CLAUDE AUTANT-LARA                   1903 - 2000      

           Cinéaste, Producteur Français

         

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Claude Autant-Lara est né le 5 août 1903 à Luzarches en Seine-et-Oise. Son père, l'architecte Autant et sa mère l'actrice Louise Lara, sociétaire de la Comédie Française. Tous deux avaient fondé un laboratoire de théâtre d'avant-garde, "Art et Action", qui joua un rôle important. Lui-même fit des études artistiques ("Arts décos" et Beaux-Arts) avant de débuter comme décorateur et costumier au cinéma, sous l'égide de Marcel L'Herbier, pour lequel il peint pour Marcel L'Herbier, les décors du "Carnaval des vérités" (1919), suivront : "L'homme du large" (1920), "Villa Destin" (1921), "Don Juan et Faust" (1922) "L'Inhumaine" (1924)et "Le diable au coeur" (1926).. D'emblée, cela le situait dans une certaine avant-garde cinématographique.

Pour les fameux décors de "L'Inhumaine" (1923) de L'Herbier, Autant-Lara collabora notamment avec Fernand Léger, Mallet-Stevens et Cavalcanti. Il fit ses débuts d'assistant auprès de René Clair pour "Paris qui dort" (1923) et "Le voyage imaginaire" (1925). Pour son premier film, court métrage d'avant-garde "Fait divers" (1923), il avait comme interprète le poète Antonin Artaud, aux côtés de sa mère. En 1926, il était l'unique créateur des décors et costumes de "Nana" de Jean Renoir. On pouvait difficilement débuter sous de meilleures auspices.

Pour son second film, "Construire un jeu" (1925), Autant-Lara utilisait avant tout le monde l'hypergonar du professeur Chrétien, auquel les Américains feront le sort que l'on sait, sous le nom de Cinémascope...en 1952-53. Après ces brillantes années 20, les années 30 n'allaient lui réserver que des déboires. D'abord deux ans à Hollywood (1930-1932), mais  dans des besognes ingrates, versions françaises de films mineurs, y compris deux Buster Keaton "Le Plombier amoureux" "Buster se marie"  parmi les moins intéressants, sous-titrages, etc.

Après son retour à Paris et quelques courts-métrages pour la Paramount, en 1933 "Ciboulette" marque ses débuts dans le long métrage. Montage mutilé, film amputé, ce fut l'habituel processus des films "maudits". L'échec fut complet, magré un inventif scénario de Prévert (le premier à son actif) et quelques séquences très "avant-garde" des plus réussies. Autant-Lara passa des années à s'en remettre, faisant pour vivre des sous-titres de films étrangers ou réalisant comme "nègre", trois films signés par Maurice Lehmann (1937-1939) comme "L'affaire du courrier de Lyon" (1937) avec Pierre Blanchar et Dita Parlo ou "Fric-Frac", sans parler d'un tournage en Angleterre, en 1936, qui lui valut bien des vicissitudes. Comme pour beaucoup d'autres, Clouzot, Daquin, Becker, qui attendaient leur heure, le saluit lui vint de l'Occupation et du renouveau cinématographique qu'elle provoqua.  Après "Le Mariage de Chiffon" (1941-1942), qu'il considère comme son premier vrai film. La censure n'admetta pas qu'un militaire fut négligé par une jeune fille.

Deux autres films suivront, "Lettres d'amour" (1942) et surtout "Douce" (1943) qui, pour beaucoup reste son chef-d'oeuvre. Adaptation d'un roman féminin de Michel Davet, les dialogues de Jean Aurenche et Pierre Bost, la même interprète Odette Joyeux, cache beaucoup d'amertume sous la joliesse du décor et la calligraphie de la réalisation. La censure ne s'y trompa point et coupa certains passages trop acerbes à son gré. A noter la prestation hors pair de Marguerite Moréno. Toute l'équipe du film (Jean Aurenche, Philippe Agostini et Odette Joyeux) se retrouva le temps d'un film : "Sylvie et le fantôme" (1945). Après l'immense succès du "Diable au corps" (1947) qui imposa Gérard Philipe, ce qui permit à Autant-Lara d'obtenir le "Prix de la Critique Internationale" au Festival Mondial de Belgique, nombreux furent encore les films importants qui permirent à leur auteur de se maintenir longtemps au premier rang, et de prouver ses qualités de metteur en scène. Ainsi dans "Occupe-toi d'Amélie" (1949), excellente adaptation de Feydeau dans de merveilleux décors de Max Douy, Autant-Lara utilise-t'il les entractes de la pièce, pour faire intervenir les spectateurs, procédé qui était alors nouveau. L'intervention de panneaux mobiles, mis au point avec Douy dans les décors du "Rouge et le noir" (1954), pour les rendre plus économiques, les recherches sur la couleur dans "Marguerite de la nuit" (1955) sont d'autres exemples d'une ingéniosité et d'une curiosité toujours en éveil. Le cinéma d'Autant-Lara, c'est le triomphe du métier; c'est aussi celui d'une conception du cinéma fondée sur l'esprit d'équipe.

De même qu'il y avait eu Carné-Prévert-Trauner, etc, le réalisateur de "Douce" prit l'habitude de travailler avec les mêmes scénaristes; Aurenche et Bost, le même décorateur, Max Douy, le même compositeur, René Cloërec, sans oublier sa femme, Ghislaine Auboin, assistante, scénariste et collaboratrice de tous les instants. Quant aux opérateurs, c'était aussi toujours les mêmes : Philippe Agostini, puis André Bac et Jacques Natteau, parfois aussi Michel Kelber. Il faut ajouter que tous ses noms sont ceux des plus remarquables techniciens que pouvait offrir le cinéma français d'alors.

Claude Autant-Lara a beaucoup souffert des critiques de la "nouvelle vague" et singulièrement de Truffaut. En sens inverse, Autant-Lara, qui a beaucoup souffert de la violence de ces attaques, n'a jamais pardonné à leurs auteurs leur "amateurisme" et leur "manque de métier". Dans les Cahiers de la cinémathèque, au cours d'un entretien avec Marcel Oms et André Abet, il s'en est expliqué longuement, avec des formules lapidaires. Si Godard sait faire des images, il ne sait pas raconter une histoire." Sur la nouvelle vague :"Je lui reproche de ne rien avoir apporté. Elle s'est retirée. C'est le propre de toutes les vagues, mais celle-là n'a rien déposé sur le sable." Ou encore :"Voyez les films cuculs et conformistes que font aujourd'hui ses anciens promoteurs." Autant-Lara visait ainsi surtout Truffaut, Godard et Chabrol, sans épargner Resnais ni même Bresson, responsables d'un cinéma intellectuel, "insupportable pour moi.

Le cinéma d'Autant-Lara a toujours refusé d'être intellectuel. Pourtant, peu d'oeuvres contiennent autant d'adaptations littéraires que la sienne : Stendhal, Colette, Radiguet, Aymé, Simenon, Soubiran etc. Mais, à ces romans célèbres, Aurenche et Bost demandaient des situations et des intrigues fortement construites et des personnages vivants non des prétextes à méditations abstraites qui n'auraient pas convenu à Autant-Lara. La peinture sociale est beaucoup plus son affaire, et c'est dans ses réglements de comptes avec la bourgeoisie qu'il est le plus à l'aise. Celle-ci lui a fourni un certain nombre de thèmes privilégiés, que Marcel Oms a relevés, comme la jeune fille du "Mariage de Chiffon", "Douce", "Sylvie et le fantôme, "Le blé en herbe", la Belle Epoque" (les premiers films, "Occupe-t'oi d'Amélie) ou (L'Occupation allemande ("La Traversée de Paris", "Le franciscain de Bourges", "Les Patates"). Dans l'entretien déjà cité, Autant-Lara a précisé sa position sur ces points, invoquant son attachement ambigu pour les personnages de jeune fille et citant curieusement un mot de Claudel sur "le sourire perfide de la jeune fille". Dans le goût pour la Belle Epoque c'est, pour une bonne part, l'ancien décorateur, l'ancien décorateur qui reparaît, et son amour pour les "fanfreluches anti-datées". Quant à l'Occupationn tout en rappelant que ce fut "une époque excellente, très intéressante pour le cinéma d'expression vraiment française, et même la meilleure à mon sens", et qu'il en est résulté l'apparition d'une véritable "Ecole du cinéma français", Autant-Lara précise : "C'est une période qui m'intéresse énormément car...j'ai bien connu le temps de l'Occupation qui est le temps de tous les courages et de toutes les lâchetés. C'est une période très importante à cause de cela."

Dans les années 50, Autant-Lara enchaîne des films devenus aujourd'hui reconnus tels que "L'Auberge rouge" (1951) avec Fernandel, Françoise Rosay et Julien Carette. Suivront "Le bon Dieu sans confession" (1953) avec Danielle Darrieux et Henri Vilbert (film construit sur une suite de retours en arrière qui, de plus, ne suivent pas l'ordre chronologique des évènements), "Le Rouge et le Noir" (1954) avec Gérard Philipe et Danielle Darrieux et enfin "La Traversée de Paris" (1956) avec Jean Gabin, Bourvil et Louis de Funès (Pour beaucoup son chef d'oeuvre). En effet, plusieurs films reviennent avec insistance sur les comportements sociaux et individuels au cours de cette période révélatrice. Au passage, Autant-Lara en profite pour se définir lui-même : Je dirai que je suis un petit-bourgeois anarchiste." C'est un mot admirable, qui le dépeint à la perfection et que complète bien cet autre :"Avant tout je suis français, et je n'ai pas de vertus que dans la mesure où j'appartiens à une ethnie dont je suis fait." D'où son entente particulière avec cet autre anarchiste bourgeois que fut Marcel Aymé parce qu'il est bien français, pas international. Français et Gaulois, cela me plait infiniment." La parenté entre les deux hommes se retrouve jusque dans cet accès de férocité que l'on trouve aussi chez l'auteur de "Travelingue" et de "La Tête des autres", et qui permet au cinéaste de "Douce" et d' "En cas de malheur"  de déclarer : "Un film qui n'est pas méchant, c'est ennuyeux. Si un film n'a pas de venin, il ne vaut rien." Seuls s'étonneront ceux qui n'ont pas lu "Télémafia", le récit succulent par le cinéaste de ses démêlés avec la télévision qui lui avait promis la réalisation de "La Chartreuse de Parme", avant de la confier à un autre. C'est un pamphlet plein de verve, qui trouve parfois des accents à la Céline pour dénoncer le copinage et la gabegie, et certains portraits au vitriol sont inoubliables. Il y a d'ailleurs dans le meilleur de toute son oeuvre une férocité allègre, une fureur quasi célinienne et un pessimisme final, qui font de l'auteur de "Mort à crédit", autre bourgeois révolté, l'influence secrète sans doute la plus profonde subie par Autant-Lara.

"Marguerite de la nuit" (1955) a été découpé en plans de tournage préparés minutieusement, dessinés, calculés selon la méthode américaine dont Autant-Lara s'était imprégné lorsque, au début du parlant, il séjourna longuement aux USA. Le cinéaste a délibéremment gommé de l'adaptation du roman de Dostoïevsky "Le Joueur" (1958), ses aspects tragiques et métaphysiques pour en faire une farce sordidement burlesque. A noter la présence de Gérard Philipe, Bernard Blier et Françoise Rosay. "En cas de malheur" (1958) représente le type même du film français de qualité avant l'avènement de la Nouvelle Vague. Opposée à Jean Gabin, bourgeois en proie au démon de midi, Brigitte Bardot reste fidèle à son personnage de symbole sexuel qui la caractérise depuis son triomphe d' "Et Dieu créa la femme". "Le Bois des Amants" (1960) vient dans la carrière d'Autant-Lara après "La  Jument verte" (1959) et "Les Régates de San Francisco" (1960), qui avaient fait scandale pour la crudité de leurs situations. Criblé de dettes ç la suite du difficile tournage de "Tu ne tueras point" (1961), film sur l'objection de conscience qu'il financa lui-même en grande partie. Autant-Lara accepta de réaliser cette co-production fastueuse "Vive Henri IV...Vive l'Amour" (1961). Ce fut l'acteur Bourvil qui finança en partie la production du film "Le magot de Josefa" (1963) qui fut malgré tout, un échec. En 1964, Autant-Lara proposa à Marie-José Nat d'être l'interprète principal du "Journal d'une femme en blanc".

Autant-Lara avait déclaré : "Quand j'ai débuté dans ce métier, j'était tout feu, tout flamme. Je pensais que c'était la vocation de ce métier, de peser sur la vie sociale, de l'influencer...Aujourd'hui, à voir la veulerie et la fatigue de nos concitoyens, je me demande si cela a vraiment servi à quelque chose. Notez que je ne regrette rien. Mais cela m'attriste parfois." N'est-ce pas, en sourdine, l'écho de la voix de l'immortel ermite de Meudon?. Après avoir été élu au Parlement Européen sur les listes electorables du Front National en compagnie de Jean-Marie Le Pen, ce qui lui fit une certaine ombre à la fin de sa vie. Claude Autant-Lara décède à Antibes le 5 février 2000 à l'âge de 98 ans. 

                           1931                                                                   1932

   

                                                              1933

                                   

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                                                            1941

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