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8 mars 2026

STANLEY KRAMER, LA THÉORIE DE LA SINCÉRITÉ CINÉMATOGRAPHIQUE

STANLEY KRAMER        1913 - 2001

Réalisateur, Producteur Américain

Pour qualifier son travail, l'adjectif qui fut le plus fréquemment utilisé fut celui de "sincère". Ce fut également le plus flatteur de ceux choisis par les critiques. Il est vrai que sans cette réputation de sincérité, Stanley Kramer n'aurait pas reçu en 1961 le Prix Irving Thalberg, pour récompenser la "haute qualité de l'ensemble de son œuvre'. Il est vrai qu'au simple résumé, les scénarios des films de Stanley Kramer semblent à la fois si généraux et si élémentaires qu'on a quelque mal à comprendre qu'ils aient pu intéresser le grand public. Qu'y a-t'il de plus simpliste que la situation d'un Noir enchaîné à un raciste blanc ? Que peut-on attendre de surprises d'un film qui prend une cible aussi peu défendable que la nazisme ? Les bons sentiments font rarement les bons livres et encore moins les bons films. Pourtant, Kramer, a contrairement à ce qu'il croit, a réussi à échapper à la règle, d'une part grâce au talent des acteurs qui ont su donner corps à ces généralités, ainsi Spencer Tracy, d'autre part grâce à une structure narrative particulièrement efficace. Et dans le meilleur des cas avec, il est vrai, le concours de scénaristes intelligents et incisifs comme Alby Mann, Harold Jacob Smith et Nathan E. Douglas, Kramer atteint son but : toucher le public pour mieux le faire réfléchir. Le fait que Kramer ait été au sommet de sa carrière entre 1958 et 1961 n'est peut-être pas un hasard. Ses films sont d'abord des produits de leur époque, imprégnés de la mentalité progressiste qui devait déboucher en 1960 sur l'élection de John F. Kennedy, couronnement des grandes mais éphémères, espérances de progrès, d'égalité et d'aspiration à une société plus juste. Les partisans de "cinéma d'auteur" n'ont voulu voir en Kramer que le délivreur du message. Mais les films les plus réussis de ce réalisateur, qui a embrassé avec une passion sincère les plus nobles causes, méritent peut-être un autre jugement. 

 

Stanley Kramer est né le 29 septembre 1913 à New York, ville ou il effectuera ses études (De Witt Clinton High School) et fréquentera l'Université. En 1933, Kramer accepte, à Hollywood, l'emploi de machiniste qu'on lui propose, avant d'entrer au département "recherches" de la MGM, puis au secteur montage, où il reste trois ans. Un premier scénario vendu à la Colombia lui sert de carte de visite pour entrer, comme scénariste, dans cette autre Major Compagny. Il écrit également pour la radio. Et l'une de ses adaptations achetée par la MGM lui permet de retourner au seins de la firme du Lion.

 

Kramer fait bientôt ses débuts de producteur, auprès de David Loew dont il est l'assistant, en 1941, sur "So Ends Our Night", de John Cromwell et l'associé, en 1942, sur "The Moon and Six Pence", de Albert Lewin. Pendant la guerre Kramer est incorporé au service cinéma de l'armée américaine, le Signal Corps. En 1947, il reprend ses activités de producteur avec un esprit d'indépendance qui n'a d'égale que l'ambition, le sérieux et la perspicacité. Après avoir produit "So This Is New York" de Richard Fleischer. Kramer commença à attirer l'attention des critiques comme producteur indépendant d'une série de films à petit budget consacrés à des thèmes sociaux, dans la lignée du nouvel intérêt manifesté par le Hollywood d'après guerre pour les problèmes du monde réel. Parmi les problèmes de Kramer à cette époque, on se rappelle "Le Champion" (Champion,1949) de Mark Robson, dénonciation très sévère du monde de la boxe; "Je suis un nègre" (Home of the Brave,1949), un des premiers films du cycle traitant des préjugés raciaux, réalisé lui aussi par Robson; "C'étaient des hommes" (The Men,1950), réalisé par Fred Zinnemann, émouvante histoire d'anciens combattants paraplégiques qui marqua les débuts éclatants de Marlon Brando au cinéma. Des années 50, datent aussi quelques productions prestigieuses inspirées de grands textes littéraires, comme "Cyrano de Bergerac" (1950) qui valut un Oscar d'interprétation à José Ferrer et "Mort d'un commis voyageur" (Death of a Salesman,1951), une des plus belles interprétations de Fredric March, qui faillit remporter la célèbre statuette. Un Oscar revint aussi à Gary Cooper, personnage principal d'un autre film produit par Kramer, "Le Train sifflera trois fois" (High Noon,1952).

 

Cette mobilisation des plus prestigieuses stars au service des grandes causes caractérisa toute la carrière de réalisateur de Stanley Kramer. Elle débuta en 1955 avec un drame se déroulant dans un hôpital, "Pour que vivent les hommes" (Not as a Stranger), interprété par Robert Mitchum et Olivia de Havilland. Mais c'est en 1957, avec "Orgueil et Passion" (The Pride and the Passion), un mélodrame historique, que Kramer fit montre de ses dons particuliers : sens inné de la dramatisation, capacité de tirer le meilleur parti de comédiens de grande classe, engagement authentique dans le combat contre l'exploitation de l'homme par l'homme. Kramer présente la lutte menée par les Espagnols contre les impitoyables armées d'occupation napoléoniennes en la condensant dans un épisode particulièrement dramatique : le transport à travers l'Espagne d'un énorme canon, périlleuse aventure qui permet d'assister au rapport de force entre un officier très distingué de la marine anglais (Cary Grant) et un guérillero espagnol violent et grossier (Frank Sinatra).

 

C'est ce même type de confrontation, évoluant de l'hostilité déclarée à la confiance et à l'estime réciproques qu'on retrouvera dans "La Chaîne" (The Defiant Ones,1958). Sur un scénario de Harold Jacob Smith et de l'écrivain Nedrick Young; qui signa sous le pseudonyme de Nathan E. Douglas parce qu'il était à l'époque sur la liste noire dressée par les maccartistes, Kramer, tout en traitant le thème traditionnel de la chasse à l'homme, dénonce la haine raciale. Tony Curtis et Sidney Poitier interprètent magnifiquement les rôles du sudiste blanc et du Noir exaspéré, qui, liés l'un à l'autre par des menottes, s'évadent de prison ou plutôt suite à un accident du véhicule qui les transportaient. Au cours de l'odyssée qu'ils sont obligés de vivre ensemble, ils prendront peu à peu conscience de l'inanité de leurs préjugés réciproques.

 

Autre film tourné par Kramer "Le Dernier Rivage" (On the Beach,1959), adapté d'un best-seller de Nevil Shute, tourné en extérieur à Melbourne. "Le Dernier Rivage" est chronologiquement le premier film de science-fiction sur les dernières heures d'un monde post-atomique, proposait une thèse antinucléaire. Remarquable séquence fantastique de l'arrivée d'un sous-marin américain à San Francisco, devenue inquiétante ville morte, sérieux avertissement de la description du monde après un conflit atomique, les quatre principaux acteurs furent Gregory Peck, Ava Gardner, Fred Astaire et Anthony Perkins. Adapté d'une pièce de Jerome Lawrence et de Robert E. Lee, "Procès de singe" (Inherit the Wind,1960) était la reconstitution dramatique d'un procès intenté en 1925 pour corruption de mineurs contre un professeur de biologie du Tennessee, coupable d'avoir enseigné la théorie darwinienne de l'évolution naturelle, alors interdite dans cet Etat. Le jeu théâtral et flamboyant de Fredric March dans le rôle du farouche réactionnaire William Jennings Bryan (rebaptisé dans le film Matthew Harrison Brady) était parfaitement contrebalancé par l'interprétation calme et mordante de Spencer Tracy dans le rôle de l'humaniste Clarence Darrow (Henry Drummond dans le film). Au-delà de la joute brillante entre deux très grands acteurs, le film constitue une revendication honnête et passionnée pour la liberté de pensée.

 

L'intégrité douloureusement préservée du juge incarné par Spencer Tracy dans "Jugement à Nuremberg" Judgment at Nuremberg,1961) constitue également le point fort du film et contribua, dans une large mesure, à son succès. Réalisé sur un scénario d'Abby Mann, tout le film baigne dans un climat d'horreur et de malaise presque palpable dans la mesure où, à l'époque, nombre de condamnés du procès de Nuremberg se trouvaient encore en prison. Le film dénonce, en outre, avec plus de fermeté que de subtilité, la responsabilité de l'homme et rappelle à la mémoire d'un monde trop enclin à l'oubli les atrocités commises par les nazis. Film "coup de poing" admirablement servi, comme c'est souvent le cas chez Kramer, par une distribution hors pair : Spencer Tracy, Burt Lancaster, Richard Widmark, Marlene Dietrich, Judy Garland, Montgomery Clift et Maximilien Schell. En 1962, il fait un court retour à la production et s'intéresse à deux réalisateurs de la jeune génération : John Cassavetes avec sa réalisation du film "Un Enfant attend" et Hubert Cornfield pour "Pressure Point".

 

On ne sait ce qui poussa Kramer à abandonner le drame pour s'essayer à la comédie. Le moins qu'on puisse en dire est que ce fut une malencontreuse décision. "Un Monde fou, fou, fou, fou" (It's a Mad, Mad, Mad, Mad World,1963), entreprise montée pour le marché international à grand renfort de stars, vaut pour quelques bons gags d'une joyeuse férocité, de bonnes interprétations. Sept mois de tournage, 200 000 mètres de pellicule, une équipe de trente-trois cascadeurs intrépides. Une nouvelle tonalité mélodramatique était à nouveau présent avec "La Nef des fous" (Ship of Fools,1965). Sur le navire qui lève l'ancre en 1933 de Veracruz pour gagner Bremerhaven est rassemblé un échantillonnage très varié d'humanité. Sorte de "Grand Hôtel" (1932) flottant sur lequel plane l'angoisse de l'arrivée en Allemagne nazie, et brosse un tableau critique de la société de l'époque. A noter la présence de Simone Signoret aux côtés de Vivien Leigh, José Ferrer, Lee Marvin et Oskar Werner. "Devine qui vient dîner ?" (Guess Who's Coming to Dinner ?,1967), comédie à fond social où l'on assiste au bouleversement qu'entraîne au sein d'une famille de bourgeois américains blancs l'arrivée d'un futur gendre de race noire, fut taxé de mièvrerie et de sentimentalisme. Les interprétations de Spencer Tracy et de Katharine Hepburn sont à la hauteur de leurs talents. Ce film est avant tout un plaidoyer pour l'intégration raciale dont la sincérité ne fait aucun doute, mais qui se veut avant tout rassurant, et que les intellectuels français ont dénoncé pour son éloquence souvent naïve et son "optimisme béat mais à courte vue"... Très malade pendant le tournage, Spencer Tracy devait mourir le 20 juin 1967, dix jours seulement après le dernier tour de manivelle.

     

Au milieu des années 60, Kramer s'interrogeait sur la portée réelle de son travail : "En travaillant sur des thèmes généraux et en acceptant des compromis sur le choix des acteurs ou sur d'autres points pour rendre mes projets plus attrayants vis-à-vis des distributeurs, j'ai l'impression de ne pas m'être assez préoccupé de la composante artistique du spectacle cinématographique. En fait, je me suis attaqué à des domaines trop vastes. J'ai détruit le monde entier dans "Le Dernier Rivage", j'ai abordé le problème racial dans "La Chaîne", j'ai parlé de la liberté d'enseignement dans "Procès de singe", j'ai enquêté sur les crimes contre l'humanité dans "Jugement à Nuremberg". Et je crois que c'est pour cette raison que le résultat ne me semble pas satisfaisant. Kramer décida de réunir Anna Magnani et Anthony Quinn dans "Le Secret de Santa Vittoria" (The Secret of Santa Vittoria,1969) dont le thème du film est la ruse des paysans italiens qui cachent leurs réserves de vin pour les soustraire aux forces d'occupation allemandes. A partir de là, Kramer s'est engagé sur la voie d'une mélancolique régression : "Bless the Beats and Children" (1971), "L'Or noir de l'Oklahoma" (Oklahoma Crude,1973) avec George C. Scott et Faye Dunaway, "La Théorie des dominos" (The Domino Principle,1977) avec Gene Hackman, Candice Bergen et Richard Widmark, thriller d'espionnage bien structuré, méritait un meilleur sort. Puis un ultime long métrage en 1979 "The Runner Stumbles" avec Dick Van Dyke. En 1997, Stanley Kramer publie son autobiographie, "A Mad, Mad, Mad, Mad World : A Life in Hollywood. Il décède le 19 février 2001 à Los Angeles, à l'âge de 87 ans.

*Affiches-ciné * Cinetom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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