SATURNIN FABRE, TIENS TA BOUGIE DROITE...
SATURNIN FABRE 1884 -1961
Acteur Français
/image%2F1371232%2F20261013%2Fob_7d54dc_aa01sf010.jpg)
Connu pour sa forte personnalité, il est l'un des plus singuliers seconds rôles du cinéma français avec Julien Carette, Noel Roquevert ou Jean Tissier. La folie agite ses grelots au-dessus de la tête de Saturnin, mais loin d'être envoûté par leur carillon, c'est monsieur Fabre qui capture l'écervelée et la soumet à ses lois. Quoi de plus concerté que le jeu de cet artiste : impavide, taillé dans la pierre et tout à coup illuminé par une farouche gaieté - de plus médité que sa célèbre manière de découper les phrases du dialogue. "Le ton magistralement faux qui devait faire sa fortune de comique : une manière à lui d'entamer la phrase en basse profonde, en traînant sur les mots, puis d'osciller de la voix en sinusoïde, de marquer des césures parfaitement inattendues et soigneusement illogiques (il suffit d'ignorer la ponctuation, mettant une virgule là où il y a un point, et vice versa) et, finalement, de déraper à toute vitesse sur l'aigu. L'effet est foudroyant, définitif, patenté. C'est la marque de fabrique Saturnin". Saturnin Fabre est né le 4 avril 1884 à Sens dans l'Yonne. Sa famille paternelle était originaire du midi de la France.
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_d1617f_aa01sf059.jpg)
A-t-il trouvé son inimitable accent, en jouant, en 1910, à l'Odéon, un pâtre sicilien dans une pièce oubliée ? L'a-t-il mis au point en chantant avec une grandiose cocasserie le rôle du roi dans "Rêve de Valse", opérette d'Oscar Straus qu'il crée en 1912 ? Au contact des acteurs de la troupe fameuse des Variétés, a-t 'il soigneusement analysé leurs tics et leur fantaisie pour en extraire le suc et possédait il avant 1914 ce creux de voix qui déclenche, à certains moments, des roulements de tonnerre dans d'anodines répliques ? Le cinéma ne parlait pas alors, sinon pour des essais sans lendemain, auxquels participa en 1912 sous la férule de Léon Gaumont. Il fréquente pourtant les studios du temps, et, pour se distraire du commerce des classiques et des représentations odéoniennes du Vrai Mystère de la Passion, il se pavane derrière Rigadin dans les courtes bandes de Georges Monca - ou affronte Nick Pinkerton dans celles de Pierre Bressol.
Cette allure souveraine accentue par contraste le farfelu de sa diction et, chose admirable, il use et abuse de cette "douche écossaise" sans jamais fatiguer. Que, par la suite, la décapante originalité de ses créations l'ait proprement dévoré et que, sur un air de clarinette, son instrument de prédilection, il se soit établi, pour son usage personnel, un nouvel art de vivre, pourquoi pas ? Le réveille-matin qui règle ses heures de présence au studio, sa résidence à Deuil qui lui permet des remarques faciles et féroces, le cérémonial soupçonneux à quoi doivent se soumettre les visiteurs participent à la légende qu'il raconte si bien. Saturnin Fabre dérobe quelques fusées à l'arsenal de ses rôles pour tirer des feux d'artifice dans la vie quotidienne. Auréolé de chandelles romaines -tiens ta bougie droite !"; il se frotte fiévreusement les mains et, sardonique, éclate de rire.
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_2ffc1e_aa01sf056.jpg)
Le théâtre l'emploie beaucoup, au bénéfice de pièces qui valent par leur interprétation. Saturnin s'accommode de la médiocrité, mais exige alors de se camoufler sous des patronymes méprisants, devient Jean Naimard ou Sam Court. Il traverse aussi la Revue Nègre, joue du Raymond Roussel, donne une première esquisse de son rôle de père complaisant dans l'opérette "Les Petites Cardinal". Il reprendra à l'écran quelques années plus tard le portrait de monsieur Cardinal qui, avec le maximum de dignité, tend la main et ferme les yeux "Les Petites Cardinal" (1950) de Gilles Grangier. "La Fleur des pois", comédie satirique d'Edouard Bourdet, où il met sa gravité, sa condescendance, sa démesure et toutes les variations de son art au service du duc d'Anche -homosexuel huppé et blasonné, arbitre des modes et tyran du Tout-Paris, le place au premier rang. Colette l'observe derrière sa jumelle noire : "Aucun (comique) ne dispose de la cocasserie à la fois disciplinée et imprévue qui resplendit en Saturnin Fabre. Un air de suspicion, un farouche regard abrité sous le sourcil, le mépris du rire -sauf un éclat bref et gros -,le ton et le geste comminatoires...Mais quand j'aurai discerné et énuméré de tels moyens de nous jeter dans le fou rire, je ne serai pas au bout de ma tâche et je ne saurai définir ce qui ne se définit pas et qui dépend d'un mystère foncier, comme le saut périlleux du chat, l'éclat de gaieté de l'écureuil et la gravité du fou !." A-t-il laissé éclater sa bouffonnerie farouche dans le cabinet du ministre, je suis acteur de l'Odéon... et j'ai faim." Sur quoi il pâme et s'étale de tout son long. L'émotion est telle qu'il obtient aussitôt l'augmentation sollicitée vainement jusqu'alors.
Ce dernier mot va nous ouvrir la porte du cinéma, art qui s'est trop souvent complu aux simplifications excessives et aux généralisations hâtives. Classer, une fois pour toutes, l'artiste parmi les échappés du cabanon est une erreur, les rôles de cinglés à l'état pur ne sont pas ceux qui lui réussissent le mieux. Il semble en deçà de ses possibilités quand il embouche le cor de chasse de M. Letondu dans "Messieurs les ronds-de-cuir" (1936) d'Yves Mirande et René Guissart. Le psychiatre piqué de "Vous n'avez rien à déclarer" (1936) de Léo Joannon ou le timbré qui déambule gentiment dans les allées de la Résistance "Un Ami viendra ce soir" (1945) de Raymond Bernard, de la même manière pèchent par excès de facilité. En revanche, monsieur Bring, qui règne sur sa marmaille et retrousse le bas de son pantalon pour tremper ses orteils dans la vague, dissimule à coup sûr sous son canotier l'araignée de la folie ordinaire "Train de plaisir" (1935) de Léo Joannon. Sans parler de quelques apparitions qui troublent tout à coup le déroulement mathématique du vaudeville : le père de la famille nombreuse - encore - qui erre à la poursuite de ses filles dans les couloirs de "L'Hôtel du Libre-Echange" (1934) de Marc Allégret, ou le sinistre monsieur Burnous, inspecteur des casernes, dont la seule vue suffirait à terrifier une ville de garnison dans "Les Dégourdis de la Onzième" (1937) de Christian-Jaque avec Fernandel. Il doit en être de même pour M. Brassard du "Fils improvisé", pour M. Puma du "Père prématuré" (1932-1933) de René Guissart et pour ses interventions dans "Les Deux Canards" (1933) d'Eric Schmidt ou "Une Poule sur un mur" (1936) de Maurice Gleize. Tous films qu'on ne voit guère.
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_2e5e38_aa01sf012.jpg)
A-t-on assez remarqué la mobilité de sa physionomie qui, épousant les modulations de sa voix, passe en un éclair, du clin d'œil égrillard au courroux véhément de la larme de crocodile au regard offensé, de la bonhomie à la sournoiserie. Aussi bien chez les financiers qu'il affectionne et qu'il joue la main plaquée sur le portefeuille pour qu'il ne s'envole pas comme dans "Tricoche et Cacolet" (1938) de Pierre Colombier; "Cavalcade d'amour" (1939) de Raymond Bernard, "Belle étoile" (1938) de Jacques de Baroncelli, "Le Club des soupirants" (1941) de Maurice Gleize que chez les mufles à la façon de M. Corniche "Désiré" (1937) de Sacha Guitry, qui tonitruant, s'installe, bouffe le repas, claironne des avanies et ne se gênerait pas pour mettre les pieds sur la table. Sans omettre les soupirants mal-aimés que l'aérophagie éprouve "Ignace" (1937) de Pierre Colombier, que leurs bottines affligent "Monsieur Brotonneau" (1939) d'Alexandre Esway, mais qui peuvent, grâce à leur débilité jubilante, devenir en un tour de main heureux propriétaires d'une maison accueillante où tout n'est qu'illusions "Ils étaient neuf célibataires" (1939) de Sacha Guitry. Sans oublier le marquis de La Tour Mirande qui virevolte autour de Miquette comme un vieux papillon et multiplie les apartés confidentiels "Miquette et sa mère" (1949) de Henri-Georges Clouzot. Sans passer sous silence les vieilles crapules tout à fait délectables qu'on rencontre dans "Pépé le Moko" (1936) de Julien Duviver, "Battement de cœur" (1939) d'Henri Decoin, "La Nuit fantastique" (1942) de Marcel L'Herbier et "Les Portes de la nuit" (1946) de Marcel Carné.
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_98acc9_aa01sf052.jpg)
Sur quelle image quitter l'auteur de l'ébouriffante biographie qu'il signe Ninrutas Erbaf et dont il faudrait citer chaque page et reproduire chaque caricature : l'oncle Parpaing de "Marie Martine" (1943) d'Albert Valentin, expert en l'art de tenir une bougie ? Le député de "Clochemerle" (1947) de Pierre Chenal qui inaugure péniblement l'urinoir municipal ? Le général capturé dans les Filets de "La Dame de chez Maxim's" (1950) de Marcel Aboulker, le bourreau du film "Escalier de service" (1954) de Carlo Rim ? Le condamné à mort de "La Veuve et l'Innocent" (1948) d'André Cerf ? Le génie, prisonnier d'un vase antique "Si jeunesse savait" (1947) d'André Cerf. Pourquoi ne le verrions-nous pas s'éloigner au clapotis des vagues, sur la pirogue du "Récif de corail" (1938) de Maurice Gleize. Paré d'un collier de fleurs, le rire large et le geste avenant, il découvre les deux aspects de son immense talent : vieux fou qui, réellement, est un vieux sage et qui regagne, aux sons du ukulélé, son petit paradis pour y couler le reste de ses jours. Saturnin Fabre est l'auteur d'un livre de souvenirs (Inénarrable) : "Douche écossaise", publié en 1948. Il a également écrit un grand nombre de saynètes, chansons, menuets etc. Il est mort le 24 octobre 1961 à Montgeron, il avait 77 ans et près de 80 films à son actif.
*Affiches-ciné * Cinéma français * Cinetom
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_4f7e94_aa01sf067.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_3a0544_aa01sf1.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_518ec7_aa01sf2.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_020901_aa01sf3.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_9a0f01_aa01sf055.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_5338dd_aa01sf5.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_7f37f0_aa01sf069.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_228afa_aa01sf6.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_99e1f9_aa01sf7.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_5ac4da_aa01sf8.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_b29831_aa01sf9.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_673dbf_aa01sf02.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_7be5e7_aa01sf070.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_050e16_aa01sf09.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_a863aa_aa01sf10.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_e3db9a_aa01sf058.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_ff7a87_aa01sf011.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_1b308d_aa01sf04.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_683490_aa01sf053.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_785aa7_aa01sf051.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_75bb17_aa01sf18.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_d4f8be_aa01sf07.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_12edc7_aa01sf071.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_c3dbe7_aa01sf21.jpg)
/image%2F1371232%2F20261015%2Fob_99a605_aa01sf28.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_e5e2ee_aa01sf23.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_017242_aa01sf26.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_886375_aa01sf25.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_14e44d_aa01sf057.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_c7baf0_aa01sf29.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_5e2ff0_aa01sf22.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_693d15_aa01sf30.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_ffd7cc_aa01sf060.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_cfa4fa_aa01sf32.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_aea87b_aa01sf34.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_f1ffee_aa01sf33.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_c1ab03_aa01sf059.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_750dd2_aa01sf37.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_037458_aa01sf40.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_bada75_aa01sf39.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_c5c0c1_aa01sf063.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_c6ce65_aa01sf054.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_be9ff6_aa01sf41.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_3ddafb_aa01sf46.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_fb278d_aa01sf056.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_cd36e6_aa01sf072.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_381c07_aa01sf44.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_f757bf_aa01sf47.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_e835af_aa01sf015.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_c2d652_aa01sf012.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_f1fc7d_aa01sf050.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_8c7c90_aa01sf50.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_b1a5fc_aa01sf064.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_4f8d4b_aa01sf065.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_dcae01_aa01sf52.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_ec67fc_aa01sf01.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_c88e15_aa01sf013.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_7302cc_aa01sf56.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_188dde_aa01sf066.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_c24d00_aa01sf06.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_0338d3_aa01sf062.jpg)
/image%2F1371232%2F20261016%2Fob_fd04cc_aa01sf61.jpg)