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3 octobre 2026

JACQUES DERAY, L'EFFICACITÉ DES RÉCITS

JACQUES DERAY            1929 - 2003

Réalisateur Français

Avant-propos : Jacques Demy appartient à cette génération de cinéastes qui, à partir des années 1960, ont profondément marqué le cinéma populaire français. Discret, peu porté à se mettre en avant, il a pourtant construit, durant plus de quatre décennies, une œuvre abondante dominée par le polar, le thriller et le film noir. Son cinéma, souvent associé aux grandes vedettes de son époque : Alain Delon, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, Michel Piccoli, Jean-Louis Trintignant, Michel Serrault, Paul Meurisse, Jean Rochefort... Il a accompagné les transformations du cinéma français tout en conservant une ligne personnelle : celle d'un réalisateur avant tout attentif aux acteurs, aux atmosphères et à l'efficacité du récit.

 

Jacques Desrayaud qui, prendra le nom de Jacques Deray est né le 19 février 1929 à Lyon. Dès sa douzième année, il est à Paris pour suivre ses études secondaires. C'est sans doute l'air de la capitale qui orienta définitivement ce fils d'industriel vers les activités artistiques et, d'abord, l'apprentissage du métier de comédien au cours René Simon. Puis, en 1952, c'est l'entrée dans le cinéma par la porte de l'assistanat : Jacques Deray seconde Jean Boyer sur le tournage du "Trou normand" avec Bourvil et Brigitte Bardot. Jusqu'en 1959, il se rôde auprès de professionnels expérimentés : Gilles Grangier surtout, mais aussi Jules Dassin et même Luis Bunuel qu'il assiste sur "Cela s'appelle l'Aurore".

 

A la faveur de l'explosion de la "Nouvelle Vague", Jacques Deray réalise son premier long métrage, "Le Gigolo" (1960) drame psychologique avec Jean-Claude Brialy et Alida Valli. Mais il lui faudra attendre trois ans plus tard pour voir naître son second film "Rififi à Tokyo" (1963), dont le casse dans la banque, morceau de bravoure, dure une trentaine de minutes et comporte des éléments relativement audacieux pour l'époque, à la limite de la science-fiction (la désintégration de la porte du coffre par dissociation moléculaire). Ce film constituait une variation sur les histoires de truands qui firent le succès du public français. Puis, ce fut le suivant "Symphonie pour un massacre" (1963) pour enfin attirer l'attention de la critique et du public sur un cinéaste comparé alors à Jean-Pierre Melville dont il partage le goût pour le film noir et policier. Avec ce troisième film, Deray retrouvait l'interprète du second, Charles Vanel, et empruntait à nouveau les voies du film policier, dans lequel il s'illustrera souvent par la suite. Le réalisateur déclara : "Le polar me donne la possibilité de m'extérioriser (...) de découvrir une ville, un pays, une société et surtout une époque. Ainsi, dans le film policier, le réalisateur peut aller au-delà de l'action, le dépasser même pour aboutir à une sorte de testament d'un milieu social."

 

En 1966, Jacques Deray, avec la complicité de José Giovanni pour le scénario et les dialogues offre un film d'espionnage "Avec la peau des autres", l 'action du roman de Gilles Perrault se déroulait pendant la guerre froide, autour du mur de Berlin qui a disparu de l'adaptation de José Giovanni car, raconta celui-ci, ni Lino Ventura, acteur principal du film, ni Jacques Deray, ni Eugène Tuchener, le producteur, ne voulaient d'un film politique. Quant au cinéaste, il devra attendre quatre ans de plus pour sortir sur les écrans de cinéma, l'un de ses films les plus célèbres "La Piscine" (1969) qui fut un grand succès commercial, le premier de sa filmographie. Ce drame psychologique avec Alain Delon, Romy Schneider, Maurice Ronet et Jane Birkin marquera les esprits, devenu culte, cette histoire où la vie d'un couple à Saint-Tropez est mise à l'épreuve, troublée par l'arrivée, avec sa fille, de l'ancien amant de la femme. l'engrenage des passions est en marche. Deray déclara :" (...) un film magique, un film de rencontres décisives pour ma carrière".

 

Ce premier contact avec Alain Delon, finalisera l'envie de tourner ensemble plusieurs films dont le suivant "Borsalino" (1970), que le comédien a co-produit. La rencontre entre Delon et Belmondo est bien sûr l'évènement majeur d'un film dont les aventures sont inspirées de celle de deux gangsters marseillais : Carbone et Spirito rois de la pègre des années 30. Alain Delon confia la réalisation du film "Doucement les Basses" (1971) avec Jacques Deray alors qu'il venait de tourner coup sur coup "La Piscine" et "Borsalino". L'épouse d'Alain Delon, Nathalie Delon et Paul Meurisse étaient les principaux interprètes de cette comédie en rapport avec le célibat des prêtres. Nouvelle adaptation d'un roman de Françoise Sagan "Un Peu de soleil dans l'eau froide" (1971), tourné par Deray, doit son titre à une phrase de Paul Eluard, citée en exergue au générique : "Et je la vois, et je la perds, et je subis/ Ma douleur comme un peu de soleil dans l'eau froide". Gérard Depardieu tient ici l'un de ses tout premiers rôles, celui du frère de Nathalie, laquelle est jouée par Claudine Auger face au comédien Marc Porel. "J'ai remarqué qu'un réalisateur étranger donnait mieux l'image d'une ville qu'un metteur en scène qui y habite à longueur d'année. Les impressions d'un étranger face à un décor inconnu sont beaucoup plus vives, par conséquent plus neuves", déclare Jacques deray, un rôle de premier plan dans ses films (Tokyo, Marrakech, Vienne, Marseille, Barcelone). "Un Homme est mort" (1973) est enfin pour le réalisateur l'occasion de diriger Angie Dickinson, qu'il avait pressentie pour jouer dans "La Piscine"; à noter la présence également de Jean-Louis Trintignant et Roy Scheider.

 

Jacques Deray devient l'un des metteurs en scène fétiche d'Alain Delon, lequel lui demande de préparer la suite du film légendaire "Borsalino and Co" (1974), mais le personnage incarné par Jean-Paul Belmondo étant mort, Delon se retrouva seul en tête d'affiche de cette suite. On peut considérer que Jacques Deray devint une valeur sûre du box-office français et le cinéaste des stars : "Personnellement, j'aime beaucoup travailler avec les stars (...) mais (...) je pense que de toutes façons, elles ne doivent venir qu'en troisième position : après le scénario et le metteur en scène...", "J'ai la modestie de me dire chaque matin : "Tu fais un métier merveilleux", et de m'extasier sur le fait de pouvoir créer des films. Mon souhait est que ceux-là soient de plus en plus aboutis, sans cesser de retenir l'attention du public. Je n'oublie pas que je suis un homme de spectacle. (...) Surtout à la limite, je souhaiterais que chacun de mes films soit différent de l'autre..."

C'est intentionnellement que Deray se qualifie de "metteur en scène", car pour lui : "Il n'y a pas de film d'auteur. (...) Un film d'auteur, qu'est-ce que cela veut dire ? Que c'est un monsieur qui fait un film tout seul, alors il raconte sa vie et il ne fait qu'un film dans son existence !. Deray définit ainsi ses objectifs de cinéaste : "J'aime le cinéma rigoureux, je suis pour un classicisme têtu. Je suis pour une manière de filmer qui ne tolère pas la fioriture. Je suis pour une sobriété nécessaire pour atteindre la sensibilité du spectateur." C'est ainsi, que Jacques Deray tourna les deux films suivants avec Alain Delon, lequel avait acquit les droits du récit autobiographique de Roger Borniche, pour interpréter son rôle dans "Flic Story" (1975) aux côtés de Jean-Louis Trintignant, puis "Le Gang" (1976), de même, d'après le livre de Roger Borniche. Jacques Deray connaissait bien Lino Ventura depuis l'époque où il était lui-même assistant de Gilles Grangier dans "Le Rouge est mis" puis "Trois jours à vivre. C'est ainsi qu'il lui proposa le rôle de Roland Fériaud dans "Un Papillon sur l'épaule" (1978).

 

Pour sa septième collaboration avec Alain Delon, Deray mis en scène "Trois hommes à abattre" (1980), d'après le roman de Jean-Patrick Manchette, dont le personnage principal Gerfaut, dont s'inspire le scénario, est un joueur de poker qui va se retrouver traqué par des tueurs et va se faire aider par une femme. "On ne meurt que deux fois" (1985) et "Maladie d'amour" (1987) sont les illustrations les plus parfaites, à ce jour, de cette profession de foi. Ce sont aussi les deux films qui révèlent le mieux, derrière le cinéaste, Monsieur Jacques Deray, c'est-à-dire l'auteur. Pour "Maladie d'amour", le cinéaste rêvait de diriger Nastassja Kinski, ce qui lui donna l'occasion de la confronter à la passion dévorante que lui vouent les personnages incarnés par Jean-Hugues Anglade et Michel Piccoli. Le film fut diversement accueilli par la critique et le public ne se précipita pas... Quant aux deux films tournés avec Belmondo "Le Marginal" (1983) et "Le Solitaire" (1987), on peut considérer que les ingrédients du succès n'étaient plus au rendez-vous du public. Certains considérés ces films comme une parodie des plus beaux films d'action de Bébél.

 

A la lecture du roman de Robert Margerit "Le Château des Bois Noirs", Deray pensa surtout à confier le rôle féminin de ce qui deviendrait bientôt "Les Bois Noirs" (1989), à une actrice qui le fascinait Béatrice Dalle. Cette fois, le tournage dans un authentique château Renaissance, propice à un huis clos où les personnages s'épient, se déchirent et se tuent, se passa dans la bonne humeur. Pourtant, la critique, une fois encore, ne fut pas favorable. Le scénario de "Netchaïev est de retour" (1991), adaptation d'un roman de Jorge Semprun, évoque le destins de jeunes révolutionnaires de mai 68, qui se retrouvent vingt ans plus tard, et donna à Deray l'occasion de tourner à Paris avec Yves Montand, Vincent Lindon et Miou-Miou. Malheureusement le film est sorti sur les écrans en pleine période de la guerre du Golfe, de ce fait, le film fut un échec commercial. Deux ans plus tard, Deray retrouve Delon pour une énième aventure en réalisant "Un Crime", dont l'action se situe à Lyon, sa ville natale, mais à nouveau ce ne fut pas un succès public, sorti en plein mois d'août, le film fut un échec total. En 1994, Jacques Deray signa un court métrage, "Arnaud et ses copains", dans le cadre de la série "3000 scénarios contre un virus", puis "L'Ours en peluche" (1994), son vingt-quatrième et dernier long métrage pour le cinéma, le neuvième film avec Alain Delon. A noter, Jacques Deray n'a pas choisi le sujet, une adaptation de Georges Simenon, et déplora, sans rien pouvoir y faire, la faiblesse du scénario. L'ambiance sur le plateau fut exécrable, l'équipe technique se désintéressait du tournage et Deray lui-même perdit la foi dans un film qui "depuis sa conception à le mauvais œil. L'échec attendu, fut cuisant. Après ces deux échecs cuisants, Jacques Deray ne se consacre plus alors qu'à réaliser des téléfilms : "Une Femme explosive" (1996) avec Roger Hanin, "Clarissa" (1998) avec Claude Rich, "On a qu'une vie" (2002) avec Robin Renucci et Marianne Basler et "Lettre d'une inconnue" (2002) avec Irène Jacob. En 1998, il est président du jury au Festival du cinéma russe à Honfleur, il avait été également Président du Jury du 34e Festival de Cannes en mai 1981. Jacques Deray décède le 9 août 2003 à l'âge de 74 ans à Boulogne-Billancourt. 

*Affiches ciné * Cinéma français * Cinetom

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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