayé à divers métiers : marin, électricien, ouvrier agricole, garçon de restaurant, représentant, typographe, devient journaliste plus précisément secrétaire de rédaction à "La Revue du Cinéma", écrit des chansons pour René Lebas, Marie Bizet, et plus tard pour Edith Piaf et Yves Montand. Le Chanois fait également des apparitions au cinéma, on le voit dans "L'Affaire est dans le sac" de Pierre Prévert. Attaché à la direction de la société Pathé, il quitte très vite son poste pour devenir assistant d'Alexander Korda dans "Marius" (1931) de Pagnol, de Julien Duvivier "Poil de Carotte" (1931), "Le Paquepot Tenacity" (1933), de Jean Renoir "La Marseillaise", de Maurice Tourneur, de Max Ophuls, d'Anatole Litvak...avant d'exercer un temps la profession de monteur pour plusieurs films comme "Koenigsmark", "L'Equipage", "De Mayerling à Sarajevo"...

 

Associé au mouvement "Octobre", groupe artistique né du Front Populaire, il fait enfin ses débuts de réalisation en 1936 en participant au tournage de "La Vie est à nous", entrepris à l'initiative du Parti Communiste Français pour la campagne électorale, poursuit avec "Le Temps des Cerises" (1937), film de fiction dont il est l'auteur complet, puis "La Vie d'un homme" (1937), moyen métrage d'un documentaire sur la vie de Paul Vaillant-Couturier, le directeur de l'Humanité, mais le conflit mondial interrompt sa carrière. Passé dans la clandestinité, du fait de ses origines juive et de son engagement en tant que communiste et travaille pendant l'Occupation allemande, comme scénariste, sous un prête-nom, pour la Continental-Films, société de production de films français dirigée par les Allemands sous l'Occupation. Pendant cette période trouble, il adopte le pseudonyme de "Le Chanois", qu'il conservera pour signer ses films après la guerre. Le Chanois a dirigé le Comité de libération du cinéma français, organisme de résistance sous l'Occupation, sous le pseudonyme de Marceau.

 

En 1946, il réalise "Messieurs Ludovic" avec Bernard Blier et Odette Joyeux, dont il est scénariste, marque son nouveau départ, puis "Au cœur de l'orage" (1944-1948), un long métrage sur l'histoire du marquis du Vercors dont une grande partie fut tournée durant les heures tragiques de la Résistance, impose son nom, à noter seul film tourné sous l'Occupation sur cette période trouble. Une succession de récompenses assoit ensuite sa notoriété : le Grand Prix du Festival de Knokke-le-Zoute en 1949 pour "L'Ecole buissonnière", tourné en grande partie selon les méthodes du néo-réalisme, alors triomphant, ce film retrace dans ses grandes lignes l'histoire de Paul Frénet, instituteur à Vence qui s'élevant contre des méthodes poussiéreuses d'éducation, développa un nouvel enseignement reposant sur la recherche de la personnalité et des aptitudes de l'enfant. Ouvrant les portes de l'école, il fit découvrir le plein air à ses élèves. A signaler l'interprétation réussie de Bernard Blier qui fut le de ses acteurs de prédilection. Puis, le réalisateur fut récompensé de l'Ours d'Or au Festival de Berlin en 1951 pour "Sans laisser d'adresse", sur un sujet d'Alex Joffé avec Bernard Blier, Danièle Delorme et Julien Carette. On peut parler de l'air du temps à propos d'un film comme celui de Le Chanois; d'abord parce qu'il fait intervenir au cours de l'itinéraire du chauffeur de taxi certains visages à la mode : celui de Juliette Gréco qu'on voit le temps d'une chanson, celui de Simone Signoret qui s'amuse à faire de la figuration, celui de France Roche, mais aussi Pierre Mondy, Louis De Funès, Gérard Oury ou celui encore de Le Chanois, lui-même, qu'on entrevoit en infirmier; en fond de tableau le Paris des années 50 et, particulièrement Saint-Germain-des-Prés.

 

Entretemps, Jean-Paul Le Chanois tourne "La Belle que voilà !" (1949) avec le couple légendaire Michèle Morgan-Henri Vidal, adapté par Françoise Giroud d'un roman de Vicky Baum, qui sera une grande réussite commerciale, ainsi que celui de 1952 "Agence matrimoniale", l'un des meilleurs rôles de Bernard Blier de cette période prolifique avec Yves Allégret et un peu plus tard avec Lautner. Le cinéaste n'en dédaigne pas pour autant le cinéma de pur divertissement puisqu'il signe les deux films fort populaires bâtis sur la personnalité et les sketches de Robert Lamoureux, "Papa, Maman, la bonne et moi" (1954) et "Papa, Maman, ma femme et moi" (1955) aux côtés de Fernand Ledoux, Gaby Morlay et Louis De Funès. Vittorio De Sica conseilla alors à Le Chanois de poursuivre les aventures de la famille Langlois. Le Chanois refusa catégoriquement, car, déclara-t'il : "Les bonnes choses doivent avoir une fin". Ajoutons que l'appartement de Langlois est la réplique exacte de celui que jadis occupa Jean-Paul Le Chanois avec sa famille. Exploité en URSS (Russie), ce film de mœurs bourgeoises connut un très grand succès. Le cinéaste obtint le Grand Prix du Cinéma Français enfin en 1955 pour "Les Evadés", qui retrace l'évasion périlleuse en Allemagne de trois prisonniers français qui tentent de gagner la Suède. Pierre Fresnay, François Périer, Michel André et Silvia Monfort sont les principaux interprètes.

 

Après cette intermède, il se lance dans une entreprise courageuse, celle de faire connaître la nouvelle méthode d'accouchement sans douleur avec "Le Cas du docteur Laurent" (1957), bénéficiant du soutien et de la présence de Jean Gabin. La tentative du cinéaste, cautionnée par la présence de Gabin, devait recueillir une grande audience et fut accueillie avec enthousiasme par la critique progressiste pour son "réel courage" dans une aventure "pas tellement commerciale" (Cahiers du Cinéma). Ce sera le dernier film important de sa carrière cinématographique, même si l'on peut lui accorder un sans faute lors de la présentation de la nouvelle version des "Misérables" (1958), réalisé en deux époques, d'après le roman de Victor Hugo, ce film eut un succès commercial important avec près de dix millions de spectateurs et de la présence de Jean Gabin en Jean Valjean, Bernard Blier en Javert et Bourvil en Thénardier. Devenu son acteur fétiche (Gabin), Le Chanoir tourne deux autres films avec lui "Monsieur" (1964) et "Le Jardinier d'Argenteuil" (1966).

 

Jean-Paul Le Chanois fut dans les années soixante l'une des cibles favorites des jeunes loups de la "Nouvelle Vague", qui voyaient en lui  (mais aussi à Gilles Grangier, Henri Verneuil, Jean Delannoy ou Claude Autant-Lara) le représentant idéal d'un cinéma français désuet et sans ambition. Son œuvre ne manque pourtant pas d'humanisme, et sa carrière mérite plus d'attention et de respect que la critique ne lui en a montré de son vivant. Jean-Paul Le Chanois fut marié à la comédienne Sylvia Monfort, celui-ci décède le 8 juillet 1985 à l'âge de 75 ans à Passy en Haute-Savoie. 

 

*Affiches-ciné * Cinéma français * Cinetom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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