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11 octobre 2026

JEAN BOUISE, UN COMÉDIEN D'EXCELLENCE AU GRAND COEUR

JEAN BOUISE       1929 - 1989

Comédien Français

Jean Bouise était un acteur de composition remarquable, il possédait cette qualité rare de rendre un personnage immédiatement crédible, parfois en quelques scènes seulement. Son visage, son regard, sa voix et son jeu tout en retenue lui permettaient de donner une véritable épaisseur humaine aux personnages qu'il incarnait.Il est des acteurs dont le nom ne figure pas toujours en haut de l'affiche, mais dont la présence à l'écran demeure longtemps gravée dans la mémoire des cinéphiles. Jean Bouise était de ceux-là. Comédien d'une grande justesse, homme de théâtre devenu une figure incontournable du cinéma français, il a traversé près de trois décennies de cinéma en imposant un style personnel, fait de retenue, de finesse et d'une remarquable vérité humaine.

 

Né au Havre le 3 juin 1929, il est diplômé de l'Ecole supérieure de chimie de Rouen. Jean Bouise découvre sa vocation artistique par le théâtre, après avoir effectué un stage. Sa rencontre avec Roger Planchon lui permet de participer étroitement à la naissance du Théâtre de la Comédie. Son engagement dans l'aventure théâtrale lyonnaise contribue à forger un comédien exigeant, attaché au travail collectif et à la précision de l'interprétation. Cette solide expérience de la scène nourrira par la suite son jeu cinématographique. De "Rocambole" à "Gilles de Rais", des "Trois Mousquetaires" au "Cochon noir", il a zigzagué en compagnie de Shakespeare, de Molière, de Adamov et de Brecht dont il incarna d'inoubliable manière le brave soldat Schweik.

 

Au début des années 1960, le cinéma lui ouvre ses portes. Il apparaît notamment dans "L'Autre Cristobal" (1962) d'Armand Gatti, puis dans "Soy Cuba" (1964) de Mikhaïl Kalatozov et "Tintin et les Oranges bleues" (1964) où il incarne le capitaine Haddock. Mais c'est progressivement, au fil des rencontres et des tournages, que Jean Bouise trouve sa place singulière dans le paysage cinématographique français. Le cinéma le happe alors avec le décorateur-maison René Allio, un auteur maison Armand Gatti, et Jean Bouise, nature généreuse, plaisante dans la bouffonnerie, sachant que le comique peut facilement glisser vers le drame, se voit proposer par les meilleurs réalisateurs des personnages sérieux, sensibles, parfois un peu gourmés, des magistrats, des ecclésiastiques, généralement en prise directe avec les problèmes de notre temps. Son parcours le conduit auprès de cinéastes aussi différents que René Allio pour "La Vieille dame indigne" (1965) avec Sylvie, Alain Resnais pour "La Guerre est finie" (1966) avec Yves Montand, Costa-Gavras pour "Z" (1969) et "L'Aveu" (1970) tous deux avec Yves Montand, Claude Sautet pour "Les Choses de la vie" (1970) avec Michel Piccoli et Romy Schneider. Mais aussi en incarnant le juge des mineurs dans "Mourir d'aimer" (1970) d'André Cayatte, le rédacteur en chef dans "Rendez-vous à Bray" d'André Delvaux.

 

Le public français mais aussi les cinéphiles l'ont appréciés ou remarqués dans des films bien différents les uns des autres, de "Dupont Lajoie" (1975) où Jean Bouise incarne magistralement l'inspecteur de police qui enquête sur le meurtre d'une jeune fille jouait par Isabelle Huppert, sur fond de racisme ou avec Patrick Dewaere, il est le procureur général dans "Le Juge Fayard dit le Shériff" (1977), tous deux réalisés par Yves Boisset. Il arrive à parvenir sans effort à l'émotion même à travers des personnages ayant valeur de symbole, ainsi l'énigmatique vendeur juif qui personnifie le destin de "Monsieur Klein" (1976) de Joseph Losey, il démontre sa capacité à s'intégrer à des univers exigeants, sans jamais sacrifier la personnalité de ses personnages. Jean Bouise possède en effet un don précieux : celui de donner une existence entière à des figures parfois secondaires dans le récit. Un regard, une intonation, une attitude suffisent à suggérer un passé, une conviction, une faiblesse ou une inquiétude. Il ne cherche pas à attirer artificiellement l'attention. Il laisse vivre son personnage, avec une économie de moyens qui témoigne d'une profonde maîtrise de son art. Dans "Le Vieux Fusil" (1975) de Robert Enrico, il révèle une humanité bouleversante, surtout au moment où le drame familial de Philippe Noiret s'étale dans la voiture qui le ramène à Montauban. Avec Alain Delon, il est un partenaire d'excellence dans "Mort d'un pourri" (1977) de Georges Lautner, en jouant avec sincérité le rôle du commissaire Pernais.

 

Figure chaleureuse et sympathique du cinéma français et de la télévision, Jean Bouise s'acharne à choisir ses films, ses réalisateurs et à fuir, autant que faire se peut, les poncifs et les stéréotypes. Il a ainsi participé de nombreuses fois à plusieurs premiers films de jeunes réalisateurs, tels que "Anthracite" (1980) d'Edouard Niermans aux côtés de Bruno Cremer, ou "Le Dernier Combat" (1983) de Luc Besson. D'ailleurs les années 80 lui offrent une nouvelle visibilité grâce à Luc Besson, car après "Le Dernier Combat" il enchaîne avec "Subway" (1985), puis au "Le Grand Bleu" (1988) , où il incarne l'oncle Louis, Jean Bouise accompagne les premiers grands succès du réalisateur avec cette présence familière et rassurante qui n'appartient qu'à lui. Même dans un univers cinématographique plus spectaculaire, il conserve cette simplicité qui rend ses personnages profondément crédibles. De même avec "Coup de tête" (1979) Jean-Jacques Annaud lui permet de composer un notable provincial dont la raideur et les petites lâchetés participent à la satire sociale du film. Cette interprétation lui vaut le César du meilleur acteur dans un second rôle en 1980, après deux nominations précédentes. Sa carrière s'achève prématurément en 1989. Jean Bouise meurt le 6 juillet 1989 à Lyon, à l'âge de soixante ans, avant la sortie de "Nikita" (1990), son dernier film, auquel Luc Besson rendra hommage en le lui dédiant.

 

Aujourd'hui encore, revoir Jean Bouise à l'écran, c'est retrouver un acteur qui n'avait nul besoin d'en faire trop pour exister. Il appartenait à cette famille de grands comédiens pour lesquels le second rôle n'est jamais un rôle secondaire. Par la précision de son jeu, sa discrétion et son humanité, il a contribué à donner au cinéma français quelques-uns de ses moments les plus justes. Il aura accepté, parfois de jouer sans être rémunéré afin que la jeune génération de cinéastes puissent affirmer leurs talents. Jean Bouise n'était peut-être pas toujours au premier plan. Mais il faisait partie de ces acteurs sans lesquels un film n'aurait jamais tout à fait la même âme.

 

*Affiches-ciné * Cinetom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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