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CINETOM
26 août 2026

LÉON GAUMONT ET LA MARGUERITE

LÉON GAUMONT          1864 - 1946

Industriel et Inventeur Français

Léon Gaumont rachète en 1895 le Comptoir Général de Photographie et fonde la société qui porte son nom. Un an plus tard, Alice Guy sa jeune, cultivée et dynamique secrétaire le convainc de produire des films pour mieux vendre ses appareils de projection. Vingt ans plus tard, à la veille de la Première Guerre mondiale qui va plonger le XXe siècle dans l'horreur de la mort "en série", la société Gaumont est présente sur tous les continents tant par ses actualités, ses films que ses matériels de photos ou de cinéma.

Les pionniers ont tout compris, tout inventé. Le projecteur - on ne parle pas encore de caméra - permet de restituer la vie à travers les actualités, comme l'illusion de la vie grâce au film de fiction qui fait rêver ou pleurer le plus large public touché par des forains qui se déplacent. Très vite, le cinéma trouvera ses murs avec ce qui sera pendant soixante ans le temps du cinéma mondial, le Gaumont-Palace inauguré en 1911. Dans ces lieux, pour ces lieux, le film s'allongera, pour devenir le long métrage, cherchera et trouvera à se coloriser, à se sonoriser. Deux des plus grandes inventions de Léon Gaumont sont la trichromie, ancêtre du Technicolor et le chrono phone qui synchronisait l'image et le son. Parallèlement, Emile Cohl invente le film d'animation précurseur de tous les "dessins animés modernes". Léon Gaumont est né le 10 mai 1864 à Paris et décède le 9 août 1946 à Sainte-Maxime à l'âge de 82 ans.

 

Nicolas Seydoux - 1er septembre 2009

Misant sur l'avenir du cinématographe, Léon Gaumont allait en quelques années à peine, se retrouver à la tête d'un véritable empire industriel, en même temps que Charles Pathé. Le cinéma fut très vite une industrie. Il est même étonnant de constater combien peu de temps après la présentation de l'invention semi artisanale des frères Lumière, dont personne au départ, ne soupçonnait les développements qui l'attendaient, l'industrie cinématographique était constituée sur des bases solides, dont certaines durent encore.

 

En France, cette opération quasi immédiate fut essentiellement l'œuvre de deux hommes, qui n'avaient guère de points communs entre eux, Léon Gaumont et Charles Pathé. Après bien des avatars, la firme qui possède le symbole de la Marguerite existe toujours et continue de porter le nom et d'arborer le fameux emblème de la marguerite de Gaumont, sur l'ensemble du territoire national, et même au-delà. Et si l'art cinématographique à proprement parler, ne lui doit pas grand chose (contrairement à un Méliès), on doit lui reconnaître le mérite d'avoir assuré les conditions de son expansion, et d'avoir su, souvent, choisir avec discernement les hommes capables de lui donner naissance et vie, faisant la preuve de sa confiance dans les destinées de l'art nouveau.

 

"Son nom est un de ceux, parmi mes concurrents, dont j'aime le mieux à me souvenir. Il tenait d'ailleurs la seconde place dans l'industrie cinématographique de France, je pourrais dire du monde, jusqu'en 1912." C'est en ces termes que Charles Pathé, dans ses souvenirs, parle de Léon Gaumont, et, pour cet homme peu expansif, il s'agit d'un bel éloge. Les deux rivaux de la première heure étaient très différents. D'origine plus bourgeoise que Pathé, Gaumont avait fait un riche mariage, et grâce à la dotation de sa femme, ses premières entreprises furent grandement facilitées. Ses débuts se firent au Comptoir générale de photographie, fondé en 1885 par un certain Richard, à qui Gaumont racheta sa société en 1895. La maison avait une clientèle huppée, dont Alice Guy (voir son évocation sur Cinetom.fr) dans son "Autobiographie" a dressé un savoureux tableau, et Gaumont s'y fit de nombreuses et utiles relations mondaines et d'affaires.

Dès le début, il s'intéressa au cinéma, et en 1895, il lançait le Bio scope Demenÿ, puis en 1896, le Chronophotographe de l'ingénieur Decaux et Demenÿ. En 1900 il présentait à l'Exposition universelle son fameux "Chrono" de poche, construit sur les brevets de Demenÿ, et pouvait assurer la prise de vues, le tirage des positifs et la projection. Toujours intéressé par les problèmes techniques, il s'attacha très tôt à ceux du cinéma sonore et se consacra à la mise au point du Chrono phone. Dès 1900, il présentait des portraits parlants, par le jumelage d'un projecteur avec un phonographe à cylindres. Il perfectionna son système, avec l'aide de Decaux et en utilisant des brevets d'Auguste Baron sur la synchronisation électrique. Il en résulta le Chrono phone, présenté à l'Académie des sciences en décembre 1910, et aussitôt mis en service au Gaumont Palace, où il fonctionna plusieurs années. Enfin Gaumont s'intéressa également à la couleurs dès 1912, avec des résultats satisfaisants pour l'époque. 

 

Parallèlement, un département de production de films était crée et fonctionnait bientôt activement sous la direction d'Alice Guy qui avait donné l'impulsion dès 1896 ou 1897. Les films étaient tournés dans le studio de la rue des Alouettes, à Belleville, au début petit local de 15 000 m2. Comme Pathé, Gaumont avait su, au bon moment, effectuer le passage à la dimension industrielle. Devenue en 1906 Société anonyme des Etablissements Gaumont, la Société Léon Gaumont connut, grâce à un important apport de capitaux fournis par un groupe financier, lié à l'industrie électrique, une expansion rapide à partir de 1907 et put, malgré une puissance commerciale très inférieure, rivaliser vraiment avec Pathé. Comme lui, la nouvelle société eut des succursales à l'étranger (Angleterre, Russie, Etats-Unis) Et comme Pathé, elle eut également ses propres salles, dont la plus prestigieuse fut l'illustre Gaumont Palace, cathédrale de 5 000 places édifiée en 1910 sur l'emplacement de l'ancien hippodrome. C'est là que fut inauguré le système de projection sans interruption, grâce à l'aide de deux appareils de projection se déclenchant automatiquement l'un après l'autre. A son tour, Gaumont avait atteint la dimension et conquis les moyens d'une société intégrée aux ressources puissantes.

La qualité de la production en bénéficia aussitôt. Coïncidant avec le départ d'Alice Guy pour les Etats-Unis, cette production se diversifia, s'étoffa et prit la tête de l'évolution générale en cours. Jasset ne resta pas assez longtemps pour lui imprimer sa marque : mais il y eut les fameuses courses poursuites de Roméo Bosetti, tournées et jouées par lui-même (série des Roméo); en 1907, il y eut surtout la production de Louis Feuillade, d'abord scénariste, puis réalisateur à partir de 1908, avant de devenir directeur artistique de toute la production Gaumont.

 

Si Bosetti exploite le comique sans complexes ("Un médecin en auto passe sur un ivrogne étendu sur la chaussée et lui coupe les deux jambes. La victime les ramasse, les tend au docteur descendu de voiture qui les lui recolle aussitôt et l'homme, guéri, part en courant." C'est "Un accident d'automobile", résumé par Jean Mitry), Feuillade, impressionné par le "Film d'Art", entreprend une "série d'art", et veut élever le niveau du cinéma par l'influence de la peinture. Mais l'esprit d'économie célèbre de Gaumont entrava ces ambitions, et, contraint par l'allongement de la durée des films de changer de genre, Feuillade se rabattit sur le feuilleton, et ce fut "Fantômas" (1913), ancêtre d'une glorieuse série.

Toujours grâce à Feuillade, Gaumont fit construire un studio à Nice, (et puis l'ensoleillement exceptionnel permettait d'économiser l'électricité...), qui fut inauguré en 1913. Jean Durand y filma nombre de ses plus fameux burlesques (série Onésime) et ses séries de westerns remarquables dignes de ceux des Américains. Vers la même époque, Gaumont et Feuillade débauchent ou recrutent plusieurs réalisateurs de qualité, comme Léonce Perret, Henri Fescourt, Georges Lacroix, Gaston Ravel, etc. De la même façon ils constituèrent une troupe homogène d'interprètes sous contrat à l'année, d'où sortirent nombre des premières vedettes du cinéma français, comme Renée Carl, René Navarre, Yvette Andreyor, Renée Cresté, Musidora, Suzanne Grandais, Berthe Dagmar, Gaston Modot et Joë Hammn. De ces efforts, il résulta véritablement ce que Jean Mitry appelle avec raison "un style Gaumont... caractérisé à l'époque par le soin apporté à la mise en images d'une certaine réalité...bien plutôt qu'à la mise en scène d'une donnée théâtrale vidée de sa substance". Ainsi, à la veille de la guerre de 1914, la firme qui avait imposé son emblème, la fameuse  marguerite, s'était-elle taillé une place privilégiée au sein du cinéma français.

 

Derrière le "coq" et la "marguerite", plusieurs concurrents commençaient à apparaître, mais aucun n'était de taille à les menacer. Un seul parut sur le point, un moment, d'y parvenir, ce fut la société Eclair. Formée en 1907, à partir du rachat d'une petite société en déconfiture, par un ingénieur, Charles Jourjon, secondé par Marcel Vandal, la nouvelle firme s'installa à Epinay où elle fit édifier un beau studio. L'ancien assistant d'Alice Guy, Victorin Jasset, brouillé avec Gaumont, fut engagé et se vit confier la production. Son talent certain lui valut immédiatement de grands succès "Les Aventures de Nick Carter" (1908), "Zigomar" (1910), "Protéa" (1913). En 1911, Jourjon, grâce à l'appui d'Eastman, parvint à s'implanter aux Etats-Unis et fit construire un laboratoire et un studio à Fort Lee (New Jersey), où s'installaient au même moment Alice Guy et son mari Herbert Blaché. Une filiale américaine l'Eclair Film Company fut créée pour produire des films sur place, sous la direction d'Etienne Amand, et prendre en charge ceux d'Alice Guy. Malheureusement la Grande Guerre vint mettre un terme à cette tentative prometteuse, et les studios de Fort Lee furent rachetés en 1914 par un producteur américain. A Paris, hormis Jasset, Eclair employait également Emile Chautard, Maurice Tourneur et Charles Krauss, ainsi qu'une troupe de comédiens permanents, à l'imitation de Gaumont (Liabel, créateur de Nick Carter, Josette Andriot, sœur de l'opérateur Lucien Andriot, Camille Bardou, Keppens, Renée Sylvaire, etc.).

 

L'Eclipse joua un rôle non négligeable. Issue de la transformation (en 1906) de la filiale française de l'Urban Trading Co, en société autonome, elle se développa surtout à partir de 1908, entreprit la construction des studios de Boulogne et produit la série "Arizona Bill" avec Joël Hermann. Parmi les autres sociétés françaises contemporaines, outre le Film d'Art, il faut signaler encore la S.C.A.G.L. (direction artistique de Pierre Decourcelle, filiale de Pathé destinée a adapter les livres des auteurs de la Société des gens de lettres (L'Arlésienne, L'Homme aux gants blancs, Sémiramis, La Savelli, etc,1908-1909), l'A.C.A.D. (Association cinématographique des auteurs dramatiques), réplique de la précédente pour les pièces de théâtre "Don César de Bazan" (1909), la Lux Film, absorbée par Pathé en 1911, sans parler d'une foule de petites sociétés éphémères qui jouèrent les comparses. Aucune de ces compagnies françaises ne fut jamais en mesure d'inquiéter les empires Gaumont ou Pathé, dont la suprématie nationale et internationale demeura incontestée jusqu'à la guerre de 1914.  

 

Le Musée Gaumont

En 1989, Nicolas Seydoux, soucieux de rassembler documents, correspondances, objets ou matériels ayant accompagné la production et la sortie des films du catalogue Gaumont depuis sa création, prenait l'initiative d'ouvrir un lieu dédié à son histoire. La richesse intellectuelle d'une entreprise comme Gaumont, destinée à diffuser largement du divertissement, des connaissances et des informations, commence par sa capacité à savoir rendre hommage à ceux qui ont fait son succès : des hommes et des femmes exceptionnels, des pionniers, qui au fil des décennies, se sont attachés à répondre aux attentes du public. C'est en recherchant un jour l'affiche -introuvable" du film emblématique "Cousin, Cousine", que les équipes ont réalisé l'urgence et l'importance de préserver ce patrimoine. Depuis lors, tout ce qui a trait à l'histoire de la société a été méticuleusement retrouvé, acheté, restauré et conservé dans des locaux aménagés au siège de l'entreprise. Au fil des ans, cette documentation de référence est devenue une source d'information précieuse et singulière pour les universitaires, les chercheurs et les professionnels de l'image. Aujourd'hui, plus de 8 000 affiches, 200 000 photographies de films, du cinéma muet à nos jours, de recueils et dossiers de presse, du matériel publicitaire, des scénarios, près de 200 appareils photographiques et cinématographiques, des dessins, plans de salle, décors, costumes et correspondances constituent le fond d'archives du musée Gaumont, qui fêtera en 2029, son trentième anniversaire.

 

Gaumont, dès ses débuts, a filmé tous les évènements de l'actualité. En 1908, la compagnie crée son service d'actualités, puis lance en 1910 son journal cinématographique hebdomadaire, Gaumont Actualités. C'est un véritable réseau mondial d'informations qui fonctionne alors jour et nuit pour permettre la production de films projetés dans les salles en clôture, puis en début de séance. En 1927, Marcel Petiot est nommé rédacteur en chef du nouveau journal Pathé-Gaumont-Métro-Actualités qui devient en 1932 France-Actualités-Gaumont, sous la direction de Germaine Dulac. Mêlant politique, vie mondaine, culturelle, sportive, hexagonale ou internationale, les actualités sont un rendez-vous attendu : quelques minutes à la magie toujours renouvelée, qui forgent les opinions et nourrissent l'imaginaire des contemporains. Chronique illustrée des grands et petits évènements qui ont tissé la mémoire du siècle, leur projection en salle a été stoppée en 1972 et les bobines archivées, font le bonheur des historiens.    

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