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CINETOM
8 février 2026

LE CINÉMA ENCHANTÉ DE JACQUES DEMY

JACQUES DEMY                    1931 - 1990

Réalisateur, Scénariste Français

Contrairement à Truffaut, Godard, Chabrol ou Rohmer et autres cinéastes apparus avec la Nouvelle Vague, Jacques Demy ne venait pas de la critique. De Nantes à Cherbourg en passant par Rochefort, Jacques Demy s'est adressé au public de poétiques cartes postales animées et rehaussées de musique. Malheureusement, le succès ne vient pas toujours couronner ses audacieuses initiatives.

Jacques Demy est né le 5 juin 1931 à Pontchâteau, près de Nantes. Son père souhaitait qu'il devienne ingénieur : c'est pourquoi Jacques Demy apprit la mécanique et l'électricité au collège technique de Nantes. Mais, à 14 ans, il avait fait l'acquisition de sa première caméra et tourné, en un après-midi, avec ses camarades de classe, "L'aventure de Solange" : cette histoire d'une enfant kidnappée et retrouvée vingt ans plus tard ne vit jamais le jour ou plutôt le vit tellement que la pellicule, surexposée, revint du laboratoire complètement blanche ! Demy ne se découragea pas et apprit le maniement de sa caméra par le biais de l'animation, filmant, image par image, des sujets en carton prédécoupé.

 

A seize ans, il entre à l'école des Beaux-Arts de Nantes où un professeur et des camarades tels que Bernard Evein et André Guérin qui seront quelques années plus tard, des décorateurs réputés - l'encouragent à se tourner définitivement vers sa passion : le cinéma. Demy vient à Paris, suis les cours de l'E.T.P.C. (Ecole Technique de Photographie et de Cinématographie) à l'issue desquels il assiste le grand cinéaste d'animation Paul Grimault sur la réalisation de quelques films publicitaires. Il écrit le scénario du "Sabotier du Val de Loire" (1955), il avait subi l'influence d'un marginal du cinéma français, Georges Rouquier, l'auteur de "Farrebique" (1946), influence qui se sent dans ses premiers courts métrages, soit "Le Sabotier du Val de Loire" et "Ars" (1959). Celui-ci, en attendant de trouver un producteur à son jeune protégé, l'engage comme assistant sur "Lourdes et ses miracles" (1954) et "Arthur Honegger" (1955).

 

A l'automne 1955, Demy tourne "Le Sabotier du Val de Loire" qui fut très bien accueilli par la critique. Ce "Sabotier" dont il a souhaité fixer le souvenir à tout jamais, Jacques Demy le connaissait bien. C'est à lui que ses parents l'avaient confié - ainsi que son frère Yvon - durant l'été 1942 et le suivant, lorsque l'Occupation rendit la ville de Nantes dangereuse. Le couple de sabotiers accueillants et sans enfants avaient l'avantage d'habiter à la Pierre-Percée, près de la Chapelle-Basse-Mer, à quinze kilomètres de Nantes et de ses bombardements.

Près de cinquante ans plus tard, Agnès Varda fera revivre cet épisode dans son film "Jacquot de Nantes" (1990), consacré à l'enfance et à l'adolescence de son époux Jacques Demy. Le sabotier et sa femme y prendront alors les traits de deux comédiens non-professionnels, Henri Janin et Marie-Anne Héry. Puis il retrouve Rouquier qu'il assiste sur le tournage de "S.O.S. Noronha", où il rencontre Jean Marais. Grâce à ce dernier, Demy parle de son projet d'adaptation du "Bel Indifférent" à Jean Cocteau qui lui en cède immédiatement les droits.

 

A la faveur de la Nouvelle Vague, Demy va tourner son premier long métrage, "Lola" (1961) avec Anouk Aimée dans le rôle-titre. "Lola" n'était pas dépourvu de défauts et de maladresses "Conte qui bascule constamment entre le comique et le tragique", selon la définition qu'en donnait Demy lui-même, le film semblait surtout hésiter à trouver son équilibre entre ces deux pôles. Il en résultait un ton un peu grinçant, qui ne se dissipait que dans les moments où le film s'évadait dans les sentiers de la poésie, une poésie familière qui évoquait les vieilles cartes postales et secrétait un charme incertain. Un autre atout de "Lola" était la description séduisante de la ville de Nantes, familière à Demy qui y avait passé toute sa jeunesse; la plus belle scène du film était située dans le célèbre passage Pommeraye, qui a inspiré à André Pieyre de Mandiargues une nouvelle fantastique qui est un chef-d'œuvre. La mise en scène de Demy trouvait alors des accents réellement ophulsiens et parvenait à entraîner le film, enfin dégagé de ses préliminaires un peu laborieux, jusqu'à un dénouement féerique qui se souvenait ouvertement de Cocteau. Malgré une direction d'acteurs plutôt hésitante, tout cela constituait suffisamment d'éléments positifs pour intriguer et donner envie de connaître la suite. Toutefois, lorsque, début 1961, fut présenté son premier grand film, "Lola", c'est l'influence de Max Ophüls qui retint surtout l'attention des partisans enthousiastes que Demy suscita immédiatement.

 

 Par la suite, il y eut "La Luxure", épisode du remake des "Sept péchés capitaux" (1961) réalisé aussi par Godard, Chabrol, Vadim etc. C'était une agréable pochade, un peu insignifiante qui n'apportait guère de réponse. Celle-ci vint, en mars 1963, avec la présentation de "La Baie des Anges" et ce fut une déception. Cette histoire d'une rencontre entre un homme et une femme, également dévorés par la passion du jeu, autour d'une table de casino surprenait par son manque de vie sa banalité, et pour tout dire, une certaine platitude.

 

Un an plus tard, Jacques Demy prenait une revanche éclatante avec son premier vrai succès, "Les Parapluies de Cherbourg" (1963). Ce film entièrement chanté parut alors comme le comble de l'originalité, et rares furent les critiques qui rappelèrent que, sans même parler de "West Side Story" (1961), il y avait eu au moins un précédent analogue dans le cinéma français : "Louise" (1939) d'Abel Gance. Ceux qui ont pu, depuis redécouvrir à la cinémathèque ou en DVD édition René Chateau ce chef-d'œuvre inconnu de Gance savent combien plus de hardiesse et d'inspiration contenait cette adaptation oubliée comparativement au gentil film de Demy. Mais les deux films reposent bien sur un principe identique, de même que le naturalisme assez naïf était transfiguré par son passage devant la caméra de Gance, de même, comme le nota alors un critique, "le recours à cette convention extrême (des personnages qui s'expriment en chantant) a pour résultat de conférer une dimension poétique à une anecdote qui, par elle-même, en est dépourvue". Grâce à la musique de Michel Legrand, et mieux que dans "Lola", Demy trouvait son univers de carte postale colorée, impression que confirmaient des décors stylisés de Bernard Evein qui rappelaient ceux de Dufy, Chagall et Utrillo. Le charme naissant de Catherine Deneuve fit le reste, et, en dépit d'un recours systématique à un doublage habituellement prohibé, "Les Parapluies de Cherbourg" triomphèrent et firent pleurer plusieurs générations d'âmes tendres, puis remporta le Prix Louis Delluc et la Palme d'Or au Festival de Cannes 1964.

   

"Les Demoiselles de Rochefort" (1966) connurent un succès encore plus grand. Il est vrai qu'avec moins d'originalité la réussite était finalement supérieure. Cette fois, Jacques Demy se rapprochait franchement de la comédie musicale à l'américaine. C'est ce que confirmait, au générique du film, la présence de George Chakiris, danseur très remarqué dans "West Side Story" et du grand Gene Kelly qui, quoique alourdi par les ans, faisait passer sa bonne humeur et son entrain "yankee" dans l'univers un peu anémié du cinéma de Demy. Gagnées par l'exemple, Catherine Deneuve et sa sœur, la dynamique Françoise Dorléac, rivalisaient et il n'est pas jusqu'à Danielle Darrieux qui ne retrouvât sa gaieté et les talents vocaux de ses comédies d'avant-guerre, Michel Piccoli, Jacques Perrin et Henri Crémieux (quoique doublés, évidemment) leur donnaient heureusement la réplique, et, grâce à cette fructueuse collaboration franco-américaine, notre cinéma put enfin montrer sans rougir une vraie comédie musicale. C'est un miracle qui ne s'est jamais reproduit depuis et que l'on doit reconnaître à Jacques Demy.

 

Les Américains, toujours vigilants, l'invitèrent à venir travailler chez eux. Il faut noter que Jacques Demy est le premier cinéaste de la Nouvelle Vague qui fut appelé à tourner à Hollywood. Le résultat fut "Model Shop" (1968) où il retrouvait son héroïne de "Lola", Anouk Aimée, et qui s'est pas sans qualités. Pourtant le film n'eut aucun succès et Demy regagna la France. En 1970, il y retrouvait une Catherine Deneuve encore plus éclatante de beauté que dans ses deux films précédents, pour une adaptation du célèbre conte de Perrault, "Peau-d 'Ane". L'œuvre est une assez bonne synthèse des qualités et des défauts de Demy, ce qui explique qu'avec une égale bonne foi certains ont pu la porter aux nues, et d'autres la juger exécrable, ou du moins insignifiante. La réminiscence de Cocteau y est manifeste, ce que vient attester la présence de Jean Marais, d'ailleurs excellent, dans le personnage du roi. Mais Demy n'est pas Cocteau et ses efforts pour recréer le climat de la féerie dérivent trop souvent vers la fadeur et un style d'élégance un peu trop "haute couture", qui est le contraire de la sobriété inventive que Bérard et Cocteau avaient déployée dans "La Belle et la Bête" (1946).

 

C'est un autre conte, allemand cette fois, que Demy réalisa ensuite, "Le Joueur de flûte" (The Pied Piper of Hamelin,1972), film anglais réalisé à Londres et interprété par le chanteur britannique Donovan et d'autres comédiens de même nationalité. Plus réussie que "Peau-d 'Ane", cette version de la fameuse histoire du preneur de rats de Hamelin est finalement un des bons films de Demy. C'est aussi un des plus ignorés car sa distribution en France, trop longtemps attendue, puis effectuée presque à la sauvette, fut littéralement sabotée et l'œuvre n'eut pas la chance de rencontrer son public. Vint ensuite un ratage aussi complet qu'inexcusable : "L'Evènement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune" (1973). Reposant sur un postulat aussi stupide que de mauvais goût, la grossesse d'un homme, incarné par Marcello Mastroianni, constitue une erreur inexplicable dans une carrière jusque-là menée avec discernement et un souci d'ambition constant. Cette erreur, Demy devait la payer très cher par des années d'inaction forcée.

 

Son retour au cinéma se fit bizarrement en 1979, par le biais d'une production japonaise, réalisée en France, "Lady Oscar". Ce film, qui n'est pas sorti sur les écrans français, reste toujours inconnu dans notre pays, mise à part de l'avoir proposé dans le coffret DVD de Jacques Demy. Entièrement tourné en neuf mois, dont onze semaines de tournage en décors naturels à Versailles, Jossigny et Senlis. Le film coûta quatre millions de dollars. Il fut présenté au Japon en mars 1979, attirant deux millions de spectateurs au cours des deux premiers mois de son exploitation. La vraie rentrée de Jacques Demy eut lieu en 1982 avec la réalisation d'un ancien projet, "Une Chambre en ville". Interprété par Dominique Sanda, Danielle Darrieux, Richard Berry et Michel Piccoli, ce nouveau film renouait avec le genre illustré avec bonheur dans "Les Parapluies de Cherbourg" et "Les Demoiselles de Rochefort". Malheureusement, il ne renoua pas avec le succès qu'ils avaient rencontré. Autant l'accueil de la critique fut bon, autant celui du public fut décevant. Pourquoi cet échec ? Sans doute un sujet trop sévère, la grève des chantiers de la Loire, à Nantes, en 1955 qui se prêtait mal à une mise en musique, et un ton tragique qui heurta les spectateurs. Sans doute, aussi une partition de Michel Colombier moins réussie que celles de Michel Legrand, pour les grands succès des années 60. Peut-être un phénomène de mode qui a joué, faisant apparaître à un nouveau public, la désuétude de ce qui avait plu une quinzaine d'années auparavant...

 

Une campagne de presse agressive et maladroite, prétendant servir la cause du film, acheva de lui nuire dans les esprits en le présentant comme la victime du succès de "L'As des As" (1982) de Gérard Oury avec Belmondo, qui triomphait au même moment; ce qui, finalement, apparaissait désobligeant pour tout le monde. Etranger à ce magistral pavé de l'ours, Jacques Demy en parut le premier embarrassé. Plutôt que dans de douteuses nominations aux César, en guise de maigre consolation. Demy déclara : "Il y a peu de films que j'ai voulu comme celui-ci (Une Chambre en ville)". Il faut savoir en effet que le réalisateur en avait écrit le script il y a plus de dix ans, mais n'avait pas réussi à le produire. Jacques Demy a qualifié son film de "tragi-comédie musicale" et précisé que si ce film est "enchanté" selon l'expression déjà utilisée pour "Les Parapluies de Cherbourg" "son chant est différent : à la fois plus grave et plus drôle." Trois ans plus tard, il réalise "Parking", un scénario écrit dans les années 70, ou un producteur le presse de finaliser le tournage trop rapidement afin de le présenter au Festival de Cannes, mais malheureusement le film donne une impression d'inachevée, un budget insuffisant et un échec certain. En 1988, sort sur les écrans de cinéma, le dernier film tourné par Jacques Demy "Trois places pour le 26" avec Yves Montand, Mathilda May et Françoise Fabian. Une sorte de biographie de la vie du chanteur-comédien Yves Montand. Ce film sera un demi-échec commercial. Une ultime collaboration pour un film d'animation de Demy à Paul Grimault "La Table tournante" (1988). Jacques Demy décède le 27 octobre 1990 à Paris 14e, officiellement d'un cancer mais en 2008, Agnès Varda annonce que le réalisateur est mort des suites du Sida, il avait 59 ans.

*Affiches-ciné * Cinéma français * Cinetom    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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