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           ALBERT PRÉJEAN                         1894  - 1985

            Acteur Français 

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Au jeu surréaliste de "l'un dans l'autre", on l'aurait certainement comparé à un accordéon. Non point le piano du pauvre, mais cet instrument bon enfant qui, pour nous, reste intimement lié aux beaux dimanches au bord de l'eau ainsi qu'aux grandes fêtes populaires, où l'on venait, hier encore, se saouler de vin blanc et de java.

Depuis sa première apparition, de dos, dans "Les Trois Mousquetaires" (1921) jusqu'à son dernier rôle, celui d'un trafiquant de tableaux, dans "Bonne chance Charlie" (1961), il aura réussi ce prodige de rester fidèle à une certaine image, sinon de la France, du moins du Français. Sympathique, toujours une chanson au bord des lèvres, assez sérieux pour gagner la guerre - la première - mais assez fou pour perdre la tête dès qu'un jupon se pointe à l'horizon.

Ils t'aiment bien parce que tu leur ressembles. Ils peuvent s'identifier à toi" lui disait fort justement René Clair. Et, de fait, pendant une bonne quinzaine d'années, de "Verdun vision d'histoire" (1928) aux "Caves du Majestic" (1944), il a conservé, en tête d'affiche, la même popularité souriante.

Inchangé, il était passé sans problème du muet au parlant, des "Nouveaux Messieurs" à "Sous les toits de Paris", de Mackie de "L'Opéra de quat'sous" à Maigret, de Dédé au flic trop charmeur de "L'Alibi". Et dans ce parcours heureux, il semblait garder comme un viatique ce côté fleur qui appelait toutes les indulgences. Pierre Cadars

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Albert Préjean est né à Paris le 27 octobre 1894. Aubervilliers 1900. Les Préjean tiennent un bistro à phonographe. Leur petit garçon fait l'école buissonnière pour visiter l'Exposition universelle. Il pratique le vélo et la boxe, encouragé par son ami Georges Carpentier, et part en pension à Fribourg apprendre l'allemand.

A vingt ans, la guerre, Albert Préjean, aviateur, fait partie de la célèbre escadrille des Cigognes aux côtés de Georges Guynemer : Croix de guerre, Légion d'honneur. Élève d'une "école de cinéma", il débute au cinéma en 1921 dans "Les Trois Mousquetaires" d'Henri Diamant-Berger, et enchaîne l'année suivante avec "Vingt ans après" du même réalisateur. Une grande simplicité et un don de sympathie avec le public, qualités qu'il conservera tout au long de sa carrière. Une carrière de quarante ans et près de cent films vient de commencer.

René Clair et George W. Pabst, Marcel Carné et Jacques Becker, Pierre Chenal et Jacques Feyder, Christian-Jaque et Robert Siodmak ont choisi Albert Préjean. Comme son contemporain Charles Vanel, il s'est hasardé à la mise en scène avec "L'Aventure de Luna Park", court métrage tourné en 1929. Vedette de notoriété européenne, il dut certes sa fortune à une chance qui le quitta jamais, et aussi à cette simplicité de mise et de ton qui en faisait, avant Gabin, la parfaite incarnation du bon gars, sans chichis ni tourments. Parisien par excellence, gouailleur et sportif, l'acteur simple qu'il était joua les jeunes premiers la cinquantaine dépassée. A l'aise dans la chansonnette, le coude sur le zinc et la casquette au front, il y avait en Albert Préjean, bonhomme fort sympathique à la ville, un côté Maurice Chevalier en mineur. Ils étaient d'ailleurs les meilleurs amis du monde. 

Heureuse époque : "Les Trois Mousquetaires" sont un triomphe et Diamant-Berger, millionnaire à vingt-sept ans, fait construire des studios dont il demande les plans à Mallet-Stevens, et enchaîne film sur film. Préjean a été adopté par le metteur en scène et son équipe, et obtient des petits rôles aux côtés de Maurice Chevalier dans "Un Mauvais garçon" (1922), "Gonzague" (1923), "Jim Bougne, Boxeur" (1924) ou dans des films sportifs comme "Le Roi de la vitesse" (1923), avec les aviateurs recordmen de vitesse et de distance Sadi-Lecointe et Bossoutrot. Diamant-Berger produit aussi les oeuvres des autres, notamment le premier film d'un assistant de Baroncelli, "Paris qui dort" (1923). Le jeune René Clair a conçu un personnage d'aviateur débarquant dans la capitale endormie : qui d'autre que Préjean pouvait interpréter ce rôle charmant? Une collaboration d'avenir, moins pour "Le Fantôme du Moulin-Rouge" (1924) et "Le Voyage imaginaire" (1925), films secondaires dans lesquels Préjean n'est guère en valeur, qu'à l'occasion du chef-d'oeuvre authentique que demeure "Un Chapeau de paille d'Italie" (1926). Clair avait pénétré l'art muet de façon achevée. Le rythme, fondamental pour préserver en la transposant la verve du dialogue de Labiche, reposait sur des enchaînements et une direction d 'acteurs moins psychologique que dynamique, tout à fait adaptés au naturel d'Albert Préjean, promu jeune premier. Chomette aîné, Henri, le confirme dans cet emploi avec  "Le Chauffeur de mademoiselle" (1927), flanqué d'une distribution toute rené-clairienne : Dolly Davis, Paul Ollivier, Alice Tissot, Jim Gérald.

Au muet, contrairement au parlant, Albert Préjean participe à un grand nombre de films restés classiques. Si on ne le distinguait qu'à peine dans "Le Miracle des loups" (1924) de Raymond Bernard, il tenait le premier rôle de l'impressionnant "Verdun, vision d'histoire" (1928) de Léon Poirier et des "Nouveaux Messieurs" (1928), l'un des meilleurs films de Jacques Feyder, d'un esprit proche de celui du Clair de "A nous la liberté". Face au distingué et aristocratique Henry Roussell, le populiste Albert Préjean prétendait au coeur de Gaby Morlay. Leader syndical devenu ministre, il quittait le bourgeron pour l'habit et faisait merveille par son aisance dans l'ascension sociale. Il eut même le privilège en 1927 d'approcher l'épouse de Charles Chaplin, la merveilleuse Edna Purviance elle-même dans "Education de prince" de Diamant-Berger. Et contrairement à tant de ses partenaires des années vingt, le passage au parlant ne lui causa aucun tort. C'est même à ses qualités complémentaires de chanteur qu'il dut, dès 1930, de prendre date dans l'ère du parlant avec deux grands films, "Sous les toits de Paris" de René Clair et "L'Opéra de quat'sous" de Pabst.

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Un peu pâle, un peu trop gentil dans le premier, Préjean fut au fond meilleur avec Pabst qu'il ne connaissait pas qu'avec Clair qui le connaissait trop. Ensuite, plus de quarante films en dix ans, dont une demi-douzaine avec Danielle Darrieux qui, il faut le reconnaître, le domine souvent de son charme et de sa subtilité : "La Crise est finie" (1934) de Robert Siodmak, "L'Or dans la rue" (1934) de Kurt Bernhardt, "Quelle drôle de gosse" (1935) de Léo Joannon. Préjean court les music-halls et les studios d'Europe, couvert de gloire et de femme. Un tel succès laisse aujourd'hui un peu perplexe quand on voit les films : par plus dans "Un soir de rafle" (1931) de Carmine Gallone, que dans "L'Auberge du petit dragon" (1934) de Jean de Limur, dans "Princesse Tam-Tam" (1935) d'Edmond T. Gréville que dans "A Venise une nuit" (1937) de Christian-Jaque, l'acteur ne paraît irrésistible. Eclipsé par Stroheim et Jouvet dans "L'Alibi" (1937) de Pierre Chenal, par Harry Baur dans "Mollenard" (1937) de Robert Siodmak, par Jules Berry dans "L'Inconnue de Monte-Carlo" (1938) d'André Berthomieu, par Charles Vanel dans "L'Or du Cristobal" (1939) de Jacques Becker, il est certes un cycliste plausible dans "Pour le maillot jaune" (1939) de Jean Stelli.

A noter sa prestation lors des deux "Maigret", certains le qualifieront de rater, d'autres de réussites, pour ma part, j'ai bien aimé sa façon de l'avoir incarner à l'écran dans "Picpus" (1942) et "Les Caves du Majestic", tous deux de Richard Pottier. Quant "Au bonheur des dames" (1943) de André Cayatte, son entrain, sa véhémence lui permettaient d'affronter sans dommage Michel Simon, l'Occupation n'est pas la meilleure période d'Albert Préjean qui, en 1941, ne croit pas devoir refuser une invitation officielle en Allemagne, où il se rend avec quelques autres acteurs français.

L'Après-guerre est encore moins brillant : Péclet, Loubignac, Stengelou Govar forment un ordinaire qui se raréfie, et Préjean, qui a toujours aimé le cirque, travaille un temps comme M. Loyal chez son ami Jean Richard. Préjean n'était certes par un grand comédien. Il manquait de prestance et de moyens dramatiques véritables. Du moins appartient-il sans conteste à la famille, même si, quand il disparut le 1er novembre 1979, il était déjà oublié depuis déjà longtemps. 

 

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