JACQUES FEYDER                     1885 - 1948

                      Cinéaste, Scénariste, Producteur Francais 

 

 

                          

                  

 Jacques Feyder (de son vrai nom Jacques Frederix) naquit le 21 juillet 1885 à Ixelles, en Belgique (de nationalité belge, mais naturalisé français en 1927).  Feyder déclara "Je suis né à 9 heures du matin, salué par une salve de 101 coups de canon : c'était le jour de la fête nationale belge ! Mon arrière-grand-père fut général, mon grand-père critique critique-dramatique, mon père administra la Compagnie internationale des Wagons-Lits, je m'occupe de cinématographe et mon fils aîné montre de grandes dispositions pour le dessin (les trois fils de Jacques Feyder furent tous cinéastes ou décorateur. Mon destin de ciné graphiste était donc tout tracé...Jacques Feyder (Le Figaro,1924). Après la mort de sa mère, il manifesta l'intention de devenir comédien. Hostile à ce projet, son père lui interdit aussitôt d'user de son véritable nom. Jacques fit sa valise et quitta le domicile paternel. En cours de route, passant dans une rue "Faider", il décida d'adopter ce nom comme pseudonyme et c'est ainsi rebaptisé qu'il fit ses débuts à Paris, au théâtre et,  à l'occasion, à l'écran.

Il joua à  Lyon durant la saison 1913-1914 et y rencontra Françoise Rosay. De retour à Paris, il tint un petit rôle dans "Les Vampires" (1915) de Louis Feuillade et fut engagé au début de l'année 1916, comme apprenti réalisateur par le légendaire producteur Léon Gaumont. 

Alors qu'il était théoriquement assistant de Gaston Revel, Feyder se vit laisser de plus en plus d'indépendance et s'affirma progressivement comme metteur en scène à part entière. Il réalisa plus de dix films, aujourd'hui oubliés et longtemps considérés comme perdus, avant de revenir en Belgique, où il fut appelé sous les drapeaux en 1917. Il passa peu de temps au front et fit partie en tant qu'acteur de théâtre aux Armées dirigé par Victor Francen. Jacques Feyder réalisa son premier film en 1916 "Têtes de femmes, Femme de tête" (1916) avec pour interprètes Françoise Rosay (qui deviendra son épouse l'année suivante) et André Roanne. Ces deux noms se retrouveront au générique du dernier film qu'il supervisera, en 1946 : "Macadam".

Après la guerre, Jacques Feyder rompit avec Gaumont à la suite d'un différend occasionné, semble-t'il, par "La faute d'orthographe" (1919). Grâce à de multiples bailleurs de fonds (dont le distributeur Louis Aubert) et fort d'un budget très élevé pour l'époque, Feyder partir au Sahara dans la région de Touggourt, pour filmer "L'Atlantide" (1921) d'après Pierre Benoît avec la danseuses Stacia Napierkowska dans le rôle d'Antinéa. En dépit de l'énorme succès populaire qui accueillit le film lors de sa sortie. "L'Atlantide" semble aujourd'hui extrêmement daté et handicapé par le jeu affecté de son interprète. Louis Delluc écrivit : "Il y a dans "L'Atlantide, un grand acteur, c'est le sable". 

Feyder se  montra en fait beaucoup plus à l'aise dans le mélodrame réaliste avec "Crainquebille" (1922) qu'il réalisa l'année suivante. Adaptation audacieuse et personnelle du roman d'Anatole France (qui se déclara d'ailleurs très satisfait de la transposition de son oeuvre), le film bénéficia de l'intérprétation remarquable de Maurice de Féraudy, et surtout du talent de Feyder pour évoquer la vie quotidienne des quartiers populaires de Paris. Malheureusement, le public ne fut pas conquis, la critique fut sensible aux truquages de la scène de tribunal.

Feyder allait manifester une réelle maîtrise dans la direction d'enfants avec deux films : "Visages d'enfants" (1925), tourné dans les paysages du Haut Valais en 1923, mais il fallut attendre janvier 1925 pour voir la première représentation et "Gribiche" (1925). Entre ces deux films, il réalisa "L'Image" (1925) pour lequel Jules Romains écrivit un scénario curieux dans lequel quatre hommes tombaient amoureux d'une femme qu'ils ne connaissaient que, par une photo exposée dans une vitrine.

Feyder adaptera ensuite successivement Prosper Mérimée et Zola : pour "Carmen" (1926), il se verra imposer la chanteuse espagnole Raquel Meller dont les caprices dénaturèrent les projets du réalisateur.  "Carmen" fut tourné de novembre 1925 à août 1926 en Espagne (Séville, Ronda, Chiro) mais aussi en France, sur la Côte d'Azur, Les Maures,, Bayonne, Fontainebleau; le film n'eut pas le succès escompté. Quant à "Thérèse Raquin" (1928) dont il n'existe plus actuellement de copie et qui fut salué unanimement par les critiques de l'époque, il symbolise désormais le chef-d'oeuvre disparu à jamais, il s'agissait de l'avant-dernier film de la période muette du réalisateur..

Ultime film muet français de Feyder avant son départ pour les Etats-Unis, "Les Nouveaux Messieurs" (1928) était une amusante satire des moeurs parlementaires qui connut des démêlés avec la censure. Plusieurs scènes, dont celle du député assoupi rêvant que l'hémicycle se peuplait de danseuses en tutu, valurent au film de sortir qu'au bout d'un an au prix de plusieurs coupures. 

           

                            

       

 

                                                                           1922

                                                    

                                              

                                           

                     

 

                

         

                                                                              

                                                                             1929

            

                                         

                                                                               1929                                             

                          

                        

En 1928, Feyder accepta de signer un contrat avec la MGM. C'était la première proposition de ce genre faite à un réalisateur français depuis l'époque de la Première Guerre mondiale. Feyder s'intalla alors à Culver City, plein d'espoir, en compagnie de sa femme. Mais comme bien d'autres hôtes célèbres de Hollywood, il dut immédiatement se plier aux rythmes infernaux de l'organisation MGM et assister à de nombreuses et interminables conférences.

Après plusieurs mois d'attente, le cinéaste se vit confier la réalisation du "Baiser" (The Kiss,1929), le dernier film muet de Greta Garbo, qui jouait le rôle d'une meurtrière. Le réalisateur et l'actrice, tous deux "émigrés", eurent plaisir à travailler ensemble, et Feyder dirigea également Garbo dans les deux versions allemande et suédoise, d' "Anna Christie" (1930). Les Feyder se lièrent aussi d'amitié avec Emil Jannings, F.W. Murnau et Ludwig Berger. Mais dès 1932 l'aventure américaine prenait fin, Feyder ne pouvant supporter plus longtemps l'attitude des dirigeants de la MGM.

"Le Grand Jeu" (1934) fut écrit par Feyder en collaboration avec Charles Spaak, qui allait devenir l'un des meilleurs scénaristes du cinéma français. La trouvaille du film : l'histoire d'un homme poursuivi par la vision d'une femme blonde qu'il a aimée autrefois et qu'il retrouve sous traits d'une femme brune, devait être reprise plus tard par Boileau et Narcejac pour le roman dont Hitchcock tira "Sueurs froides" (Vertigo,1958). Utilisant avec beaucoup d'à-propos les possibilités du parlant. Feyder eut la belle idée de doubler son actrice (Marie Bell), dans le rôle de la femme brune, avec une voix grave et vulgaire. Comme à son habitude, Françoise Rosay apporta sa touche personnelle au film  en incarnant avec son grand abattage une femme revenue de tout. Après ce succès dans "Le Grand jeu", elle prit manifestement beaucoup de plaisir à jouer un rôle expressément conçu pour elle dans "Pension Mimosas" (1935) : celui d'une femme éperdument amoureuse de son fils adoptif, lequel exploite la situation sans le moindre scrupule. Arletty fait dans ce film une courte apparition, mais lui permit de rencontrer Marcel Carné, alors assistant de Feyder....

C'est en 1935 que Feyder et Françoise Rosay allaient ensemble atteindre  le sommet de leur carrière. Cette année-là, en effet, sortit un film rangé, depuis, parmi les classiques du septième art français : "La Kermesse Héroïque". Située en Flandres au XVII ème siècle, l'action débute par l'annonce de l'arrivée imminente d'un personnage redouté, le duc d'Olivares, gouverneur espagnol des Pays-Bas, dans la petite ville de Boom. Révoltées par la lâcheté des hommes, les femmes de la ville, menées par l'épouse du bourgmestre (Françoise Rosay) décident de préparer aux occupants un accueil particulièrement écoeurant et outré. Belge d'origine, Feyder s'inspira pour l'image et la mise en scène de cette fresque  historique des grands maîtres de la peinture flamande; au détour de chaque plan, on reconnaît Bruegel,  Frans Hals ou Jordaens.

"La Kermesse héroïque" provoqua les réactions les plus variées et en Belgique de nombreux spectateurs accusèrent Feyder d'avoir cherché à faire allusion à l'Occupation de leur pays par les troupes allemandes pendant la Première Guerre mondiale et à la collaboration acceptée par la population flamande. Quoi qu'il en fût, le concert des louanges adréssées par ailleurs à Feyder lui valut d'être invité à Londres par son ami Alexander Korda pour tourner "Le Chevalier sans armure" (Knight Without Armour,1937), qui évoquait les aventures d'un jeune journaliste (Robert Donat) envoyé en Russie au moment de la Révolution et aidant une comtesse (Marlène Dietrich) à s'enfuir. Mais malgré tout son métier, Feyder ne parvint pas à faire passer sa vivacité habituelle dans un film tourné dans une langue différente du français. Il n'en fut pas de même pour "Les Gens du voyage" (1938), réalisé à Munich, et qui est une description intéressante de la vie d'un cirque ambulant.

Toujours soucieux d'authenticité, Feyder se rendit jusqu'au cercle polaire arctique, à Kiruna (Suède), pour tourner certaines scènes de "La Loi du Nord" (1939). Le film racontait l'histoire d'un homme qui s'enfuit au Canada après avoir tué l'amant de sa femme. Feyder avait à peine fini de monter "La Loi du Nord" que la guerre éclata. Les autorités insistèrent pour que le tire fût chang". Il fut distribué en 1942 dans une version réduite sous le titre "La piste du Nord" et il fallut attendre 1945 pour le voir dans son intégralité. Le lieu du tournage ne fut pas le Canada mais à Villars de Lans et dans les grottes d'Arcy-sur- Cure, mais également en Suède. Le film avait été sélectionné pour le premier Festival de Cannes en septembre 1939, mais avec la France qui déclara la guerre à l'Allemagne, les festivités furent annuler. A noter la présence de Michèle Morgan, Pierre Richard-Willm et Charles Vanel.

Pendant l'Occupation Feyder se réfugia en Suisse. Il y tourna "Une femme disparaît" (1942), avec Françoise Rosay, qui incarnait dans ce film quatre personnages différents. Puis le réalisateur connut des difficultés matérielles et traversa une sorte de crise intérieure. Il écrivit un livre, en collaboration avec sa femme, qui parut en 1944 sous le titre "Le Cinéma notre métier".

Comme bon nombres d'artistes qui avaient choisi l'exil, Feyder se sentit mal à l'aise dans le Paris (pourtant sa ville d'élection) de la Libération. Outre de graves ennuis de santé, il assistait à l'ascension d'une nouvelle génération de réalisateurs. Lorsqu'il accepta un travail de supervision pour "Macadam" (1946), réalisé par un cinéaste encore assez maladroit Marcel Blistène, Feyder était déjà sérieusement malade et, chose étonnante, se montra dur envers son jeune collègue. Ce devait être sa dernière contribution au cinéma. Jacques Feyder mourut le 25 mai 1948.  

 

                                         

                 

                                                                               1934

                                       

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                                                                               1935

                

     

                    

                          

                                            

    

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                                                                              1938 

    Les Gens du voyage : photo Francoise Rosay, Jacques Feyder

                                                                              1939

 

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                                                  Macadam (1946) Supervision

                      

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