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              FERNAND GRAVEY             1905 - 1970

            Comédien Français 

 

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J'aime à me représenter Fernand Gravey coincé dans une gigantesque clé de sol. En habit, les basques flottantes, il dirige un orchestre à flonflons. Strauss, tel qu'on se plaît à l'imaginer et dont il a fixé l'image fringante. Toute la ville danse grâce à ce Belge, naturalisé parisien, qui incarne à Hollywood, sous la direction d'un Français, un compositeur autrichien.

Fernand Gravey de son vrai nom Fernand Mertens est né à Bruxelles (Belgique), le jour de Noël, le 25 décembre 1905. Son père jouait la comédie, le petit garçon parut donc rapidement sur les planches (il joua notamment à l'ombre du peplum de Mounet-Sully) et dans les studios belges où, à huit ans, Alfred Machin le fit tourner dans quatre films : "M. Beulmeester garde civique" (1913) à "La Fille de Delft" (1914).

Les circonstances firent que la famille Mertens passa les années de guerre à Londres, le jeune homme y grandit dans la pratique des sports, parlant la langue anglaise et observant la stricte élégance du gentleman. La guerre finie, il fait l'apprentissage des tournées, pour se fixer enfin à Paris où il débute dans "Romance", comédie anglo-saxonne adaptée par Flers et Croisset, le cinéma muet l'ignore mais ses apparitions théâtrales se multiplient et ses rôles augmentent, et il épouse Jeanne Renouardn ex-partenaire de Max Linder, qui dirige le théâtre Daunou.

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Très vite, au début du parlant, l'antenne française de la Paramount lui fait tourner cinq films qui le lancent suffisamment pour que Berlin d'abord, l'Angleterre ensuite, puis les Etats-Unis fassent appel à son brio et à son élégance : son interprétation de "Strauss" dans "Toute la ville danse" (1938) de Duvivier est, à cet égard exemplaire. A la veille de la guerre deux films allaient lui permettre d'aborder le registre dramatique : la première adaptation du roman de James Cain "Le Facteur sonne toujours deux fois" avec "Le Dernier tournant" (1939) de Pierre Chenal et un beau mélo de Gance où il allait trouver, en Micheline Presle, la partenaire idéale dans "Paradis perdu" (1939) d'Abel Gance.   

Gravey c'est l'homme des chansons, du sourire, de l'optimisme. A Berlin, à Paris, il exécute des entrechats sur des portées de notes. Il jongle avec les mi et le sol, les brandit et les croque à la manière de Méliès, escamoteur de mélodies, Gravey s'amuse tant qu'il ensorcelle les spectateurs. Les titres de ses films sont ravissants : "L'Amour chante" (1930) de Robert Florey, "A moi le jour à toi la nuit" (1932) de Ludwig Berger et Claude Heymann, "Fanfare d'amour" (1935) de Richard Pottier, "Nuit de mai"(1934) de Gustav Uciky et Henri Chomette...l'emballage promet souvent plus que le paquet contient. Qu'importe, Fernand l'enjôleur est là, et, on a beau le traîter de "Monsieur Sans-Gêne" ou de Touche à tout, Antonia sait bien qu'il va lui murmurer à l'oreille une romance hongroise ("Antonia, romance hongroise").

Souriant, il l'a toujours été cet enfant de la balle, qui ne demandait pas mieux à huit ans que de se hasarder, dans les productions d'Alfred Machin. Mais que sont-devenus "Saïda a enlevé le Manneken-Piss" (1913), "M. Beulemesterr,garde civique" où a disparu "La Fille de Delft". Il rencontra, alors brunen douce et futée, Blanche Montel qu'il retrouvera plus tard sur les scènes parisiennes.

Guillaume II anéantit ces plaisirs bruxellois. Le petit Fernand gagne en décembre 1914 l'Angleterre et s'engage dans l'école des mousses de la marine marchande. Pour se consoler de son exil, il contemple de temps en temps son portrait, où gamin, il arbore sous un toupet de cheveux, son irrésistible sourire. La guerre expire un beau jour et, bon sang ne pouvant mentir, l'adolescent ne rêve que d'entr'ouvrir le manteau d'Arlequin.

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Paris, sacré une fois pour toutes Ville lumière, attire le papillon, mais celui-ci prend bien garde de ne pas rôtir ses ailes. Sa première création parisienne s'intitule "Le Moulin de la Galette", présage d'une carrière fortunée. On le remarque dans "Si je voulais" de Paul Géraldy. Si bien qu'à la reprise au théâtre Daunou, sa directrice, Mme Jane Renouardt, bien connue pour son talent primesautier et ses principes d'économie minutieuse et de décorticage des contrats, s'attache à un jeune homme, le prend en lisières et le guide dans le labyrinthe des boulevards. La talent fait le reste, Fernand monte l'escalier de la renommée dans des pièces aux noms aimables : "Mistigri", 'La Chienne aux yeux de femme", "La Femme au chat", "Une Femme sous la pluie", "L'Eau à la bouche". Cette dernière comédie est d'ailleurs musicale car Jane s'est avisée que Fernand chante juste et qu'il convient de mettre en valeur son filet de voix, si mince soit-il.

Prévision exacte. Le cinéma de 1930 n'arrête pas d'être mélodieux. L'oeil brillant et la bonne humeur perpétuelle du poulain de Jane Renouardt séduisent les caméras. "L'Amour chante" (1930) de Robert Florey propulse Fernand Gravey dans les studios où il frétille comme un poisseau dans l'eau. A telle enseigne que la Paramount le transforme en vedette  et qu'il commence à rafler les coeurs. Pas prétentieux pour un sou, il répand l'allégresse et sort victorieux des oeuvrettes de Louis Mercanton "Chérie" (1930), "Marions-nous" (1931) et de René Guissart "Un Homme en habit" (1931), "Tu seras duchesse" (1932), "Passionnément" (1932). Il se surpasse dans "Coiffeur pour dames" (1931) de Guissart, fignole son maquillage, affine son sens de la composition, s'astreint à un stage chez le célèbre coiffeur Antoine et chantonne, très à l'aise, parmi les clientes hérissées d'indéfrisables : "La permanente/me hante/ la nuit et le jour..." . Il a gagné.

L'irrésistible ascension de Mario, artiste capillaire; se confond avec celle de Fernand Gravey. René Bizet est catégorique : "Voilà le jeune premier rêvé de ces comédies filmées qui prolongent sur l'écran les traditions des théâtres de boulevard. Il est agréable à regarder, il a de l'entrain, il plaît et n'a pas encore l'air de savoir."

La U.F.A. jalouse de la Paramount et propose au jeune premier à la mode de tourner avec Kate de Nagy la gentille histoire de deux jeunes gens qui partagent la même chambre où, du fait de leurs occupations, ils ne se rencontrent jamais. Film populaire. "A moi le jour, à toi la nuit" ne manque pas de piquant. "La Guerre des valses" (1933), tourné l'année suivante par le même Berger, a plus de lourdeur et moins de fantaisie mais Gravey s'y familiarise avec les orchestres viennois, les blondes amoureuses et les tonnelles d'où l'on regarde tournoyer les crinolines.

Entre deux tours de valse, il entrecroise les effarements (grâce à ses sourcils expressifs) et la tendresse dans "Le Fils improvisé" (1932) et "Le Père prématuré" (1933) tous deux de René Guissart; mais sans cesse il revient à sa conception préférée de l'existence : une chanson pour se donner du courage, une marche nuptiale pour récompenser ses efforts. Du violoniste de "Bitter Sweet" (1934) qu'il tourne à Londres sous la direction de Herbert Wilcox au Johan Strauss qui découvre les légendes de la forêt viennoise après avoir tordu le nez de François-Joseph "Toute la ville danse" de Julien Duvivier, du chef d'orchestre nécessiteux mais inventif de "C'était un musicien" (1933) de Fred Zelnik, à l'employé débrouillard membre de la chorale de "Si j'étais le patron" (1934) de Richard Pottier, Fernand s'en donne à coeur joie. Les épreuves qu'il traverse dans "Le Grand refrain" (1936) d'Yves Mirande et Robert Siodmak ne sont que nuages légers, en comparaison des contraintes de "Fanfare d'amour" de Pottier.

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Là, pour gagner sa vie, il noue des coques de taffetas sous son menton, revêt la coiffe de lin à pointe aiguë, la casaque à manches courtes et la jupe épanouie en corolle. Moyennant quoi, engagé dans l'orchestre féminin des Tulipes, il va s'épendre de Betty Stockfeld. "Pas une fausse note, pas une attitude équivoque, une aisance étonnante et le plus sûr métier. Cela est une création", s'écrie une dame à la corbeille. Pas sot et sûrement bien guidé, le fantaisiste s'essaie dans le drame et dispute à Jean Gabin le coeur d'Annabella sur fond de piste et de trapèzes volants, "Variétés" (1935) de Nicolas Farkas, "Mister Flow" (1936) de Robert Siodmak l'aligne au niveau de Jouvet et d'Edwige Feuillère et lui entrouve les portes d'Hollywood. L'anglais appris autrefois lui permet de verser dans les flûtes américaines un doigt de champagne français. Mervyn LeRoy le dirige à deux reprises : "Le Roi et La Figurante" (The King and the Chorus Girl,1937), sur un scénario de Groucho Marx; "La Peur du scandale" (Fools for Scandal,1938).

Les chroniqueurs se désespèrent, Serge Veber leur sert de porte-parole : "Fernand Gravey est un très grand acteur, le seul vrai jeune premier fantaisiste que nous ayons ou plutôt que nous avions, puisque malheureusement il retourne en Amérique. Et je n'ai pas l'impression qu'on nous le rendra facilement." Il reviendra pourtant malgré le triomphe de "Toute une ville danse" et ne fera plus d'infidélités à Paris.

Il plaît toujours, mais maintenant il le sait. S'il joue de son charme, il s'arrange pour n'en pas abuser et explore de nouveaux chemins. Vagabond assassin dans "Le Dernier tournant", il surprend, il émeut dans "Paradis perdu" quand, vieillissant et solitaire, il reporte sur sa fille l'amour qu'il éprouvait pour sa jeune femme tuée par la naissance de l'enfant. Durant l'Occupation, entre quelques adaptations de comédies éprouvées, il va bondir et ferrailler "Le Capitaine Fracasse" (1942) d'Abel Gance, combattre au sabre dans "La Rabouilleuse" (1943) de Fernand Rivers, tracer de Barras une figure éloignée de toutes référnces historiques dans "Paméla" (1944) de Pierre de Hérain. Les années ont pourtant fui et l'étudiant ensommeillé qui poursuit sur les toits l'image fugitive de sa belle dans "La Nuit fantastique" (1942) de Marcel L'Herbier paraît un peu monté en graine, en dépit du brio de l'interprète.

Il va continuer sa carrière pendant une vingtaine d'années et une trentaine de films, fixé une fois pour toutes dans ces personnages boulevardiers qu'il ne renouvelle guère et pour lesquels sa fantaisie légendaire abuse de procédé sûrs et attendus.

Le théâtre continue à lui sourire, l'accueil reservé à la Petite Hutte d'André Roussin l'atteste. Au cinéma, l'échec de "Du Guesclin" (1948) de Bernard de La Tour, le consterne. Max Ophuls a beau le placer dans "La Ronde" (1950) entre Danielle Darrieux et Odette Joyeux, Jacqueline Audry  le réclamer pour ses reconstitutions d'époque, Norbert Carbonnaux lui fait tâter d'un burlesque adouci, il accuse un vieillissement que souligne le titre d'un film de Jean Boyer : "Les Croulants se portent bien" (1961). Gravey demeure affable. Il vit dans le confort -pipe, cuir de Russie, tailleur anglais et riche collection de soldats de plomp -avec conscience pour lui. Simplement, il s'éloigne, l'ironie aux lèvres, sans refuser d'apporter à Henri Verneuil "La Bataille de San Sebastien" (1967), à Jules Dassin "La Promesse de l'aube" (1969), à Philippe de Broca "Les Caprices de Marie" (1969), à Maurice Pialat surtout "La Maison des bois" (1969), le secours d'un métier à toute épreuve. Peut-être rêva-t'il un instant à ceu qu'il aurait pu faire dans un autre style, lorsque Sacha Guitry lui fit l'honneur de représenter Molière dans "Si Versailles m'était conté" (1953) -Extraits de Noir & Blanc - Olivier Barrot & Raymond Chirat -Editions Flammarion -

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Des comédies bien enlevées, telles que "Ma Femme est formidable" (1951) et "Mon Mari est merveilleux" (1952) tous deux réalisés par André Hunebelle, avec Sophie Desmarets, trouvent un excellent accueil auprès du public. Il a également Toto pour partenaire dans "Parisien malgré lui" (Toto a Parigi,1958) de Camillo Mastrocinque. La suite des années va donner naissance à des rôles secondaires, parfois dans l'indifférence la personnalité de Gravey. On peut noter également sa prestation dans "Courte tête" (1956) de Norbert Carbonnaux aux côtés d'une pleiade de comédiens : Micheline Dax, Jean Richard, Louis de Funès, Darry-Cowl, Jacques Duby et Jacques Dufilho. L'année suivante le cinéaste récidive avec "Le Temps des oeufs durs" (1958). Après avoir triomphé avec plus de 867 représentations de "La Petite hutte" d'André Roussin, Fernand Gravey meurt dans l'indifférence de tous, à Paris, le 2 novembre 1970, à l'âge de 64 ans, il y a tout juste cinquante ans.

 

 

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