HARRY BAUR                 1880 -1943    

                     Acteur   Français

 

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Harry Baur a été le roi de la scène et de l'écran français durant toute la période de l'entre deux-guerres. Considéré alors comme un monstre sacré. Harry Baur s'efforçait à s'identifier le mieux possible aux personnages qu'il incarnait au cinéma, on ne peut oublier son interprétation magistrale dans "Les Misérables" de Raymond Bernard aux côtés de Charles Vanel dans le rôle de Javert.

Entre 1930 à 1945, les deux grands monstres sacrés du cinéma français sont Raimu et Harry Baur. Ils nous quittèrent tous deux dans les années 40, Harry Baur fut dénoncé comme juif, ce qui n'était qu'une fausse information, il fut arrêté et torturé par la gestapo. Il ne retrouva la liberté seulement pour mourir chez lui...

Un journal corporatif américain publia la liste des dix acteurs qui, en cette année 1936 avaient les plus fortes recettes dans les cinémas de France. Harry Baur arrivait largement en tête, devançant dans l'ordre, Annabella, Jean Murat, Danielle Darrieux, Charles Chaplin, Gary Cooper, Franchot Tone, Jeannette MacDonald, James Cagney et Robert Donat.

"Poil de Carotte", "David Golder,"La tête d'un homme (Maigret), "Les Misérables", "Crime et châtiment", "Un grand amour de Beethoven", "Samson", "Volpone", "Mollenard et "L'assassinat du père-noel" restent gravés dans ma mémoire. Tom

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Harry Baur est né à Paris le 12 avril 1880, de parents catholiques alsaciens. Son père était originaire de Mulhouse, sa mère de Bitche en Moselle. Ses parent furent ruinés, deux hommes armées pénètrèrent dans la boutique, et fit main basse sur les bijoux et s'enfuirent. Les Baur étaient ruiné et furent contraints de prendre un appartement moins onéreux au Cour de Vincennes, puis un logis plus modeste au boulevard Blanqui.

Le père  d'Harry Baur meurt alors qu'il n'avait que dix ans et fut élevé par sa mère et sa grande soeur Blanche. Des études secondaires au collège de Saint-Nazaire, École d'Hydrographie à Marseille, Harry Baur exerça temporairement plusieurs métiers colporteur,charretier, tresseur de courrones mortuaires, fabricant de fleurs artificielles…

Avec le temps, Harry Baur parvint à décrocher un premier engagement à la « Comédie Mondaine » dans « Le Filleul du 31 », puis des premiers prix de tragédie " Le Cid " et de comédie " L'Avare " au Conservatoire de Marseille, service militaire au Mans. Devient le secrétaire de Mounet-Sully et joue, à partir de 1904, dans de nombreux théâtres parisiens : Comédie Mondaine, Grand Guignol, Palais-Royal, Mathurins, puis chez Gémier et Antoine. Réformé en 1914, à la suite d'un début de paralysie faciale, continue de jouer à la Gaîté-Lyrique, à l'Ambigu, à la Porte Saint-Martin, au Gymnase, à l'Édouard VII, aux Variétés, etc. Tient notamment le rôle de César à la création de " Fanny " de Marcel Pagnol. Il collabore à la rubrique cinématographique du " Crapouillot ", signant parfois du pseudonyme d'Orido de Fhair. 

L’année 1911,marquera le changement, Harry Baur  avait pris du poids tant dans la variété de ses emplois mais aussi physiquement. Entre 1909 et 1914, Harry Baur interpréta près de trente films muets dont notamment dans "LA LÉGENDE DU BON CHEVALIER "  de Victorin Jasset,(1909), « L'ÉVASION DE VIDOCQ », « LA FILLE DES CHIFFONNIERS » avec Mistinguett, « LE SUICIDE DE LORD STILSON, » « SHYLOCK », « L'AME DU BRONZE »,  « LA VOYANTE » avec Sarah Bernhardt (1923).

Un évènement inattendu, survenu en cette fin d'année 1931, allait marquer un nouveau tournant dans la carrière du comédien. Harry Baur succédait à Raimu dans le personnage de César en créant le 5 décembre, au Théâtre de Paris, "Fanny", la suite que Marcel Pagnol s'était enfin décidé à donner à "Marius", dix-huit mois après.

L'interprétation de Baur fut sans défaut, ainsi que l'atteste cette lettre d'un natif de la Canebière, Felix Ruster Giaccobi, daté du 16 décembre 1931, que l'acteur conserva précieusement dans ses archives : "Ce que je puis vous dire, c'est la place immense que vous occupez dans le succès de Pagnol. C'est l'autorité réflechie avec laquelle vous l'interprétez. C'est le soucis des détails vrais, et non music-hall, qui m'ont attendri, moi, pur marseillais. C'est dans le sens exact de la mesure qui vous guide, trois actes durant. C'est l'aveu joyeux que je puis vous dire d'avoir, enfin deux ans et demi de représentations, vu pour la première fois, le César de chez nous, qui n'est pas un farouche mais un brave homme."

Dirigé par des metteurs en scène aussi différents que Duvivier, Raymond Bernard, Gance, L'Herbier, Chenal, Robert Siodmak, Maurice Tourneur, il campera, avec la même aisance, le père Lepic de "POIL DE CAROTTE", le commissaire Maigret, Jean Valjean, le juge Porphyre de "CRIME ET CHATIMENT", Hérode, Tarass Boulba, Beethoven, le capitaine Mollenard, le tsar Paul Ier, Raspoutine, Volpone. " Quand je joue, disait-il, seul existe pour moi et en moi le personnage que j'incarne.

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Le comédien avait débuté en 1931 dans un film parlant, tourné en Angleterre,  "LE CAP PERDU " le film avait été réalisé en trois versions anglaise, allemande et française. Ce film du cinéaste allemand  Ewald Andréas Dupont connu quelques désagréments, une mauvaise entente entre le cinéaste et Harry Baur, le film ne fut pas une réussite .               

Tout cela hélas n’a guère laissée de traces dans les mémoires ni même dans les cinémathèques. Sa véritable carrière cinématographique commence en 1930, par un grand succès du cinéaste Julien Duvivier « DAVID GOLDER » ou il incarne magnifiquement un banquier juif trahi. Ce film révéla la puissance de jeu d’Harry Baur. L'acteur était entré sans difficulté dans la peau de son personnage, sans apporter la moindre opposition à l'adaptation dialoguée que le réalisateur avait lui-même tirée du roman d'Irène Nemirovsky. "David Golder" fut réalisé pratiquement selon la technique du muet en ayant recours à un grand nombre à un grand nombre d'extérieurs sur la Côte Basque.

Sa création de « David Golder » le classa d’un seul coup parmi les grandes vedettes françaises.Le comédien tournera plusieurs de ses meilleurs films avec Julien Duvivier.Dans l'œuvre de Julien Duvivier, "David Golder" est un film charnière. Tourné en 1930, il révéla la puissance de jeu d'Harry Baur et démontra surtout que le talent de Duvivier, porté volontiers vers les scènes paroxystiques, pouvait pleinement s'épanouir avec l'avènement du parlant.  A noter que le film avait été auparavant une pièce de théâtre, interprété et réalisé par Harry Baur au Théâtre de la Porte Saint-Martin . Le film obtint un succès retentissant, dès sa sortie au cinéma le 19 décembre 1930



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                       DAVID GOLDER de Julien Duvivier (1931)

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Le 15 mars 1931, le réalisateur Jean Kemm commençait le tournage du film "LE JUIF POLONAIS" au studio de Courbevoie,  (qui ne connut aucun succès).  Baur faisant une comparaison entre Emil Jannings et lui, demanda une augmentation de salaire, pretextant que vu son âge, il ne tournerait plus que cinq ou six films. Tout le film reposait sur les épaules de Baur, il était charger d'incarnait un cabaretier alsacien, revivant en rêve le jour du mariage de sa fille, le meurtre crapuleux mais méconnu qu'il avait commis, quinze ans auparavant. Sortant terrorisé, de son cauchemar, le criminel était victime d'une crise cardiaque et s'effrondrait, mort, sur son lit.

Avec "CRIMINEL" (1932) de Jack Forrester, Harry Baur interpréte un directeur de prison, l'action se situait dans une prison américaine où un jeune détenu, déjà condamné par erreur, se trouvait ensuite impliqué dans un crime commis à l'intérieur du pénitencier. Ce fut les débuts au cinéma de Jean Servais.

 

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                               LE JUIF POLONAIS (1931) de Jean Kemm

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                                 CRIMINEL (1932) de Jack Forrester

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Suivront trois films de  Duvivier : "LES CINQ GENTLEMEN MAUDITS " (1932) avec René Lefèvre et Robert Le Vigan, Julien Duvivier tourna conjointement une version allemande, "DIE FÜNF VERFLÜCHTEN GENTLEMEN", avec Adof Wohlbruck, Camilla Horn et Jack Trevor; seuls Marc Dantzer et Georges Péclet jouaient le même rôle dans les deux versions. Les extérieurs du film furent tournés à Fez, à Marrakech et à Moulay-Idriss. La critique salua à sa sortie l'aptitude du cinéaste pour la création d'atmosphère, son goût du pittoresque et son sens de l'exotisme.

 

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                     LES 5 GENTLEMEN MAUDITS (1932) de Julien Duvivier 

"POIL DE CAROTTE" avec Robert Lynen , d’après le célèbre roman de Jules Renard ou Harry Baur fait  du personnage de Monsieur Lepic, une composition inoubliable au côté du jeune Robert Lynen (il connut un destin particulièrement tragique : membre d'un réseau de Résistance, dans la région de Cassis, il fut emprisonné en 1943 et fusillé par les Allemands, à l'âge de vingt-trois ans, à la forteresse de Karlsruhe, le 1er avril 1944.

 

Pour cette version parlante, réalisée d'après " Poil de Carotte", récit paru en 1894 (et qui fut adapté au théâtre en 1900), Julien Duvivier effectua des emprunts à d'autres œuvres de Jules Renard -comme" La Bigote " (publiée en 1909). Signalons l'autre version cinématographique de 1926, une adaptation muette,  réalisée par Duvivier, avec André Heuzé (Poil de Carotte) et Henry Krauss (M. Lepic).

Harry Baur avait une conception très précise de son personnage, il l'imposa à son metteur en scène. Baur apportait un soin méticuleux à l'élaboration de son personnage. Il le joua en perfectionniste. "Poil de Carotte" fut présenté  à Paris, en novembre 1932, Harry Baur reçut des éloges mérités.

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                         POIL DE CAROTTE (1932) de Julien Duvivier avec Robert Lynen

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Ne souhaitant pas se priver de sa vedette fétiche, Duvivier proposa à Baur d'interpréter le commissaire Maigret pour la troisième fois au cinéma dans  "LA TETE D’UN HOMME " (1932), d'après le roman de Georges Simenon dont Duvivier modifia le scénario afin de laisse libre court la décision de Maigret de laisser s'échapper un condamné, pendant la reconstitution....Ce film est un des meilleurs Maigret au Cinéma…cependant, Georges Simenon n'apprécia pas la composition de Baur et déclara : "Harry Baur était sans doute un grand acteur, mais il avait vingt-ans de plus que moi, à cette époque, un faciès à la fois mou et tragique".

 

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                                              LA TETE D'UN HOMME (1932) de Julien Duvivier

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Harry Baur accepta d'incarner Monsieur de Tréville, le capitaine des gardes du roi dans "LES TROIS MOUSQUETAIRES" (1932) d'Henri Diamant-Berger, lequel avait déjà tourné, onze ans auparavant, une première adaptation du roman d'Alexandre Dumas en douze épisodes. Pour cette version sonore, filmé au cours de l'été 1932, il dut se contenter de deux époques portant les sous-titres "Les ferrets de la reine" et "Milady". Le film fut un énorme succès public.

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                                      LES TROIS MOUSQUETAIRES (1933) d'Henri Diamant-Berger 

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"CETTE VIEILLE CANAILLE" (1933) fut le premier film où Harry Baur et Pierre Blanchar étaient partenaires. Ils devaient à nouveau être réunis dans "CRIME ET CHÂTIMENT" (1935) de Pierre Chenal. Ce film est tiré d'une pièce de Fernand Nozière et réalisé par Anatole Litvak, metteur en scène d'origine russe. Harry Baur réussit une grande composition et s'iimpose comme l'un des plus grands acteurs du moment.  

À noter qu’une célèbre photo de tournage du film représentant Claude Heymann (assistant de réalisation), Simon Schiffrin (directeur de production), Georges Friedland (monteur) et Anatol Litvak, fut exposée au Palais Berlitz en 1941 par la propagande de Vichy pour vilipender “la mainmise des Juifs sur le cinéma français” (in “Positif” n° 170, juin 1975). 

Baur enchaîne en interprétrant le clochard "ROTHCHILD" (1933) en se faisant passer pour un lointain parent de la famille des Rothchild. Pour rentrer dans la peau de son personnage, le comédien  observait les clochards de la capitale. Malgré tout son talent, Baur ne parvint pas à convaincre avec ce film signé Marco de Gastyne.

 

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Après avoir connu un succès mérité avec le film "Les Croix de bois", Raymond Bernard se livra à une nouvelle transposition du roman de Victor Hugo: "LES MISERABLES". Le film tourné en 1933 permit à Harry Baur de trouver le rôle le plus marquant de sa carrière cinématographique, une interprétation inoubliable, le meilleur "Jean Valjean" de toute l'hsitoire du cinéma...

 

Le célèbre roman de Victor Hugo a fait l'objet de maintes adaptations à l'éran. Les plus connues sont: en France, celles d'Alberi Capellani (1912, avec Henry Krauss et Mistinguett d'Henri Fescourt (1925, en quatre époques avec Gabriel Gabrio), de Jean-Paul Le Chanois (195& avec Jean Gabin) et de Robert Hossein (1982, avec Iino Ventura); aux États-Unis, celles de Frank Lloyd (1917), de Richard Boleslavski (1935, avec Chris Laugthon dans le rôle de Javert) et de Lewis Milestone (1952);en Italie de Riccardo Freda (L'ÉVADÉ DU BAGNE 1946).

Seuls, semble-t-il, Henri Fescourt et Raymond Bernard ont su retrouver le " souffle " hugolien, Harry Baur, après Gabriel Gabrio, a campé un Jean Valjean inoubliable.
En raison de sa longueur, le film de Raymond Bernard fut présenté en version réduite (deux époques de 90 minutes chacune). Le tournage du film exigea sept mois de travail à Paris et dans le Midi de la France.  A noter la présence de  Charles Dullin en Thénardier.

 

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                                         Les Misérables (1934) de Raymond Bernard 

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Après le retentissement de la sortie en Europe, les dirigeants des compagnies hollywoodiennes commencèrent à s'interesser à la personnalité de Harry Baur, mais celui-ci ne fut pas interessé à quitter Paris. Cette même année, Harry Baur fut la vedette principale de différents films qui n’eurent pas le même succès escompté, « UN HOMME EN OR » du célèbre cinéaste Jean Dréville, tiré d'une pièce de Roger Ferdinand qui avait ecrit l'adaptation. Baur retrouvait Josseline Gael, sa "Cosette des Misérables". Après le tournage, le comédien remonté chaque soir sur la scène, pour créer une nouvelle pièce qui eut lieu au Théâtre des Mathurins, le 15 février 1934.

, puis « LE GRELUCHON DELICAT » de Jean Choux, qu'il avait auparavant joué au théâtre avec les deux mêmes acteurs : Paul Bernard et Julien Carette. Deux films réalisés à la façon du théâtre filmé.

 

                                     UN HOMME EN OR (1934) de Jean Dreville

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Dans « LES NUITS MOSCOVITES » (1934) inspiré d’un roman de Pierre Benoit,Harry Baur incarné un marchand de blé russe, brutal, grossier mais riche..il donna la réplique à Annabella et Pierre-Richard Wilm, il y eu deux versions, l’une réalisée par Alexis Granowski et l’autre, l’année suivante par Anthony Asquith. Baur  n’était pas familier de la langue anglaise. La presse anglaise fit remarquer que ce film était l’un des meilleurs de la saison passée. Le succès du film incita les producteurs de films à n’offrir que  des rôles de russes au comédien. Il  eut bien du mal à s’en défaire par la suite … 

Le film marque en outre la première apparition au cinéma de Tino Rossi (1907-1983) qui joue un chanteur napolitain dans une séquence musicale qui n'excède pas deux minutes. Les films tournés par (ou avec) des Russes exilés en France étaient alors très populaires. Interrogé par Christian Gilles en novembre 1994, Jean Dréville se rappelait en ces termes du cinéaste russe Alexis Granowsky (1890-1937) - réalisateur du fameux "Tarass Boulba" (1935) - qui, « c'est le moins qu'on puisse dire, travaillait d'une manière particulière. Jugez plutôt : alors qu'il convoquait tout le monde pour huit heures du matin, lui n'arrivait que vers midi. Puis il s'attablait avec caviar et vodka, et enfin, vers trois ou quatre heures de l'après-midi, il tentait de tourner un plan ou deux. Ce manège durait ainsi jusqu'à trois heures du matin. De tels abus ont été à l'origine des lois syndicales actuelles. » (in "Le Cinéma des années trente par ceux qui l'ont fait", tome ii, l'Avant-Guerre : 1935-1939, Éd. L'Harmattan, 2000).  

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                                         LES NUITS MOSCOVITES (1934) d'Alexis Granowski

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La General Production lui proposa de tenir le rôle du juge Porphyre dans "CRIME ET CHATIMENT"  (1935) de Pierre Chenal, d’après le roman de Dostoievski. Le face à face avec Pierre Blanchar fut remarquable,.le film fut un grand succès commercial. Cette adaptation française de l'œuvre célèbre de Dostoïevski connut avant guerre un franc succès et imposa le nom de son metteur en scène, Pierre Chenal, dont c'était le troisième long métrage. Le duo formé par Harry Baur et Pierre Blanchar fit merveille (le second obtint pour ce rôle un prix d'interprétation au Festival de Venise), et la reconstitution de l'ancienne Russie en studio ne choqua point. Chenal et ses collaborateurs avaient recherché une certaine stylisation, en s'inspirant des leçons de l'expressionnisme allemand. 

 

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                                            CRIME ET CHATIMENT (1935) de Pierre Chenal

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Harry Baur et Simone Simon ont été les protagonistes du film « LES YEUX NOIRS » (1935) de Victor Tourjansky. Le scénario entraînait une fois de plus, le comédien dans une Russie de la fin de l'époque impériale, en y jouant le rôle d'un veuf malheureux, une autre vedette au générique : Jean-Pierre Aumont avait été engagé après le succès confortable du "Lac aux dames" de Marc Allégret.

Il va promener, pendant plus de dix ans durant, le même visage d'argile, le même caractère ombrageux et matois, la même truculence abrupte, évoquant le boyard ou le paysan caucasien - ce qui lui faisait dire : "Il semble que je sois voué aux rôles russes! "

  

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Harry Baur retrouva la Russie, d'une part sous les brumes de la Tamise pour tourner la version anglaise déjà évoquée des "NUITS MOSCOVITES" . D'abord sous-titré "RASPOUTINE" et "LA FIN DES ROMANOFF", "LA TRAGÉDIE IMPÉRIALE" fait partie des "films russes" d'Harry Baur, avec notamment LES NUITS MOSCOVITES (1934), TARASS BOULBA (1936) et LE PATRIOTE (1938). Pour incarner le personnage historique de Raspoutine, il expliqua qu'il dut hausser sa taille en munissant ses bottes de faux talons et en se faisant maigrir. Il ajouta qu'il avait composé son rôle en s'inspirant de deux ouvrages à son avis les plus documentés : "Raspoutine et les femmes", de Dumur, et "Raspoutine", de Muller (in "L'Intransigeant").

Puis ce fut les steppes hongroises ou Baur retrouve le cinéaste Alexis Granowsky, qui se prépare à réaliser "TARASS-BOULBA" (1936).

Ce film qui est tiré du roman de Nicolas Gogol et adapté à l 'écran par un nouvel académcien français le romancier Pierre Benoît. Danielle Darrieux (dont c’était déjà le dix-huitième rôle) se rappelle le tournage : « Je n’ai rencontré ni Harry Baur ni aucun autre acteur, à l’exception de Jean-Pierre Aumont. Il faut dire qu’on m’a engagée alors que le film était pratiquement terminé. Ne manquaient que les scènes d’amour entre le personnage qui m’était dévolu et celui qu’interprétait Jean-Pierre. Du coup, j’ai eu l’impression d’avoir participé à un sketch ! » (in “Danielle Darrieux”, filmographie commentée par elle-même, Éditions Ramsay, 1995).

Jamais depuis "Les Misérables", Harry Baur n'avait connu un tel succès à l'écran. On pouvait en trouver l'écho dans l'article de J-B Susini publié dans "La Volonté". Il traduisait à l'dentique l'opinion partagée par un public et une critique conquis.

la composition de Baur fut l'une des plus prodigieuses de sa carrière cinématographique. Il avait investi de Boulba un portrait à la fois féroce et poignant dont le trait était encore rehaussé par une magistrale indentification physique au personnage. 

 

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Baur se décida à changer de registre et de laisser de côté sa "carrière slave" et incarne un protecteur éclairé des arts et des sciences dans  "LE GOLEM" (1936) de Julien Duvivier. Cette légende juive d’Europe Centrale datant du XIIIe siècle, qui inspira un roman fameux de Gustav Meyrinck (1915), avait déjà été adaptée par deux fois au cinéma. En faisant du personnage de l’empereur Rodolphe, ami de l’astronome Kepler et protecteur des savants de son époque, un despote dément et sanguinaire, les auteurs insufflèrent une dimension politique et sociale prémonitoire à la révolte du ghetto. 

Tourné dans les studios de Prague dans le courant de l’année 1935, le film, qui se situe, dans la carrière de Duvivier, entre "La Bandera" et "La Belle équipe". 

                      

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                                                    LE GOLEM (1936) de Julien Duvivier

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Mais bien d’autres cinéastes que celui de « GOLGOTHA » (1935) (il n’eut qu’un rôle épisodique) recoururent au grand talent d’Harry Baur. Ils lui confièrent généralement des rôles de composition, le plus souvent dans des « films à costumes » eux-mêmes inspirés de la littérature. L’art du grimage du grand comédien pouvait s’y donner libre cours et par goût du pittoresque, il lui arrivait parfois  (tout comme Raimu) de changer un peu sa composition.

 

 

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Le cinéaste Maurice Touneur tourne « SAMSON » en 1936  avec Harry Baur, Gaby Morlay, André Luguet, Gabrielle Dorziat, André Lefaur et Suzy Prim . Un drame de l’adultère et du pouvoir de l’argent. Gaby Morlay et Harry Baur forment un couple d’interprètes dont les silences sont aussi éloquents que les paroles.

L'auteur dramatique Henry Bernstein fut « la coqueluche du boulevard parisien pendant quarante ans, entre la Belle Époque et la seconde guerre mondiale » (in “Le Nouvel Observateur” du 29 août 1986). Son œuvre décrit les mœurs d’un milieu qu’il connaît très bien pour en être lui-même issu : la haute bourgeoise. L’action de ses pièces se situe dans un monde où l’argent et la sensualité constituent les seules raisons de vivre. « Samson », fut écrite en 1907.

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Paru en 1922, le roman de Claude Farrère avait déjà fait l’objet, la même année, d’un film muet réalisé par Édouard Violet et E. B. Donatien, adapté par l’auteur lui-même et qui avait bénéficié de l’aide du maréchal Lyautey en personne. Pour la présente version du film "LES HOMMES NOUVEAUX" (1936), Marcel L’Herbier tourna une première partie documentaire sur la pacification du Maroc avec un Gabriel Signoret maquillé en maréchal Lyautey que tout le monde s’accorda à reconnaître d’une étonnante ressemblance. Au même comédien échut l’incarnation d’un second rôle, celui de Maurice de Tolly, inspecteur général des Travaux et ministre d’empire. 

Bien ancré dans son époque, le film tentait, selon les propres termes du cinéaste, de glorifier « l’œuvre semi-fraternelle et en tout cas civilisatrice que la France poursuivait sur le sol chérifien » (in “La Tête qui tourne”, 1979). Le paradoxe voulut que ce film « colonialiste » fût dirigé par un ardent militant CGT pour l’unification des professionnels du cinéma au sein du Syndicat des techniciens de la centrale communiste. Mais la véritable raison pour laquelle il l’avait entrepris était qu’il désirait réveiller le patriotisme national jugé par lui apathique face à l’inquiétant développement de la puissance militaire allemande.
On peut apercevoir le jeune Jean Marais, alors à ses débuts, les autres principaux interprètes sont Nathalie Paley et Gabriel Signoret.

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Tiré d'une petite pièce de l'écrivain monarchiste René Benjamin, le scénario de "PARIS" (1936)  était un petit mélodrame réalisé par Jean Choux. Baur incarné avec brio un chauffeur de taxi desespéré de voir sa pauvre enfant délaissé par un jeune homme de la haute société.... Le film ne fut pas un succès, Serve Veber, critique de l'hebdomadaire "Pour Vous" expliqua : "Pourquoi fait-on encore des films comme celui-là?. Qu'espère-t'on ?. Que le titre et le nom prestigieux d'Harry Baur attireront les foules?. Très sincèrement, je ne le crois pas ni ne le souhaite, et je ne pense même pas que ce "Paris" plaira à la province."

Abel Gance lui fournit un rôle admirable dans un chef d’œuvre un peu méconnu « UN GRAND AMOUR DE BEETHOVEN » (1937) ou il donne une vision puissante et inspirée du grand compositeur. La présence de Paul Pauley dans le rôle du confident de Beethoren surprit beaucoup en 1936. Pauley, poids lourd du cinéma français, jouait les rondeurs sur la scène des Variétés 

 

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                                                                PARIS (1936) de Jean Choux

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Jacques de Baroncelli s'interesse à renouveler une experience cinématographique "NITCHEVO" (1936), qu'il avait tourné dans une version muette en 1926, à laquelle il voulait légèrement transformer dans une adaptation bénéficiant des avantages du parlant. C'est ainsi qu'Harry Baur reprit le rôle d'un commandant d'un sous-marin joué dix ans auparavant par Charles Vanel. 

A peine terminé le film de Baroncelli, Harry Baur s'imposa un repos bien mérité en Italie, à son retour à Paris, Julien Duvivier lui proposa d'interpréter un moine dominicain dans le film à sketches "UN CARNET DE BAL" (1937)  qui est parait-il un film amer, triste, désabusé, Il caractérise en fait parfaitement le ton et le style des films de Julien Duvivier de cette époque.

il s’agit du premier  et plus célèbre film à sketches français, Harry Baur fut un moine dominicain, eclipsé par Raimu et Louis Jouvet. Le succès du film fut rettentissant et récompensé par la Coupe « Mussolini » du meilleur film etranger à la Biennale de Venise !.Il constitue aussi par son affiche qui réunit les plus grands comédiens d’avant-guerre.

"UN CARNET DE BAL" constitua enfin, par son affiche qui réunit les comédiens les plus célèbres et les plus talentueux, la plus prestigieuse distribution française d'avant-guerre : Marie Bell, Françoise Rosay, Louis Jouvet, Harry Baur, Raimu, Fernandel, Pierre-Richard Willm, Pierre Blanchar, Robert Lynen, Milly Mathis, Sylvie et Jeanne Fusier-Gir.

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Baur s'embarque pour l'Algérie en 1937 pour y tourner "SARATI LE TERRIBLE" sous la direction d'André Hugon. Le scénario est tiré du roman de Jean Vignaud. Le comédien incarnait une brute sordide, imposant la loi du racket aux dockers d'Alger. Le film n'eut pas le succès escompté, mais permis à Harry Baur d'effectuer une composition magistrale.

 

Baur interpréte un cheik arabe d'Afrique orientale dans "LES SECRETS DE LA MER ROUGE" (1937) tourné par Richard Pottier, cinéaste à qui l'on doit (le chanteur de Mexico). On pouvait croire que la période propice au rôles de russe était révolu, peine perdue, Harry Baur retrouvait son cinéaste des "Yeux noirs", Victor Tourjansky lequel réalisa "NOSTALGIE" (1938).   

 

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« MOLLENARD » (1938) figure parmi les meilleurs films de la période avant guerre et un grand rôle pour le comédien Harry Baur qui fut victime d’une attaque cardiaque sans gravité toutefois. Le jeune acteur Robert Lynen incarnait à nouveau le fils d’ Harry Baur.

 

Tiré du livre du romancier et journaliste belge O.P. Gilbert dont cinq autres romans furent adaptés au cinéma en 1938 et l939, Mollenard fut tourné de septembre à novembre 1937 à Dunkerque où Trauner reconstitua le port de Shanghaï, et à Joinville pour les intérieurs... dunkerquois.

Robert Siodmak eut à faire face à de nombreux problèmes avant de pouvoir tourner. Julien Duvivier s'intéressait également au roman et Siodmak fut contraint d 'investir ses économies pour racheter les droits.

Pendant plus d'un an, il chercha d'éventuels producteurs qui ne se décidèrent qu'une fois qu'Harry Baur eut accepté le rôle (auparavant Raimu l'avait refusé car il ne supportait pas la mer). Enfin le tournage était à peine commencé qu'Harry Baur fut victime d'une attaque cardiaque, sans gravité toutefois.

Siodmak envisageait de tourner en janvier 1938 une version anglaise avec Victor Mc Laglen et Ruth Chatterton mais le projet ne se réalisa jamais.
 

 

 

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Au cours de cette même année, Baur compléta son "cycle russe" avec le film de Maurice Tourneur "LE PATRIOTE " (1938)  il était le temps d'un film le Tsar Paul 1er , les deu autres interprétes du film sont Pierre Renoir, Josette Day, Jacques Varennes et Suzy Prim.

La pièce “Der Patriot”, publiée en 1925, avait fait l’objet d’une première adaptation cinématographique en 1928 aux États-Unis, réalisée par Ernst Lubitsch, "THE PATRIOT", avec Emil Jannings (le tsar) et Lewis Stone (Pahlen). C’était un film muet à l’origine, avec des séquences parlées et postsynchronisées.

 

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Une autre de ses œuvres romanesques a donné lieu à un film célèbre, "LA TRAGÉDIE IMPÉRIALE" (1937) de Marcel L'Herbier, sur la vie et l’influence de Raspoutine sur le règne du tsar Nicolas II, avec, de nouveau, Harry Baur (Raspoutine). Le tsar Paul 1er qui régna de 1796 à 1801, était le fils de Pierre III et de la Grande Catherine II. C’est son fils Alexandre qui lui succéda.

Manquant cruellement de moyens, l’équipe dut réaliser le film – produit par une petite société – dans des conditions matérielles très précaires et, qui plus est, sous une chaleur accablante.
Baroncelli avait néanmoins pris soin de s’entourer de comédiens qu’il appréciait : Harry Baur, qui avait déjà été son interprète dès 1916 pour "LE SUICIDE DE SIR LESTON".

Avec « LA TRAGEDIE IMPERIALE » (1937), Marcel L’Herbier a sollicité l'acteur Harry Baur d'incarner Raspoutine, celui-ci a accepté plus par curiosité que convictions. D'abord sous-titré "RASPOUTINE et LA FIN DES ROMANOFF", "LA TRAGÉDIE IMPÉRIALE" fait partie des "films russes" d'Harry Baur, avec notamment "LES NUITS MOSCOVITES" (1934), "TARASS BOULBA" (1936) et "LE PATRIOTE"  (1938). Pour interpréter le personnage historique de Raspoutine, il expliqua qu'il dut hausser sa taille en munissant ses bottes de faux talons et en se faisant maigrir. Il ajouta qu'il avait composé son rôle en s'inspirant de deux ouvrages à son avis les plus documentés : "Raspoutine et les femmes", de Dumur, et "Raspoutine", de Muller (in "L'Intransigeant").

 

                                LA TRAGEDIE IMPERIALE (1938) de Marcel L'herbier

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Les extérieurs de « L’HOMME DU NIGER »(1939) furent tournés au Soudan entre mars et avril 1939 et ceci dans des conditions difficiles. Le film fut selectionné pour représenter la France au 1er Festival de Cannes en 1939, ajourné pour cause de guerre. 

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                    L'HOMME DU NIGER (1939) de Jacques De Baroncelli

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Baur avait quitté le Soudan pour se rendre à Casablanca ou le cinéaste Jean Dréville l'attendait pour touner "LE PRESIDENT HAUDECOEUR" (1940). Baur avait déjà été dirigé par le réalisateur dans "Un homme en or" (1934), adapté d'une pièce du même auteur dramatique Roger Ferdinand. Le tournage eut lieu également dans les studios de Marcel Pagnol et le film sortit sur les écrans français le 11 avril 1940. À noter que le comédien Cecil Grane alias Cecil Baur était en réalité le fils d'Harry Baur ; on avait déjà pu le voir dans un petit rôle de "NORD-ATLANTIQUE" de Maurice Cloche (1939).

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                                             LE PRESIDENT HAUDECOEUR (1939) de Jean Dreville

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L’entrée en guerre de la France avait pour effet  la suspension de la plupart des tournages de films. Le film , nombre de comédiens ont été mobilisés, mais tous n'étaient pas sous les drapeaux, c'est ainsi que le film" VOLPONE" (1940) finit par aboutir, il fut adapté par Jules Romains, Marcel L'Herbier s'étant montré trop gourmand quant à son salaire, ce fut Maurice Tourneur qui fut engagé afin de mener à bien ce long métrage, tiré d'une pièce qui fut au théâtre un grand succès de Charles Dullin qui tient ici le rôle de Corbaccio. Il sera présenté à Paris le 10 mai 1941. Son réalisateur suit fidèlement le texte et dirige des comédiens qui font du film un véritable panthéon du théâtre français. Il faut saluer le jeu inégalable de Fernand Ledoux, Charles Dullin, Louis Jouvet, Jacqueline Delubac, ou bien de Jean Temerson, tout ces grands comédiens autour d’Harry Baur.

 

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               VOLPONE (1940) de Maurice Tourneur

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A cette période précise, Harry Baur donna sa propre formule de ce qu'est le cinéma: "J'estime que le cinéma est un miroir. Comme tel, il faut que l'acteur abandonne toutes les fictions pour suivre sa nature. Il ne faut pas y rechercher des attitudes. Il est, surtout et avant tout, représentatif. Il réserve une place aussi prépondérante à l'aspect extérieur du personnage qu'à sa vie intérieure. La marche, le vêtement, le physique, sont autant de facteurs aussi importants que le jeu lui même".

Paris est occupé depuis le 14 juin 1940 par l'armée allemande, l'activité cinématographique était au ralentie, les théâtres parisiens  avaient rouvert  leurs portes, et c'est ainsi que le comédien Harry Baur se dirigea vers le Théâtre du Gymnase pour une reprise de "Jazz" sous la direction de Marcel Pagnol. Harry Baur fut l'objet  de violentes critiques qui  furent orientés non pas du côté artistique mais bien contre les origines qu'on lui attribuait. Une campagne de presse orchestrée entre la fin décembre 1940 et le début de janvier 1941 par "Le cri du peuple" de Doriot, "Jeunesse" et "La France au travail" et l'hebdomadaire antisémite "Le pilori" l'accusa formellement d'être à la fois juif et franc-maçon.

Au fur et à mesure que le temps passé, Baur souhaitant se justifier en adressant une attestation de son origine chrétienne au journaliste Alain Laubreau (virulent critique dramatique de "Je suis partout").

Quinze jours auparavant  était sorti « L’ASSASSINAT DU PERE-NOEL » (1941) dont ce fut le premier film produit par La Continentale, firme allemande pendant la période de guerre, le cinéaste Christian-Jaque (François 1er) (Fanfan la tulipe) débuta à Chamonix le tournage du film le 15 février 1941. On découvrit des intentions cachées dans le dialogue de Charles Spaak. Harry Baur avait un rôle en or dans le personnage du père Cornusse, fabriquant de mappemondes….Le film est tiré du roman de Pierre Véry

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En 1941, Maurice Tourneur retrouva une ultime fois le comédien dans  " PECHES DE JEUNESSE" avec Jacques Varennes et Guillaume de Sax, le sujet peut se lire comme une sorte de version masculine du « Voile Bleue » avec Gaby Morlay et Pierre Larquey.

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" Dénoncé comme " juif " et " communiste " (par confusion curieuse avec certaines de ses interprétations), il est arrêté en 1942, , il fut interrogé, torturé dans des conditions mal eclaircies, I emprisonnépar la Gestapo. Il ne fût relaché que pour revenir mourir chez lui, le 8 avril 1943. 

Ses obsèques eurent lieu à St Philippe du Roule en présence du Tout-Paris du cinéma et du théâtre. Ainsi pris fin tragiquement autant que prématurément  la carrière du grandiose interprète de Jean Valjean ou de Beethoven. Il repose à Montmartre, au cimetière Saint-Vincent, ou sa tombe demeure une des plus visitées.

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Le plus grand acteur français du XXème siècle, souvent oublié mais pourtant tant apprécié par de nombreux artistes ( Audiard...) a été assassiné par les allemands qui  ne se sont jamais excusé, de même pour le jeune Robert Lynen "Poil de Carotte" (fusillé par les allemands). 

Pour ceux et celles qui souhaitent le détail de l’arrestation du grand acteur, quelques extraits du livre d’Hervé Le Boterf « Harry Baur » dans la suite de cette évocation

 

- 1931 

LE CAP PERDU (Ewald André Dupont)
DAVID GOLDER (Julien Duvivier)


LE JUIF POLONAIS (Jean Kemm).
- 1932
CRIMINEL (Jack Forrester)
LES CINQ GENTLEMEN MAUDITS (Julien Duvivier)

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POIL DE CAROTTE (Julien Duvivier)

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LA TETE D'UN HOMME (Julien Duvivier).
- 1933
CETTE VIEILLE CANAILLE (Anatole Litvak)
LES TROIS MOUSQUETAIRES (Henri Diamant-Berger).
- 1934
LES MISERABLES (Raymond Bernard)
ROTHSCHILD (Marco de Gastyne)
UN HOMME EN OR (Jean Dréville)
LE GRELUCHON DELICAT (Jean Choux)
LES NUITS MOSCOVITES (Alexis Granowski).
- 1935
MOSCOW NIGHTS, version anglaise des NUITS MOSCOVITES (Anthony Asquith)
CRIME ET CHATIMENT (Pierre Chenal)
GOLGOTHA (Julien Duvivier)
LES YEUX NOIRS (Victor Tourjansky).
- 1936
TARASS BOULBA (A. Granowski)
LE GOLEM (Julien Duvivier)
SAMSON (Maurice Tourneur)
PARIS (Jean Choux).
- 1937
LES HOMMES NOUVEAUX (Marcel L'Herbier)

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UN GRAND AMOUR DE BEETHOVEN (Abel Gance)

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NITCHEVO (Jacques de Baroncelli)
NOSTALGIE (Victor Tourjansky)
UN CARNET DE BAL (Julien Duvivier)
LES SECRETS DE LA MER ROUGE (Richard Pottier).
- 1938
SARATI LE TERRIBLE (André Hugon)
MOLLENARD (Robert Siodmak)
LA TRAGÉDIE IMPÉRIALE (Marcel L'Herbier)
LE PATRIOTE (Maurice Tourneur).
- 1939
L'HOMME DU NIGER (Jean de Baroncelli)
LE PRÉSIDENT HAUDECŒUR (Jean Dréville)
VOLPONE (Maurice Tourneur).

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- 1941
L'ASSASSINAT DU PÈRE NOEL (Christian-Jaque)

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PÉCHÉS DE JEUNESSE (Maurice Tourneur).
- 1943
En Allemagne : SYMPHONIE D'UNE VIE (Hans Bertram).

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