DÉCÈS DU CINÉASTE JEAN-PAUL RAPPENEAU
DÉCÈS DU CINÉASTE FRANCAIS
JEAN-PAUL RAPPENEAU 1932 - 2026
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L'un des derniers cinéastes français d'une génération disparue, Jean-Paul Rappeneau vient de nous quitter ce mardi 1er septembre 2026 à l'âge de 94 ans après une carrière débutée, il y a tout juste soixante ans. Réalisateur méticuleux, autodidacte aura réalisé au total huit longs métrages, marquée notamment par l'immense succès de son adaptation de "Cyrano de Bergerac" en 1990 avec Gérard Depardieu. Cinéaste élégant, exigeant, discret et profondément attaché au plaisir du spectacle. Son tempérament semble marqué par une grande précision dans le travail, mais aussi par une vraie sensibilité et un goût prononcé pour la fantaisie.
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Jean-Paul Rappeneau est né le 8 avril 1932 à Auxerre dans une famille nombreuse, il avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, marqué notamment après avoir visionné le chef-d'œuvre d'Orson Welles "Citizen Kane". En 1958, il entre sur la scène cinématographique, en tant que scénariste et dialoguiste du film d'Yves Robert "Signé Arsène Lupin". La même année, il écrit également "Le Mariage" l'un des sketches de "La Française et l'Amour" et une adaptation des "Trois Mousquetaires" que devait réaliser Jacques Becker, mais le projet fut abandonné.
Jean-Paul Rappeneau poursuit cette activité jusqu'au début des années 60, en signant notamment l'adaptation et les dialogues de "Zazie dans le métro" (1959) pour Louis Malle avec Philippe Noiret, le scénario et les dialogues de "Vie privée" également pour Louis Malle avec Marcello Mastroianni et Brigitte Bardot, en 1960, les dialogues du "Combat dans l'île" (1961) d'Alain Cavalier, puis le scénario et l'adaptation de "L'Homme de Rio" (1962) de Philippe de Broca. A propos de la conception et de l'écriture d'un film -étape qui selon Rappeneau, doit s'étaler idéalement sur douze à dix-huit mois - il a déclaré qu'il ne commençait à vraiment sentir une scène qu'à partir du moment où il arrivait à la jouer lui-même : "C'est un signe, a précisé Rappeneau. Sans y penser, je me lève de ma chaise et je commence à aller et venir dans la pièce en déplaçant les meubles pour voir comment les acteurs vont faire. Tant que je reste assis, c'est qu'on reste dans l'abstraction. En fait, plus le film avance dans sa conception, plus il devient physique, précis pour moi, et plus je suis debout!"
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C'est en 1966 que Rappeneau va pouvoir vérifier pleinement cette manière de travailler puisque il aborde la mise en scène pour la première fois avec "La Vie de château", écrit en collaboration avec Alain Cavalier et Claude Sautet pour le scénario et Daniel Boulanger pour les dialogues. Ce film fut couronné par le jury du Prix Louis Delluc en 1966. Cette décision n'alla pas sans provoquer des remous parmi les critiques, d'autant plus que cette comédie se trouvait en concurrence avec "Pierrot le fou" de Jean-Luc Godard. Il semble bien que le prix ait récompensé l'audace d'un scénariste et d'un cinéaste qui s'attaquait à un tabou du cinéma français : la Résistance pendant l'Occupation allemande. Faire s'agiter des personnages volontairement conventionnels dans des situations de vaudeville et devant une toile de fond qui reflète tout de même la réalité de la guerre. Le film remporte un vif succès, aussi bien sur le plan critique que public. En remontant dans le temps et en appliquant la même recette, Rappeneau allait réaliser cinq ans plus tard, son second long métrage "Les Mariés de l'an II" (1971), occasion d'intégrer une histoire d'amour dans le déroulement de la Révolution avec pour interprètes principaux : Jean-Paul Belmondo, Marlène Jobert, Laura Antonelli, Michel Auclair, Sami Frey, Pierre Brasseur et Charles Denner.
Jean-Paul Rappeneau fut interrogé sur ce très long laps de temps qui s'écoule entre deux de ses films : "Le problème, c'est de trouver un sujet qui vous emballe et qui, brusquement, vous fasse tout arrêter pour vous lancer dans cette aventure. Il faut que le film devienne pour vous une affaire vitale." "Je raconte des histoires graves, mais d'une manière drôle. D'ailleurs au départ, je ne me croyais pas destiné à faire des comédies, d'autant que je n'aime pas tellement le cinéma comique en tant que spectateur. Mes goûts de cinéphile me portent plutôt vers un cinéma flamboyant, les baroques, ceux donnent à voir : Fellini, Kurosawa, Kubrick...", "Mon travail, souligne Jean-Paul Rappeneau, ressemble à la fabrication d'un club-sandwich : je pars d'une image poétique sur laquelle j'empile mes thèmes personnels qui sont la jalousie, la vengeance, la poursuite, la dissimulation, l'entrelacs. Je choisis ensuite un champ clos : maison, île, une période ou un lieu éloignés : An II, Second Guerre mondiale, Amérique du Sud. Et, à partir d'un sujet intimiste, je me retrouve aux commandes d'une immense machine aux rouages compliqués". (J.P. Rappeneau, entretien avec l'Express). Ainsi né le film "Le Sauvage" (1975), dont le tournage eu lieu sur les lieux mêmes de l'action : à Caracas, aux Bahamas, aux Iles Vierges, à New York et à Saint-Laurent-des-Bois, petit village de la Nièvre. C'est ainsi que, sur ce même rythme, ne suivra qu'un autre film, six ans plus tard, soit en 1981 avec "Tout feu tout flamme". Rappeneau a concédé qu'il y avait un peu plus de gravité dans ce film. Il s'est souvenu du "Roi Lear" de Shakespeare, l'histoire de ce vieux souverain aux prises avec ses trois filles, mais il s'empresse d'ajouter que le cinéma lui permet de réaliser de vieux rêves d'adolescent, l'aventure "avec une caméra qui file sur un travelling de 50 mètres".
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Neuf ans après "Tout feu tout flamme", Jean-Paul Rappeneau réalise "Cyrano de Bergerac" (1990) d'après l'œuvre d'Edmond Rostand avec Gérard Depardieu dans le rôle-titre. La pièce fut raccourcie en bien des points mais, le pari étant de respecter la versification, Jean-Claude Carrière, qui fut le coadaptateur, avoua avoir dû écrire une bonne centaine d'alexandrins à la manière de Rostand. Le film a obtenu de nombreuses récompenses dont dix César dont le César du meilleur film, meilleur acteur pour Gérard Depardieu, César du meilleur acteur dans un second rôle pour Jacques Weber, César du meilleur réalisateur, César de la meilleure musique originale, César de la meilleure photographie, César des meilleurs décors et celui des meilleurs costumes, du meilleur montage et celui du meilleur son. Ce chef-d'œuvre de Jean-Paul Rappeneau remporte un énorme succès critique et populaire avec plus de quatre millions d'entrée au cinéma. Il lui faudra attendre 1995 pour donner vie au roman de Jean Giono avec "Le Hussard sur le toit" dont de nombreux cinéastes avaient abandonné le projet devant la difficulté de la transposition sans omettre un budget obligatoirement élevé. La version de Rappeneau donna lieu au budget le plus important du cinéma français jusqu'alors. Le réalisateur qui avait déjà dirigé Isabelle Adjani, lui proposa le rôle de Viviane Denvers du film "Bon voyage" (2003). Rappeneau précisait : "Mes films sont toujours nés de la même façon : par une image qui m'obsède et le sujet qui prend forme derrière." Ici, c'était l'approche des Allemands et la fuite du tout-Paris vers Bordeaux. "D'un côté, un type qui traverse la place de la Concorde déserte; de l'autre, Bordeaux surpeuplé, le désordre dans les hôtels, le tourbillon d'égoïsme, de vanité bourgeoise, d'inconscience collective, au moment précis où une nation s'effondre"
Je me souviens avoir été sur un des lieux du tournage du film "Bon voyage" à la Rue du Beaujolais à Paris, près du Palais-Royal, où des véhicules des années 30-40 défilaient lors d'une prise de vues. Présenté au Festival d'Angoulême, son dernier film "Belles familles" a été diffusé dans les salles de cinéma en octobre 2015.
*Affiches-ciné * Cinema français * Cinetom
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