LOUISE BROOKS, LOULOU
LOUISE BROOKS 1906 - 1985
Actrice Américaine
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Sa carrière à l'écran fut relativement brève, une quinzaine de film entre 1925 et 1928, puis d'autres tournés en Europe soit environ vingt-huit films dont le célèbre film de Pabst "Loulou" (1929). Elle sut danser, jouer, séduire, scandaliser, mais aussi refuser les compromis : Louise Brooks est bien, comme l'écrivit Ado Kyrou, "La femme de rêve sans laquelle le cinéma ne serait qu'une pauvre chose". Louise Brooks est née le 14 novembre 1906 à Cherryvale dans le Kansas. Artiste dans l'âme, sa mère l'encourage à devenir danseuse. Louise quitte donc très jeune le lycée et part à New York avec son professeur. Pas plus qu'ils ne peuvent exercer sur elle le moindre contrôle, les hommes ne sont capables de lui résister. Au cours de sa vie, Louise devait se marier deux fois, collectionner les aventures et même défrayer la chronique par quelques incursions du côté de Lesbos. Dire qu'elle ne vivait que pour le sexe - au sens de subordonner son existence au plaisir et à sa satisfaction, ce n'est ni succomber au goût du scandale, ni la diffamer, mais énoncer la simple vérité. Outre son refus de montrer les tristes signes de la dégradation de la déchéance et de la souffrance qu'on s'attend généralement à voir chez ceux qui s'abandonnent complètement à l'hédonisme, cette sensualité explosive est le trait le plus marquant de la personnalité de Louise Brooks.
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En 1921, elle entre à New York dans la troupe des Denishawn Dancers et commence à participer à des tournées. Elle en est licenciée, non parce qu'elle danse male - son corps était au contraire mobile et frémissant, expressif et insolent -, mais parce que, déjà rebelle, elle ne veut pas devenir un personnage subalterne. Elle fait ensuite partie des George White Scandals, dans au Café de Paris à Londres avant d'être enfin engagée par le grand Ziegfeld. Tout cela, soulignons-le, avant même d'avoir franchi le cap des vingt ans.
Louise Brooks débute au cinéma en 1925, dans "Le Roi des mendiants"(The Street of Forgotten Men) de Herbert Brennon, production de la Paramount tournée dans les studios Astoria à Long Island. D'humeur buissonnière, Louise aime le cinéma mais ne songe pas encore à Hollywood. A New York elle continue à danser dans le cadre des "Follies" de Ziegfeld, fréquente les boîtes de nuit escortée par le scénariste Herman Mankiewicz et fait montre d'un esprit mordant. Après "The American Venus" (1926) de Frank Tuttle, elle signe un contrat avec la Paramount pour laquelle elle incarne, dans toute une série de films, les flirteuses canailles. Elle y fait la moue, reste au lit à paresser, danse et dévisage les hommes comme si elle lisait en eux, à livre ouvert, leurs désirs. Toute sa chair exprime le plaisir et l'attente, et les soyeux dessous semblent glisser sur son corps élancé. Cette puissance érotique brutale ne s'embarrasse pas d'histoires sentimentales, ignore l'amour ou l'heureux dénouement. Elle tend à l'assouvissement d'un désir de toute évidence insatiable. Et c'est ainsi qu'elle apparaît dans "Au suivant de ces messieurs" (A Social Celebrity,1926) de Malcom Saint-Clair avec Adolphe Menjou; dans "Erreur de jeunesse" (It's the Old Army Game,1926, un film d'Edward Sutherland avec W.C. Fields; dans "Moi" (The Show-off,1926) de Malcom Saint-Clair; enfin dans "Le Galant étalagiste" (Love'em and Leave'em,1927) de Frank Tuttle, elle séduit le fiancé de sa sœur, film qui marque la fin de la première partie de sa carrière, car on lui reproche de s'être montrée plus sexy que l'actrice principale, Evelyn Brent.
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Louise Brooks gagne alors Hollywood, poursuivant sa carrière tout en fréquentant très activement les soirées mondaines, ce qui ne l'empêche pas de se présenter fraîche et rose, le lendemain matin sur le plateau. L'année 1927 est particulièrement chargée pour elle, puisqu'elle joue dans "Un Homme en habit" (Evening Clothes) de Luther Reed, "La Cité maudite" (The City Gone Wild) de James Cruze, "Frères ennemis" (Rolled Stockings) de Richard Rosson et "Now We're in the Air" de Frank B. Strayer. En 1928, elle est dirigée par Howard Hawks dans "Une Fille dans chaque port" ou "Poings de fer, cœur d'or" (A Girl in Every Port), film produit par la Fox où elle incarne une artiste de cirque aimée par deux hommes. Cette situation triangulaire avait déjà été traitée dans d'autres films de Hawks, mais jamais celui-ci n'avait eu affaire à une actrice donnant aussi bien l'impression de se jouer des hommes et dotée d'un tel pouvoir érotique. Ce film va marquer le tournant décisif de la carrière de Louise Brooks. C'est en le voyant que le cinéaste George Wilhem Pabst, alors à la recherche d'une actrice pour "Loulou" (Die Büchse der Pandora,1929), fait appel à elle. Avant sa mémorable rencontre avec le réalisateur, Louise tourne cependant deux autres films américains. Dans le premier, "Les Mendiants de la vie" (Beggars of Life,1928) de William A. Wellman, elle apparaît déguisée en garçon, pendant une bonne partie du film, avant d'endosser des vêtements de jeune fille. Dans le second film, "Le Meurtre du canari" (The Canary Murder Case,1929), elle partage l'affiche avec William Powell.
Au moment de l'avènement du parlant, la Paramount cherche à impressionner l'actrice en refusant de l'augmenter et en menaçant de la licencier au cas où elle n'accepterait pas ses conditions. Sur le conseil d'un de ses amants, George Marshall, Louise Brooks décide alors d'aller tourner "Loulou" en Allemagne. Subjuguée par son actrice, Pabst n'en déplore pas moins la façon de vivre de Louise dès qu'elle a quitté le plateau, car elle n'est pas loin de ressembler à celle de "Loulou". Au grand dam de l'actrice, il entreprend d'y mettre un frein, ainsi que le raconte Louise Brooks : "A la fin du travail, j'était ramenée au bercail, baignée, nourrie, puis envoyée au lit jusqu'au lendemain sept heures." Pabst veille jalousement sur elle, la protégeant, à l'occasion, mais surtout jouant de la mauvaise humeur de ses partenaires ulcérés d'être cantonnés dans des rôles antipathiques. Selon Louise Brooks : "Pabst encourageait véritablement les acteurs à se haïr et à se repousser mutuellement, captant ainsi littéralement leur énergie pour le tournage.
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Tout de suite après, Pabst la dirige dans "Trois pages d'un journal" ou "Journal d'une fille perdue" (Das Tagebuch einer Verlorenen,1929); la même année, elle tourne un film français, "Prix de beauté" (1929) sous la direction d'Augusto Genina. Mais Louis Brooks est sinon dangereuse, du moins trop insolente, trop impudique, en un mot trop vivante face à l'hypocrisie organisée des milieux hollywoodiens. Dans les années 30, elle poursuit sa carrière en Amérique, mais pour en retirer peu de satisfactions et beaucoup d'humiliations.
Son lent déclin est difficile à expliquer. Elle-même en voit la cause dans la bêtise de la société, oubliant qu'elle s'est imprudemment attaquée à la Paramount en se consacrant au "cinéma d'art" et en brillant dans "Loulou" plus qu'elle n'avait jamais pu le faire à Hollywood. Il était en outre difficile de s'entendre avec elle, en raison de son franc-parler et de son mépris des convenances et de l'argent. On raconte que le magnat de Hollywood Harry Cohn lui avait promis de la faire entrer dans le cercle fermé des monstres sacrés à condition qu'elle devînt sa maîtresse. Mais Louise Brooks répondit qu'elle voulait rester libre de choisir ses amants. Elle obtient un second rôle dans "It Pays to Advertise" et un autre rôle mineur dans "God's Gift to Women", deux films sortis en 1931, le premier réalisé par Frank Tuttle, le second par Michael Curtiz.
Elle avait épousé en 1926 le metteur en scène Edward Sutherland et en 1934, mariée en secondes noces avec Deering Davis, elle le quitte au bout de six mois. Puis elle travaille dans une boîte de nuit et se prépare avec enthousiasme à jouer le rôle d'Hélène de Troie dans "Faust", sous la direction de Pabst. Lorsque le projet tombe à l'eau, Louise Brooks est réduite à tourner un western de série B, "Empty Saddles" (1936) de Lesley Selander avec Buck Jones. Cohn savoure sa revanche en l'engageant comme simple danseuse pour "Le Cœur en fête" (When You're in Love,1937) de Robert Riskin. Son dernier film date de 1938 : il s'agit d'un western avec John Wayne, "Overland Stage Raiders" de George Sherman.
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Dès lors, et comme elle l'avoua sans détours, elle vit grâce à l'argent de ses riches protecteurs, entrant en quelque sorte dans le gratin des call-girls. Elle regagne aussi son Kansas natal où elle tente d'ouvrir une école de danse. Finalement de retour à New York, elle obtient un emploi à la radio et travaille de temps à autre pour des agences de publicité. En 1946, Louise Brooks n'est plus qu'une vendeuse anonyme des grands magasins Saks sur la 5e Avenue. Après écrit son autobiographie, elle en brûle le manuscrit, refusant finalement de se jeter en pâture au public. Dans les années 50, elle se retrouve seule et sans un sou, oubliée de tous. C'est au cours de ces années noires qu'Henri Langlois lui consacre un triomphal hommage à la Cinémathèque française.
En Amérique, James Card, curateur de l'Eastman House, l'encourage à s'installer à Rochester, où bon nombre de ses films sont archivés. Avant de tomber malade, Louise Brooks à consacré plusieurs années à des articles sur des personnalités de l'histoire du cinéma, tels que Pabst, Wellman, Garbo, Marlène Dietrich, Bogart, W.C. Fields. Ses analyses sont si pénétrantes, si poignantes aussi, qu'on regrette vraiment qu'elle ait détruit son autobiographie. Au début des années 80, on la retrouve dans un deux-pièces de Rochester. Une seconde version de son autobiographie "Loulou à Hollywood" est publiée en France en 1983 aux éditions Pygmalion. Son décès survenu le 8 août 1985 à l'âge de 78 ans à Rochester, est dû à une crise cardiaque, liée à un emphysème.
*Affiches-ciné * Cinetom
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