QU'EST-IL ARRIVÉ A ROBERT ALDRICH ?
ROBERT ALDRICH 1918 - 1983
Réalisateur, Scénariste Américain
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Il faut avoir un immense talent pour tourner tant de films différents sur une période de quarante ans. Robert Aldrich l'avait. Ce personnage hors du commun, non conformiste, ne se passionnait que pour des personnages indépendants comme lui. Il ne s'embarrassa jamais de préjugés; comme il aimait les émotions fortes et la violence, il la montra dans ses films. Il pouvait être grossier et vulgaire, il ne s'en priva pas : on pense à ses derniers films comme "Bande de flics" (The Choirboys,1977) ou "Deux filles au tapis" (All the Marbles,1981).
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Robert Aldrich est né le 9 août 1918 à Cranston (Rhode Island) aux Etats-Unis. Issu d'une famille de la grande bourgeoisie. Diplômé de l'Université de Virginie, Aldrich est issu d'une famille de banquiers, diplomates et politiciens, il est également le neveu de John D. Rockefeller et se décide à faire des études d'économie politique, à l'université de Virginie. Pourtant, en 1941, il a vingt-trois ans, il décide de tenter sa chance à Hollywood. On l'accepte en stage à la RKO, puis en tant qu'employé de la production. Peu à peu, il accède à des tâches plus intéressantes. Bientôt, il est troisième assistant, puis second, premier enfin, en "Free Lance". Merveilleux apprentissage puisqu'il travaille avec Lewis Milestone, Jean Renoir (pour "L'homme du Sud")5PO, Charles Chaplin (pour "Les Feux de la rampe"), William A. Wellman, Fred Zinnemann, Abraham Polonsky, Joseph Losey (pour "Le Rôdeur"), Robert Rossen et bien d'autres "grands". Il entre à la télévision. On lui confie la réalisation d'épisodes de la série "China Seas", avec Dan Duryea. Il fait une apparition dans "The Big Night" (1951).
Après ce court passage à la télévision , il fait ses premières armes de cinéaste en 1953 et tourne son premier long métrage : "The Big Leaguer", un film de série B, œuvre de commande, pour la MGM et interprété par Edward G. Robinson. La réussite de ce premier essai lui vaut d'être encore plus sollicité par la télévision et l'encourage à tourner son deux film. Dès l'année suivante, il réalise et co-produit un film bien plus intéressant "Alerte à Singapour" (World for Ransom), un thriller baroque à l'intrigue tortueuse interprété par Dan Duryea et avec ses amis de la télévision, notamment le chef-opérateur Joseph Biroc. Ne disposant pourtant que d'un tout petit budget, il vient de montrer ce dont il est capable dans le domaine du film d'action et d'aventures. Le film attire l'attention de Burt Lancaster et Harold Hecht qui confient à Aldrich la mise en scène de leur dernière production "Bronco Apache" (Apache,1954); Burt Lancaster s'y réserve d'ailleurs le rôle principal, celui d'un Indien pacifiste contraint de lutter, seul, contre la cavalerie et le gouvernement des Etats-Unis. Très avancée sur son temps, cette œuvre reste un des plus violents réquisitoires jamais prononcés contre la condition des Indiens d'Amérique. Près de vingt-ans plus tard, Robert Aldrich et Burt Lancaster reprendront le même thème dans "Fureur Apache" (Ulzana's Raid,1972), un film où l'indignation passionnée de "Bronco Apache" cède le pas à une observation plus contemplative de la triste condition des Indiens. Cette fois Burt Lancaster incarne un vieux pionnier, rôle semblable à celui joué par John McIntire dans "Bronco Apache", confronté à deux Indiens : "un "collaborateur" intégré qui a fait des études universitaires (Jorge Luke) et Ulzana, le rebelle intransigeant (Joaquim Martinez).
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Aussitôt après "Bronco Apache" Burt Lancaster s'associe à nouveau à Robert Aldrich pour "Vera Cruz" (1954), un western historique dont les variations désinvoltes sur les thèmes traditionnels du genre influenceront les films de Sergio Leone. Lancaster y incarne un homme de main sans scrupule, associé à un aventurier laconique mais un peu plus honnête incarné par Gary Cooper, pour mener une expédition au Mexique contre l'empereur Maximilien. Jouant sans cesse sur les ruptures de ton, de la facétie à l'émotion, Aldrich mène l'action avec une impétuosité digne de celle de "Bronco Apache". Son film suivant, "En quatrième vitesse" (Kiss Me Deadly,1955), souvent considéré comme son chef-d'œuvre, est certainement un des films les plus saisissants et les plus neufs des années 50. Aldrich met à mal le personnage de Mike Hammer interprété par Ralph Meeker, le cynique et coureur détective privée crée par Mickey Spillane, en faisant ressortir l'éthique équivoque et la profonde misère morale de ce faux "dur". Surgissait ainsi, grâce à Aldrich et Meeker, un nouveau, et bientôt très actif, personnage de l'écran : l'antihéros. Thriller en apparence assez simpliste, "En quatrième vitesse" fit littéralement exploser le film noir traditionnel et mérite sans aucun doute d'être considéré comme l'un des premiers films modernes du cinéma américain.
Le réalisateur tourne, coup sur coup, trois de ses films les plus réussis. Le premier, "Le Grand couteau" (The Big Knife,1955), est une adaptation véhémente, et par moments trop paroxystique, de la déclaration de guerre à Hollywood du dramaturge Clifford Odets. Aux côtés de Jack Palance et d'Ida Lupino, têtes d'affiche du film, Rod Steiger composait un étonnant personnage de nabab très inspiré de Harry Cohn et Louis B. Mayer. Suivit ensuite le mélodrame "Feuilles d'automne" (Autumn Leaves,1956), un des meilleurs films tournés par Joan Crawford dans les années 50, et "Attaque" (Attack !,1956), un grand films de guerre. Le point de vue désabusé et la description impitoyable des effets psychologiques de la violence étaient alors une nouveauté dans l'univers aseptisé et serein de Hollywood. Sous la direction d'Aldrich, Jack Palance, Lee Marvin et Eddie Albert se déchaînaient dans l'agressivité et la paranoïa. "Attaque" fait partie des cinq films d'Aldrich qui le révélèrent en Europe dans les années 54-56 et qui firent de lui l'un des cinéastes les plus adulés par la jeune critique française. Le film obtint un très gros succès public. Onze ans plus tard, Aldrich revenait au film de guerre avec "Les Douze salopards" (The Dirty Dozen,1967), au gros budget à la distribution éclatante (Lee Marvin (était de nouveau présent), Ernest Borgnine, George Kennedy, Robert Ryan, Charles Bronson, John Cassavetes, Donald Sutherland, Ralph Meeker et Telly Savalas. Le succès fut énorme, malgré un propos beaucoup plus ambigu et une présentation de la violence assez trouble. "Les Douze salopards" reçut un accueil controversé de la part de la critique; une partie le considérant comme un film fasciste, une autre comme pamphlet contre l'armée. Le film raconte l'histoire d'un commando composé de détenus auxquels on confie une impossible mission de guère. L'énorme succès commercial remporté par ce long métrage permit à Aldrich de fonder son propre studio, de n'accepter que les scénarios qui lui convenaient et, par conséquent, de réaliser ses projets dans une totale indépendance. Dans les années 60 il fut le seul réalisateur américain à posséder ses propres studios. En 1970, Aldrich traitait pratiquement le même sujet, avec les mêmes ambiguïtés, dans "Trop tard pour les héros" (Too Late the Hero), avec Michael Caine et Cliff Robertson.
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Aldrich commence à peine à se tailler une réputation de réalisateur solitaire et talentueux, lorsque la Columbia le licencie, en plein tournage de "Racket dans la couture" (The Garment Jungle,1957); histoire de corruption dans les milieux de l'industrie du prêt-à-porter, le film sera terminé par Vincent Sherman. Aldrich part alors pour l'Europe, où il réalise plusieurs films assez discutables tels que "Trahison à Athènes" (The Angry Hills,1959), un film avec Robert Mitchum sur une évasion pendant la Seconde Guerre mondiale, "Tout près de Satan" (The Seconds to Hell,1959), autre film de guerre avec Jack Palance, Jeff Chandlter et Martine Carol et, en collaboration avec Sergio Leone, "Sodome et Gomorrhe" (Sodom and Gomorrah,1962), un péplum biblique dont les principaux interprètes sont Stewart Granger, Anouk Aimée et Pier Angeli. Entre-temps, Aldrich a fait une brève apparition à Hollywood pour tourner "El Perdido" (The Last Sunset,1961), western sur la corruption et l'inceste interprété par Kirk Douglas, Rock Hudson et Dorothy Malone.
Une des plus grosses surprises commerciales de l'année 1962 fut l'extraordinaire succès de "Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?" (What Ever Happened to Baby Jane ?°, un film que l'on qualifierai à l'époque d'épouvante, ou de suspense à petit budget, tourné en à peine un mois. Interprété par deux monstres sacrés qu'on ne voyait plus guère, Bette Davis et Joan Crawford, ce film était réalisé par Robert Aldrich, qui en vingt années de carrière ininterrompue n'était jamais parvenu à entrer dans le cercle restreint des champions du box-office. Mélange habile de parodie, de nostalgie et de grand guignol, "Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?" fut à l'origine d'un des genres cinématographiques les plus populaires des années 60, le film d'épouvante gothique "moderne". Avec "Baby Jane", Aldrich prouvait sa capacité à mêler l'émotion aux situations les plus invraisemblables. Entre des mains moins adroites, cette histoire de sœurs rivales, de célébrités sur le déclin et de folie aurait pu sombrer dans la bouffonnerie. Mais Robert Aldrich sut dynamiter l'incongruité du sujet et les interprétations caricaturales de ses deux vedettes féminines par un style visuel brillant et parfois hallucinatoire, style qu'il avait déjà mis au point dans des films comme "En quatrième vitesse" et "Attaque".
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"Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?" va relancer sa carrière de réalisateur. Son film suivant, "Quatre du Texas" (Four for Texas,1963) avec Frank Sinatra et Dean Martin, est un western mi- sérieux, mi- comique très déroutant, même de la part d'un réalisateur aussi imprévisible qu'Aldrich. Le cinéaste revient à son meilleur niveau avec "Chut, chut, chère Charlotte" (Hush..., Hush Sweet Charlotte,1964), film d'épouvante gothique dans la lignée de "Baby Jane". Plus violente que la précédente, cette histoire de souffrance et d'avidité qui a pour cadre le Sud profond n'en est pas moins plus lyrique et plus poignante. La seule fausse note vient qu'Agnes Moorehead, dont le cabotinage excessif dans un rôle de femme de chambre d'une ancienne beauté du Sud (Bette Davis) confine en permanence au grotesque. Pour le reste, Aldrich sut tirer de Bette Davis, Olivia de Havilland, Joseph Cotten et surtout Mary Astor des interprétations superbes et pleines de sobriété.
Les deux films suivants d'Aldrich seront des "films d'hommes" auxquels il doit une bonne part de sa notoriété. Le premier a pour titre "Le Vol du Phénix" (Flight of the Phoenix,1966) avec James Stewart dans le rôle d'un pilote d'avion de transport contraint de se poser dans le désert. Le second "Les Douze salopards". En 1968, Aldrich s'attaque à deux fascinants portraits de femme. Dans "Le Démon des femmes" (The Legend of Lylah Clare), histoire d'un vieux metteur en scène (Peter Finch) qui cherche à relancer son ancienne star, Aldrich déboulonne le mythe de Josef von Sternberg et de Marlene Dietrich dans un style intéressant (certains diront même "avec une totale absence de goût") et avec son habituel humour noir, tout en obtenant de Kim Novak une des plus brillantes interprétations de sa carrière. Dans "Faut-il tuer Sister George?" (The Killing of Sister George ?) il dépasse le sentimentalisme médiocre du drame de Frank Marcus en brossant le portrait douloureux d'un groupe de lesbiennes -incarnées par Beryl Reid, Susannah York et Coral Browne - qui s'accrochent désespérément les unes aux autres pour survivre au milieu d'une société hostile.
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C'est après avoir tourné "Trop tard pour les héros" qu'Aldrich tourne en 1971 "Pas d'orchidées pour Miss Blandish" (The Grissom Gang), nouvelle version du roman noir de James Hadley Chase déjà porté à l'écran en 1948 par les Anglais. Cauchemardesque et particulièrement violent, "Pas d'orchidées pour Miss Blandish" est parcouru d'un souffle de romantisme pervers qui rappelle mais en mieux, celui de "Chut, chut chère Charlotte" et du "Démon des femmes". A partir de "Fureur Apache", la carrière d'Aldrich amorce un certain déclin.
Dans "L'Empereur du Nord" (Emperor of the North,1973), il neutralise la portée contestataire de l'histoire en faisant de ses personnages, un cheminot brutal incarné par Ernest Borgnine et un rebelle qui n'est autre que Lee Marvin, des caricatures trop appuyées. Quant à "Plein la gueule" (The Mean Machine/The Longest Yard,1974), c'est un festival sans nuance de violences en tous genres, en fin de compte assez lassant. Le cinéaste réalise "La Cité des dangers" (Hustle,1975), histoire policière alambiquée et crépusculaire interprétée par Burt Reynolds et Catherine Deneuve; "L'Ultimatum des trois mercenaires" (Twilight's Last Gleaming,1977), apologue prémonitoire sur l'impérialisme américain, avec Burt Lancaster dans le rôle principal; "Bande de flics" (The Choirboys,1977), comédie très grinçante sur une brigade de policiers de Los Angeles; "Un Rabbin au Far West" (The Frisco Kid,1979), western farfelu et échevelé qui rappelle Mel Brooks et, par moments, Preston Sturges, interprété par Gene Wilder et Harrison Ford. Dernier en date de ses films, "Deux filles au tapis" (All the Marbles,1981) est une comédie douce amère sur le monde du catch, dans laquelle Vicki Frederick et Laurence Landon campent deux catcheuses qui cherchent fortune en Amérique. A noter la présence dans le rôle principal de Peter Falk. Robert Aldrich décède le 5 décembre 1983 à l'âge de 65 ans, dans sa résidence de Los Angeles.
*Affiches-ciné * Cinetom
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