FERNANDEL
FERNANDEL 1903 - 1971
Acteur, chanteur français
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"Vous irez loin : vous avez une gueule de cheval et cela vous va bien"; Avec sa dentition chevaline, son beau sourire de méridional et son accent chantant, Fernandel a incarné, pendant plusieurs décennies, le comique cinématographique français. Marcel Pagnol lui offre la chance d'élargir l'éventail de son registre avec des rôles plus audacieux, plus personnels et plus émouvants tels que "Angèle", "Regain", "Le schpountz", ou Fernandel fait une extraordinaire et hilarante composition. Après "La fille du puisatier" aux côtés du grand Raimu, Pagnol lui confie le rôle de Toine dans "Nais", occasion pour l'acteur de nous démontrer qu'il sait passer sans effort du rire à l'émotion, et même nous tirer des larmes.
Fernandel a conquis un rôle de premier plan dans le cinéma français des années 30 à la fin des années cinquante, Louis de Funès et Bourvil ayant pris la relève....Parmi ses plus grands succès, on peut citer (en dehors des films de Pagnol) : "François 1er", "L'armoire volante", "L'auberge rouge", "Le mouton à cinq pattes", " Le fruit défendu", "Le petit monde de Don Camillo", "L'ennemi public numéro un", "Crésus, "La Vache et le prisonnier" et tant d'autres, la liste est longue.
Acteur français, né le 8 mai 1903, à Marseille, dans le quartier de la Plaine, au 73 Boulevard Chave, (Bouches-du-Rhône), de son véritable nom : Fernand Joseph, Désiré Contandin. Issu d'une famille d'artistes, il a un frère cadet, Marcel, qui se fera connaître la scène sous le nom de Fransined. Son père, employé de bureau, était chanteur de café-concert pendant ses loisirs (sous le pseudonyme de Sined).
Le jeune Fernand l'accompagne très tôt dans les coulisses., et à l'âge de sept ans, fredonne les succès de Polin. Pour gagner sa vie, il devient employé à la Banque nationale de crédit sans pour cela cesser de chanter. Il fait la connaissance d'Henriette Manse, qu'il épouse le 4 avril 1925. C'est d'ailleurs sa future belle-mère qui, en le voyant, s'était soudain exclamée : ´ " Voilà le Fernand d'elle !". Et ce dernier qui, jusque-là, se produisait sous le nom de Fernand Sined, prendra celui de "Fernandel". Il fut appelé sous les drapeaux à Grenoble.Le 19 avril 1926, la naissance de sa fille Josette, puis sa deuxième fille Janine vit le jour le 18 avril 1930 et Le 10 décembre 1935, naissance d'un fils, Franck-Gérard. Malheureusement le décès de son père l'année suivante , le 10 mars 1929, n'aura pas connu l'ascension de son fils vers la célébrité....
Dans "Le Blanc et le Noir"C'est Marc Allégret qui le fit débuter à l'écran. en 1930. aux côtés de Raimu et sous la direction de Robert Florey, d'après l'écrivain-metteur en scène-acteur Sacha Guitry qui lui offre ce petit rôle. L'illustre Guitry lui aurait déclaré, lors de leur première rencontre : "Je ne sais pas d'où vous venez, mais vous irez très loin. Vous avez une gueule de cheval et cela vous va bien !". Sur le plateau, Fernandel fit la connaissance du grand Raimu, de 20 ans son aîné. "C'est sur le plateau que j'ai parlé pour la première fois à Raimu.../... Il m'a dit : "Je parie que vous aussi, vous avez débuté chez Franck !" Tout de suite ça a crée un lien entre nous. Je me suis dit qu'il n'était pas si terrible que ça ! il m'a regardé tourner pa première scène et j'ai senti que la façon décontractée que j'avais de jouer, lui plaisait."La première fois que je me suis vu sur l'écran, de dos, de face, de profil, en train de marcher, j'ai compris pourquoi les gens riaient quand j'entrais en scène pour mon tour de chant. Les illusions sont tombées tout de suite... et j'en ai profité.
Après "Le Blanc et le Noir" et "On purge Bébé" (1931) de Jean Renoir (son rôle était initialement prévu pour Michel Simon), et le troisième long métrage de Fernandel "Paris-Béguin" (1931) d'Augusto Génina où , Fernandel donna la réplique à Jean Gabin. Un certain critique du nom de Paul Reboux annonça "Fernandel, souvenez vous de ce nom, il deviendra célèbre. Il a une puissance comique analogue à celle de Michel Simon. Tout ce qu'il dit fait rire, voilà un interprète dont il faut faire beaucoup de cas. Il porte en lui le succès.
Après avoir participé à plus d'une trentaine de courts métrages, dans la plupart auront été tourné entre 1930 et 1933, comme "La meilleure bobonne" (1930) de Marc Allégrét aux côtés de Betty Spell et Colette Darfeuil, "Attaque nocture " (1931) avec Julien Carette, "Vive la classe" (1931) avec Pierre Larquey, "Lidoire" (1933) de Maurice Tourneur avec Germaine Michel.....
Fernandel enchaîna avec différents films, son premier succès notable lui vient avec "Le Rosier de Madame Husson" (1932) de Bernard Deschamps, dans lequel il incarne un rôle sérieux, celui du fils idiot de l'épicier. L'adaptation évacue tout le sordide de la nouvelle de Maupassant (déchéance et mort d'Isidore) pour ne retenir que l'aimable et le grivois. Erreur! Source du renvoi introuvable. chante le rosier à la fin. Les dialogues ne manquent pas de piquant, ainsi cette définition de la rosière : Erreur! Source du renvoi introuvable.... Les paroles des trois chansons sont dues à Jean Boyer, futur réalisateur en 1950 d'un "Rosier de madame Husson" avec Bourvil. Fernandel eut tant de succès qu'en 1937 il joua et chanta à nouveau le rôle d'Isidore au théâtre, dans une opérette de Louis Verneuil, Jean Manse et Casimir Oberfeld.
Dès lors, Fernandel semble voué au comique troupier, comme en témoignent " Les Gaiétés de l'Escadron" (1932) d'après l'oeuvre de Georges Courteline et réalisé par le cinéaste Maurice Tourneur avec Raimu, Jean Gabin et Fernandel, qui arriva sur le plateau avec dix jours de retard, le temps de se rétablir d'une diphtérie contractée peu avant lors d'un tournage en Allemagne. Maurice Tourneur, qui tenait à lui, changea le plan de travail en conséquence. Par ailleurs, Gabin interpréta au cinéma deux autres sujets militaires de Courteline : "Lidoire", court métrage de 1933 signé aussi M. Tourneur, et "Le Train de 8h47" (Henry Wulschleger, 1934), où l'on retrouvait les personnages des "Gaiétés"..., Hurluret, Flick, La Guillaumette et Croquebol, joué cette fois par Fernandel.
Il en fut de même pour "Le Coq du régiment" (1933) de Maurice Cammage, sortie au cinéma le 5 mai 1934 à Paris et le 22 décembre 1933 à Marseille. Cette même année, Fernandel et Noel-Noel se retrouvèrent dans l'un des films cultes de la série "(Ademaï..)Aviateur" dont la critique salua une sobriété de jeu qui mérite des compliments". On se souviendra aussi de sa participation dans le film de Max de Vaucorbeil sur un scénario de Jean Boyer , "LA GARNISON AMOUREUSE" (1933) avec quelques uns des plus grands noms, du cinéma français d'avant-guerre Pierre Brasseur, Lucien Baroux, Raymond Cordy...Puis on le vit aussi dans "Ferdinand le Noceur" (1935) de René Sti aux côtés d'une grande dame aujourd'hui centenaire : Paulette Dubost.
Après son premier rôle dramatique dans "Angèle", il est enfin sorti des personnages de comiques troupiers – il était désormais l’une des grandes stars du cinéma français; Il s'impose toutefois à l'écran comme l'un des tous premiers comiques français dans "Jim la Houlette" (1935) d'André Berthomieu aux côtés de Mireille Perrey, Marguerite Moreno et Jacques Varennes . Ce film fut un immense succès; l’auteur dramatique et critique cinématographique André Antoine, qui célébrait Fernandel comme “un grand comique populaire” ayant atteint “une véritable maîtrise dans son métier”, déclara : «C’est d’une drôlerie vraiment irrésistible». Le film est un remake de "Jim la houlette roi des voleurs (1926), avec Nicolas Rimsky qui en co-signa également la réalisation avec Roger Lion. Auteur de pièces de boulevard, Jean Guitton – à ne pas confondre avec son homonyme de l’Académie Française – a collaboré à une trentaine de films français entre 1930 et 1960. Il écrivit, notamment, les scénarios originaux de trois autres grands succès de Fernandel : "Les Gaîtés de la finance" de Jack Forrester (1936), tourné immédiatement après "Jim la Houlette", "Les Rois du sport" de Pierre Colombier (1937) avec Raimu, et "L’Acrobate" de Jean Boyer (1940).
A noter également sa prestation dans quelques uns des films des années 30 ou Fernandel fredonné quelques chansons comme dans "Ignace" (1937) de Pierre Colombier ou "Hercule" (1937), "Barnabé" (1938) deux films d'Alexandre Esway, Il y eut aussi ,"Tricoche et Cacolet" (1938), "Berlingot et Cie" (1939), et "L'Héritier des Mondésir" d'Albert Valentin
Période Christian Jaque
"Un de la Légion" (1936) est le premier des six films que Fernandel tourna avant guerre sous la direction de Christian-Jaque, son cinéaste préféré des années 30, qui avait sû tirer le meilleur parti de ses dons comiques. Cette même année, "Josette" (1936), puis de "François Ier" (1936)grâce auquel il venait d'obtenir un très grand succès dans "Un de la légion". "François 1er", dont le scénario et le découpage furent conçus en un mois par Paul Fékété, pulvérisa les recettes du précédent. La séquence du "supplice de la chèvre" dans ce film est restée dans toutes les mémoires. Christian-Jaque déclara : "Depuis sa sortie, "FRANÇOIS Ier" continue d'être exploité dans le monde entier. Il échappe au temps, aux courants cinématographiques. Sur le plan comique je n'ai sans doute pas fait mieux." Dans les années 1960, Christian-Jaque et Fernandel envisagèrent de tourner un "remake" de ce film en couleurs et pour grand écran. Ce projet n'aboutit pas.
Puis suivront "Les Dégourdis de la Onzième" (1937), avec André Lefaur, Saturnin Fabre, Pauline Carton et Ginette Leclerc; "Raphaël le Tatoué" (1938) et "Ernest le Rebelle" (1938), dont le film est tiré d'un roman de Jacques Perret. Le scénario de Paul Fékété s’inscrit dans la tradition, très en vogue à l’époque, des films sur la Légion, qui avait déjà donné "Morocco", "La Bandera", "Le grand jeu"....
Les extérieurs furent tournés à Marseille, Sidi-Bel-Abbès et différents sites d’Afrique du Nord. Une authentique compagnie de la Légion prêta son concours.
Fernandel tourne beaucoup, "Les Cinq sous de Lavarède" (1938), d'après le roman de Paul d'Ivoi et Henry Chabrillat, permit à son réalisateur Maurice Cammage de lancer ce couplet moralisateur : "Après tant de sujets âpres ou morbides, peuplés de désaxés et d'anormaux, semés de drames, de meurtres ou de suicides, voici un grand film sain, optimiste et gai qui vient à son heure."
Ce fut de nouveau le succès, grâce en grande partie à l'interprétation de Fernandel, alors à son zénith. Grâce aussi à une ampleur de moyens, une variété de décors, une abondance d'acteurs dont on n'avait pas alors l'usage dans les petites productions françaises. Les autres interprètes du film sont Josette Day, Marcel Vallée et Jeanne Fusier-Gir.
"Fric-Frac" (1939), d'après la pièce d'Édouard Bourdet, avec Michel Simon et Arletty, dérident la France entière. Au printemps 1939, Maurice Lehmann décida d'en faire l'adaptation pour le cinéma avec la collaboration de Claude Autant-Lara. Ce fut également un succès.
Pourtant, les rapports Michel Simon/Fernandel furent particulièrement difficiles : deux monstres sacrés s'opposant au niveau des répliques et des jeux de scène. Arletty tenta chaque fois de réconcilier les deux acteurs. Jamais plus Michel Simon et Fernandel ne se retrouvèrent face à face dans un film.
Période Marcel Pagnol
Après de nombreuses comédies et vaudevilles militaires, c'est en 1934 la rencontre décisive avec Marcel Pagnol et son premier rôle dramatique dansAngèle. " Pagnol m'a donné le côté émotion que je n'avais pas; moi je ne songeais qu'à profiter au maximum de mon faciès pour faire rire les gens." Le tournage d'ANGÈLE se fit entièrement en extérieurs, dans une ferme de Marcellin, non loin de Camoins, dans le massif d'Allauch, aménagée pour la circonstance et dont on avait retiré le plancher du premier étage pour installer les projecteurs. La séquence de Marseille fut tournée à l'aide d'une caméra dissimulée dans une camionnette. " C'était, dira l'ingénieur du son Jean Lecocq, le premier film naturel, le premier film-vérité. " Son influence se fera sentir au lendemain de la guerre sur l'école "néoréaliste" italienne. Ce fut le premier rôle "sérieux" de Fernandel, dont la composition pleine d'humanité tranchait sur le comique épais et sans nuance où on voulait alors le confiner. Tourné dans des conditions voisines de l'amateurisme, "ANGÈLE" fut un énorme succès commercial. Le film est tiré du roman de Jean Giono "Un de Baumugnes" et les principaux interprètes furent Henri Poupon, Annie Toinon, Orane Demazis, Fernandel, Jean Servais, Edouard Delmont, Andrex et Charles Blavette.
Après l'immense succès d'"Angèle" (1934), son premier rôle dramatique, Fernandel tournera trois autres films avec Marcel Pagnol : 1) "Regain" (1937), d'après le roman de Jean Giono, Tel que l'avait décrit Giono dans son livre, Aubignane était à peu près inaccessible par les cameras. Pagnol décida de reconstruire entièrement, pierre par pierre, quelques kilomètres plus has, sur la colline Saint-Esprit, un village... en ruines ! Maçons, carriers, charpentiers et jusqu'au compositeur Arthur Honneger qui s'était rendu sur les lieux pour suivre le tournage, tout le monde se passionna pour cette tâche peu banale. L'église elle-même (que l'on ne fait qu'apercevoir dans le film) fut reconstruite avec tellement de soin qu'un prêtre des environs s'y trompa et voulut venir y célébrer la messe ! On appela à l'époque ce complexe insolite le village Pagnol, ou "village des poètes". Des vestiges en subsistent encore aujourd'hui.
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On retrouve dans "Regain" (qui devait initialement s'intituler "Arsule") plusieurs des interprètes d'Angèle : Orane Demazis, Fernandel, Edouard Delmont, Henri Poupon. Seuls, Marguerite Moreno et Gabriel Cabrio furent des éléments "rapportés" : ils s'intègrent cependant avec aisance à l'univers de Pagnol. De 1940 à 1948, Fernandel fut l'interpréte idéal dans différentes comédies, parfois légères mais tant utile à des moments difficiles de cette période trouble et pour le plus grand bonheur de ses admirateurs... On peut citer "L'Acrobate" (1940) de Jean Boyer avec Jean Tissier, "La Nuit merveilleuse" (1940) de Jean-Paul Paulin avec Charles Vanel, "Les Petits Riens" (1941) de Raymond Leboursier avec Raimu et Jules Berry, "Une Vie de chien" (1941) de Maurice Cammage avec Josseline Gaêl, "Le Club des soupirants" (1941) de Maurice Gleize, et "La Bonne étoile" (1942) de Jean Boyer avec Janine Darcey, à l'occasion de la sortie du film, Georges Blond ecrivit dans le magazine "La Gerbe" du 8 avril 1943 : "Fernandel est un acteur assez étonnant. Il possède un talent naturel un peu comparable à celui de certains noirs qui n'ont point d'effort à faire pour composer tel ou tel personnage, mais qui deviennent ces personnages mêmes, avec un sincérité constante".
Fernandel assura lui-même la mise en scène de "Simplet" en 1942, avec l’assistance technique de son ami le scénariste Carlo Rim, qui avait déjà écrit pour lui, en 1937, "Hercule".Sous l’Occupation, toute la France fredonna la chanson de "Simplet" : «On m’appelle Simplet -L’innocent du village.
Tout comme un agnelet -Je mèn’ la vie d’un sage.» Enhardi par le succès rencontré, il récidiva l’année suivante avec "Adrien" et, en 1951, remplaçant Sacha Guitry malade, "Adhémar ou le jouet de la fatalité" (1951). Son beau-frère Jean Manse, auteur des lyrics de tous ses films, campe ici une silhouette de chef de cabinet, tandis que Carlo Rim s’est fait la tête d’un ministre d’opérette. À ces détails près, "Simpet ne diffère guère des films, et des personnages, précédemment joués par Fernandel, du type "Ignace" ou "Barnabé". On peut toutefois créditer Carlo Rim (que Fernandel retrouvera, en 1948, pour "L’Armoire volante" d’un agréable parfum écologique, rappelant parfois Pagnol, dont plusieurs membres de l’équipe figurent d’ailleurs dans le film.
En 1945. il retrouve. pour la dernière fois à l'écran, Raimu, dans une comédie inspirée de la pièce flamande de G.-M. Maertens, "Les Gueux au Paradis". Dans la deuxième partie des années 40, Fernandel enchaîne avec des cinéastes divers tels que Marc Allégret dans "PETRUS" en 1946 avec Pierre Brasseur et Marcel Dalio, Gilles Grangier dans "L'Aventure de Cabassou" (1945) avec Henri Poupon, "Emile l'Africain" (1947) de Robert Vernay, "L'Héroïque Monsieur Boniface" (1949) de Maurice Labro aux côtés d'Andrex et Yves Deniaud.Juste après la sortie de "Casimir" en 1950, mise en scène par Richard Pottier, Fernandel se forgea la réputation d'un comédien exigeant, irascible et "radin" : on le tutoyait peu sur les plateaux. Mais certains de ses partenaires prirent alors sa défense affirmant qu'il n'était pas prétentieux ni colérique mais éternellement de bonne humeur... « Un Fernandel inconnu de vous… », proclame la publicité, en 1950, à l’occasion de la présentation du nouveau film de Richard Pottier, "Meurtres", un drame de l’euthanasie, d’après le roman de Charles Plisnier, avec –à ses débuts- Jeanne Moreau. Et la critique de saluer, à cette occasion, la composition bouleversante et tout le talent tragique de son interprète. Dans "Franc-tireur, on pouvait lire : "Dans "Meurtres", on peut dire que Fernandel perd la tête; qu'il se démasque et que nous découvrons enfin le grand acteur que le mauvais cinéma nous cachait". "Meurtres" est l'un des rares films où Fernandel tient un rôle dramatique - même s'il lui était arrivé d'effleurer ce registre chez Pagnol. La publicité du film, relayée par la critique, fut centrée sur ce contre-emploi. Ce qui fit écrire à Roger Régent : "Meurtres" donne à Fernandel l'occasion de montrer qu'il est un très grand acteur... Il est ici admirable de justesse, de retenue dans l'effet; il atteint parfois à la grandeur."
1950, Fernandel joue pour Sacha Guitry dans "Tu M'as sauvé la vie", pièce - qui fut créée en 1949 au Théâtre des Variétés - comme le film qui en est la transcription rigoureuse furent écrits pour Fernandel, que Guitry appréciait fort. "Moi on m'adore, vous on vous aime", disait-il. Le hasard fait que Fernandel avait commencé sa carrière à l'écran, en 1930, sous les auspices de Guitry, dans une comédie du maître mise en scène par Robert Florey, "Le Blanc et le Noir". La collaboration des deux hommes se poursuivra avec "Adhémar ou le jouet de la fatalité" (1951), que Fernandel jouera et réalisera seul. Les prises de vues de "Tu m'as sauvé la vie" durèrent quatre semaines, ce qui est un maximum pour un film intimiste de Sacha Guitry. Pour Jacques Siclier, un des exégètes du cinéaste, ce film dégage "une certaine amertume. Les personnages sont égoïstes, méchants, intéressés. Depuis ses ennuis de 1944, Guitry voyait le monde sous des couleurs noires". Cette noirceur s'épanouira dans "La poison" (1951) et "La vie d'un honnête homme" (1952).
En 1951, Claude Autant-Lara signa une oeuvre majeure avec "L'Auberge rouge", même si à l'époque, la critique ne fut pas celle espérée.Une pléiade d'acteurs entourent Fernandel, Françoise Rosay, Julien Carette, Jacques Charon, Jean-Roger Caussimon...L'idée initiale avait été d'adapter une œuvre de Balzac, "L'Auberge des Adrets", mais des difficultés de financement modifièrent le projet, qui devint une sorte de conte de Noel avec Fernandel. Autant-Lara se heurta au producteur, comme cela lui arriva fréquemment au cours de sa carrière : "[Il] m'a empêché de tourner une scène capitale... Le bon père y faisait une procession pour entraîner tout le monde dehors, sous l'œil furieux des assassins. Ils partaient, se perdaient dans une tempête de neige et se retrouvaient à l'auberge. C'était drôle !".
Redevenu l'un des comédiens les plus populaires des années 50, Fernand en profite pour lancer la carrière d'un jeune cinéaste d'origine arménienne Henri Verneuil qui le dirige dans "La Table aux crevés" (1952).Henri Verneuil avait réalisé, entre 1947 et 1951, une vingtaine de courts métrages dont l'un, "Escale au soleil" (1947), film de 26 minutes sur Marseille, avait été interprété par Fernandel. Et ce dernier permit au jeune cinéaste de tourner son premier long métrage en acceptant le rôle d'Urbain Coindet qui est victime du suicide de son épouse.... Le choix de Verneuil - tourner dans le Midi - n'était pourtant pas évident puisque le roman de Marcel Aymé, publié en 1929, situait son action dans le Jura. Mais, comme l'expliqua plus tard le réalisateur : "L'humour de Marcel Aymé, lu avec l'accent provençal, prenait une autre dimension. Il aurait pu être signé Giono ou Pagnol". Autour du comédien, quelques uns des grands noms du cinéma français : Maria Mauban, Andrex, Antonin Berval, Henri Vilbert, Edouard Delmont et Fernand Sardou.
Il y eut aussi en 1953, "LE BOULANGER DE VALORGUE" , "CARNAVAL", puis en 1954, "L'ENNEMI PUBLIC NUMERO UN" d'après une nouvelle de Max Favalelli avec Zsa Zsa Gabor, Jean Marchat et Louis Seigner. En 1958, il retrouve son ami et complice Gino Cervi, pour tourner dans "Le Grand Chef".
Avec "Le Mouton à cinq pattes" (1954), nous trouvons côté dialoguiste Jean Manse, qui était le beau-frère de Fernandel. Après avoir été employé de banque à Marseille, il se mit à écrire de nombreuses chansons pour le comédien et en particulier une opérette à succès, "Ignace", qui deviendra par la suite un film. Il participa également en tant que dialoguiste, scénariste ou adaptateur à de nombreux succès de Fernandel, notamment "Boniface somnambule", "Casimir"," Le fruit défendu".
Fernandel tient ici six rôles différents. Jean-Jacques Gautier écrivait lors de la sortie du film : "J'ai été long à venir à Fernandel. Je crois, depuis quelques années, qu'il est un très grand acteur capable de faire passer les plus surprenantes facéties, les produits les plus discutables. Ici, il se révèle excellent ci même incomparable dans toutes les compositions qu'on lui a confiées."
Mais, il connu la consécration et l'immense succès du box office avec "La Vache et le Prisonnier" en 1959, et l'on pouvait constater à quel point le jeu du comédien est parvenu à maturité, une connaissance de ses possibilités, une sûreté de soi, un sens de l'efficacité extraordinaire ecrivit François Truffaut, qui ajoute, chaque mimique, chaque grimace, tout est mesuré au millimètre. On peut ne pas aimer cela, mais comment ne pas reconnaître qu'il y a là une technique de l'achevé, de la perfection, qui force le respect et l'admiration. Pas au point d'interesser ces mêmes cinéastes de la "Nouvelle Vague", aux yeux desquels il est un dinosaure
Fernandel - Jean Gabin
Le Jugement de minuit (1932) d'Alexandre Esway
Lidoire (1933) de Maurice Tourneur
2) "Le Schpountz" (1937), aux côtés de Fernandel, Orane Demazis, Fernand Charpin, Pierre Brasseur, Jean Castan, Robert Vattier, Henri Poupon et Maupi (dans le rôle d'un autre schpountz sur la cannebière) C'est pendant le tournage d'ANGÈLE que Marcel Pagnol eut, dit-il, l'idée du Schpountz. Ce nom à consonance slave lui avait été suggéré par son directeur de la photographie, Willy (Faktorovitch), pour désigner les "mordus " de cinéma. L'un d'eux, se prenant pour Charles Boyer, fut victime d'un canular monté par son équipe et se présenta effectivement, quelques semaines plus tard, au bureau du producteur Roger Richebé (qui le mit promptement à la porte). Pagnol s'aperçut que " le monde était plein de schpountz " et décida de leur consacrer un film. Il y entremêla des souvenirs de ses débuts aux studios de Joinville, parmi la faune des réalisateurs de troisième zone et des producteurs-margoulins. Le tournage n'alla pas sans une certaine confusion (Pierre Brasseur et Roger Forster y interprètent le même rôle, dans des séquences différentes), Fernandel y fit une création mémorable (notamment dans la fameuse scène où il mime un texte du Code civil : "Tout condamné à mort aura la tête tranchée "). La critique de l'époque fut assez réticente; on parla de "pochade d'atelier " et on reprocha à Pagnol un soupçon de xénophobie (dans le personnage du producteur juif Meyerboom). Le succès publie fut (et demeure) moindre que celui des autres films de Pagnol.
3) "La Fille du Puisatier" (1940), Commencé le 20 mai 1940, le tournage fut interrompu par l'exode puis repris le 13 août avec les mêmes interprètes (sauf Betty Daussmond, qui dans le rôle de Mme Mazel fut remplacée par Line Noro). Fernandel pour sa part remplissait ses obligations militaires entre deux prises de vues... La sortie commerciale eut lieu en zone libre fin décembre de la même année, avant Paris, qui ne vit le film qu'à partir d'avril 1941. on retrouve les personnages et le style chers à Pagnol, au point que ce film apparaît presque comme un résumé de son œuvre antérieure.
Le film "Naïs", sur un scénario et des dialogues de Marcel Pagnol, d'après Émile Zola, fut signé pour la mise en scène, par Raymond Leboursier. en 1945. " C'est à Pagnol, dira Fernandel, que je dois d'avoir pu prouver que j'étais un vrai comédien.
Adaptant un récit peu connu d'Emile Zola, Pagnol rejoint ici l'inspiration de ses œuvres d'avant-guerre, notamment "Angèle" et "La fille du puisatier", dont "NAÏS" constitue une sorte de synthèse. On y retrouve en effet des situations et des personnages similaires : fille séduite et répudiée par son père, serviteur au physique disgracié et au grand cœur, couple de bourgeois hypocrites, etc. Surtout, l'opposition entre la ville porteuse de tous les vices et la campagne régénératrice, thème cher à Pagnol, est parfaitement soulignée. NAÏS, comme "Jofroi", peut-être regardé comme un plaidoyer écologique (avant la lettre). L'une des scènes les plus touchantes du film est celle où Fernandel récite la chanson des petits bossus (), la voix étranglée de sanglots. Pagnol, après plusieurs essais, décida de conserver ce trébuchent naturel de l'interprète, qui concourt puissamment à l'émotion.
Tel quel "a vu l'essentiel, à savoir que tous le film s'échafaude sur un système de contrastes : contraste entre l'âme illuminée de beauté et le corps difforme et grimaçant du bossu, entre la beauté blonde de la jeune fille et les formes disgracieuses de l'infirme, entre la position sociale du jeune conquérant et la position modeste du serviteur, entre l'illusion d'un amour partagé et la triste certitude qui déchire le pauvre bossu. Le conflit en somme, du rêve et de la réalité...". (in, Ed. Atlas/Lherminier, Paris 1986).
"Topaze" (1951), troisième adaptation cinématographique de la pièce de Marcel Pagnol créée à Paris le 9 octobre 1928 , Hélène Perdrière, Pierre Larquey, Jacques Morel, Jacqueline Pagnol, Marcel Vallée et Jacques Castelot furent les autres interprètes du film.
Julien Carette et Françoise Rosay
Période Henri Verneuil
Les années 50 furent proprice dans la carrière cinématographique du comédien, en effet, après la fin du tournage de "BONIFACE SOMNAMBULE" (1950), ou l'on se souviendra de cette mémorable scène d'anthologie entre Fernandel somnambule, attterissant dans le lit conjugal de Louis de Funès.. Fernandel fit une rencontre importante et décisive, la venue d'Henri Verneuil dans le paysage de Cocagne. Tous deux participèrent à l'élaboration de quelques uns des plus beaux films de leurs carrières respectives :
"Le Fruit défendu" (1952) est le second film entièrement dramatique tourné par Fernandel. Quoique le sujet de Georges Simenon ait été quelque peu édulcoré puisque le roman se terminait par un assassinat… La critique souligna comme il se doit ce changement de registre et Carlo Rim, journaliste et cinéaste, écrivit : “Avec les ans, le talent comme le corps prend de l’assiette, du poids, du tour de ventre. Fernandel gagne en ampleur, en puissance, ce qu’il peut perdre en fantaisie.” Au générique, Françoise Arnoul, Raymond Pellegrin, Jacques Castelot, Claude Nollier, Fernand Sardou et Sylvie.
Paulette Dubost
Louis de Funès
A SUIVRE (Voir 2ème Partie ) -inachevée après une mauvaise manipulation
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