DÉCÈS D'UN DRÔLE DE PAROISSIEN

         JEAN-PIERRE MOCKY

 

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AFP, publié le jeudi 08 août 2019 à 21h47

Le cinéaste Jean-Pierre Mocky, le plus inclassable des réalisateurs français, est mort jeudi 8 août 2019 à l'âge de 86 ans, a annoncé sa famille à l'AFP. "Jean-Pierre Mocky est mort chez lui cet après-midi à 15H00", a indiqué son gendre Jérôme Pierrat à l'AFP.

"Jean-Pierre Mocky est parti tourner son prochain film avec Bourvil, Michel Serrault, Michel Simon, Fernandel, Jacqueline Maillan, Jeanne Moreau, Jean Poiret, Francis Blanche, Charles Aznavour et tant d'autres. Le cinéaste s'est éteint dans sa 91e année à son domicile parisien, entouré de sa famille et de ses proches", ont indiqué le fils et la fille du cinéaste, Stanislas Nordey et Olivia Mokiejewski, dans un communiqué adressé à l'AFP.

Auteur de plus d'une soixantaine de films dont "Un drôle de paroissien" avec Bourvil ou encore "A mort l'arbitre" avec Michel Serrault et Eddy Mitchell, Jean-Pierre Mocky était considéré comme "l'anar" du cinéma français, toujours sur la brèche, sempiternel râleur et, avant tout, libre.

"Jean-Pierre Mocky c'était un style, une gouaille, des amitiés, des coups de gueule et surtout du cinéma, son cinéma : unique, inclassable, provocateur et poétique. Sa liberté de ton et son regard sur le monde vont nous manquer. Je pense à sa famille et à ses proches", a indiqué le ministre de la Culture Franck Riester sur son compte Twitter.

Premier à réagir à l'annonce du décès du réalisateur, Jack Lang, qui était son ami, a rendu un hommage appuyé au cinéaste "talentueux irrévérencieux et insurgé du quotidien".

"Sa filmographie était à son image : caustique, anticonformiste, loin des clichés. Ses films n'épargnaient rien ni personne, et dénonçaient inlassablement les travers et les dérives de la société. En vieil et irréductible anarchiste, c'était un provocateur outrancier qui cachait une âme sensible et cultivée. Écorché vif et éruptif, il agaçait souvent, mais sa parole et ses mots avaient toujours la justesse et la vérité des révoltés", a ajouté l'ancien ministre de la Culture.

Dans un entretien publié par Le Figaro en 2014, le cinéaste avouait crûment: "J'ai connu 27 ministres de la Culture; sur ces vingt-sept, il y a eu un type formidable à droite, Malraux, et un type formidable à gauche, Lang. Les vingt-cinq autres étaient des nuls".

Le maire de Nice, Christian Estrosi a également salué la mémoire de Jean-Pierre Mocky, né dans sa ville. "Beaucoup d'émotion en apprenant le décès de Jean-Pierre Mocky, ce "gamin" de Nice (...) Ce roublard était aussi provocateur qu'attachant. Adieu l'artiste", a-t-il écrit sur Twitter.

 

voir Cinetom (6 février 2017 Jean-Pierre Mocky 

http://www.cinetom.fr/archives/2017/02/06/34904731.html

 

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               JEAN-PIERRE MOCKY             1933 - 2019

INSTINCTIF PARFOIS ?, CORROSIF MAIS AUSSI REALISTE

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Jean-Pierre Mocky est né le 6 juillet 1933 à Nice, de son vrai nom Jean-Paul Mokiejewski, issu d'une famille polonaise. Très tôt, il s'intéresse au théâtre, met en scène ou interprète quelques pièces. Il va régulièrement au cinéma et la proximité des studios de la Victorine le font rencontrer les acteurs, actrices de l'époque : En 1942, il est engagé comme figurant (un page) dans "Les Visiteurs du soir" de Marcel Carné où Arletty et Jules Berry brillent par leurs jeux respectifs de qualité. Après son baccalauréat, il continue ses études, suit le Conservatoire et interprète quelques rôles sur scène sous le pseudonyme de Jean-Pierre Motty, l'école du théâtre interdisant à ses élèves de jouer la comédie hors des murs de l'auguste institution. Parallèlement, il fait quelques apparitions remarquées au cinéma.

Il fut le partenaire de Maria Casarès dans la pièce "Le Roi pêcheur", de Julien Gracq, et il se fit un nom en Italie avec deux films prestigieux, "I Vinti" (1952) de Michelangelo Antonioni, tiré de l'affaire des J3 de Melun et "Gli sbandati" (1955) de Francesco Maselli. Mocky devient alors une grande vedette en Italie avec "Graziella"(1954) de Giogio Bianchi, où il incarne Lamartine, en compagnie de la jeune Maria Fiore. Cependant, Mocky recelait en lui une vocation de metteur en scène qui allait se déclarer, en 1958, avec une adaptation cinématographique de "La Tête contre les murs" d'Hervé Bazin. Mais les producteurs ne lui feront pas confiance, et c'est finalement par Georges Franju que le film sera réalisé. Mocky y tiendra tout de même le rôle principal, celui de François Gérane, personnage secret interné contre son gré et cela aux côtés de Charles Aznavour. Jean-Pierre Mocky déclara : "Les distributeurs se sont refusés à me donner ma chance. N'ayant pas de parents dans la haute finance ou dans la confiserie, je n'ai pas pu m'imposer comme réalisateur à ce moment là. Alors j'ai dû abandonner tout le travail que j'afais fait et choisir un réalisateur que j'aimais bien, qui avait fait des courts-métrages et qui s'appelle Georges Franju. Je lui ai cédé ma place en même temps que toutes mes recherches, tous les documents et tous les travaux que j'avais exécutés. Alors, c'est pourquoi ce considére ce film un petit peu comme le mien, puisque je n'u ai pas fait seulement un travail d'homme d'affaires, comme on l'a souvent dit, mais également un travail artistique." (Cf. Entretien avec J.P. Mocky, in "Midi Minuit Fantastique", no 17 juin 1967.) . Il incarnera souvent les hommes victimes de la société répressive qui les entoure.  A noter également sa prestation dans un film de Jean Gourguet "Maternité clandestine" (1953) où il partageait l'affiche aux côtés de Dany Carrel et Michel Roux. 

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Cependant, dès l'année suivante, Mocky saura prendre sa revanche. Il réalise enfin son  premier film. "Les Dragueurs" (1959), qui recueille un grand succès auprès du public et qui révèle un cinéaste dont l'esprit, à la fois satirique et mélancolique, lui vaut être rattaché au courant de la "Nouvelle Vague". Il s'agit du premier film dont Mocky signa entièrement la mise en scène et scénario, mais outre un fin imposée, le distributeur exigea Jacques Charrier pour le rôle de Freddy, alors que le réalisateur voyait Laurent Terzieff dans le personnage. Dans la fin souhaitée et tournée par le jeune cinéaste, on voyait Freddy repartir au volant de sa voiture pour se retrouver rue Saint-Denis où, fasciné par une prostituée qui était le sosie de Jeanne (rôle tenu par Anouk Aimée elle-même), il suivait celle-ci dans une chambre d'hôtel... 

En fait, Mocky n'est pas homme à se laisser "récupérer" par telle ou telle chapelle, même si les "Cahiers du Cinéma" lui consacrent la couverture de leur numéro de janvier 1961 et si, sous la plume de François Weyergans, ils font le juste éloge de son second film, "Un Couple" (1960). Ce film, dont Jean Domarchi a dit qu'il était "le premier film matérialiste du cinéma français", témoigne d'une extrême franchise dans l'approche de la sexualité, thème que le cinéaste abordera fréquemment par la suite sur le mode burlesque comme dans "Les Compagnons de la marguerite" (1966) Le tournage s'effectua en octobre 1966, pendant quatre semaines. et "L'Etalon" (1969), ou tragique et romantique comme dans "L'Ombre d'une chance" (1973).

Avec "Snobs" (1961), Jean-Pierre Mocky va donner la mesure d'un talent satirique et sceptique, sans illusion sur la nature humaine. Le film, mal compris par la critique française, sera accueilli avec enthousiasme, en revanche par le public britannique. Moraliste féroce et acéré, Mocky réalise alors des comédies burlesques qui lui permettent d'offrir au grand public quelques tableaux particulièrement savoureux de la société française et de développer avec bonheur, un sens de la caricature dont l'alacrité anarchisante rappelle certaines couvertures de "L'Assiette au beurre". Après "Les Vierges" (1962), il tourne en effet "Un Drôle de paroissien" (1963) et "La Cité de l'indicible peur" qui donne à Bourvil l'occasion de tenir quelques-uns de ses meilleurs rôles.

Contempteur du sabre, du goupillon et de l'hypocrisie bourgeoise, Mocky allie curieusement un certain nihilisme à des nostalgies plutôt réactionnaires. Dans "La Grande Lessive" (1968), par exemple, Bourvil incarne un professeur de lycée qui, afin de protéger la santé mentale de ses élèves, entreprend de saboter le réseau de télévision de la région parisienne. C'est que la révolte de Mocky est beaucoup moins politique que morale, même lorsqu'il s'attaque avec une grande virulence aux scandales financiers de la Veme République, comme dans "Chut !" (1972) où à la corruption des moeurs parlementaires comme dans "Y'a-t'il un Français dans la salle ?" (1982).

Cette révolte, Jean-Pierre Mocky va toutefois lui donner une expression romantique et funèbre au lendemain des evènements de mai 68. Avec "Solo" (1969) et "L'Albatros" (1971), le ton change brutalement. Sans renoncer jamais tout à fait à son humour ravageur, le cinéaste exprime dans ces deux films un individualisme libertaire et totalement désespéré. Significativement, Mocky incarne lui-même les héros de ces "sagas" contemporaines et sanglantes, soutenues par une sorte de rage haletante, soulevées par un érotisme d'une magnifique agressivité et traversées par de fugaces et bouleversants instants de bonheur. Avec "Solo", Mocky amorce un nouveau cycle : celui des films "noirs" dont il sera à la fois, le scénariste-adaptateur, le réalisateur et le principal inteprète et qui renouent avec la tradition américaine du "thriller"; sous forme d'aventure policière, une action violente, au ryhtme précipité, expreime une pensée généreuse. Au sujet de "L'Albatros", il devait d'ailleurs préciser : "J'aurais pu donner le rôle à Delon, mais Delon est marqué par des tas de films. Il a un genre, c'est une grande vedette. C'est du cinéma. Tandis que moi, je suis presque le personnage dans ma vie. C'est vrai que j'ai la nostalgie de la pureté. Dans tous les sens." (jeune Cinéma,op.cit.). Mocky désirait réaliser un film sur les élections , sujet qu'il estimait encore jamais traité par le cinéma français, et selon la même construction et le même plan de la conduite de récit que "Solo"; c'est-à-dire un film romantique et romanesque avec pour toile de fond les violences et les méthodes électorales.

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Dans les années 70, Jean-Pierre Mocky poursuit en toute indépendance une oeuvre qui ne cesse de déconcerter. Si "Un Linceul n'a pas de poches" (1974), adaptation controversée d'un célèbre roman de Horace Mac Coy, ne fait pas l'unanimité, "L'Ibis rouge" (1975), en revanche, réconcilie la plupart des critiques français avec son auteur. Admirablement interprété par Michel Simon, ce conte sarcastique et policier dégage une poésie vraiment insolite, servie par des décors parisiens nocturnes très intelligemment photographiés par Marcel Weiss. Mais au cours de cette période, le film indéniablement le plus original de Mocky demeure "Le Roi des bricoleurs" (1977), dont la carrière commerciale fut pratiquement inexistante et qui passa quasiment inaperçu. Pourtant, cette farce politique proprement hilarante constitue l'une des rares tentatives réussies de comique-surréaliste : le plus extravagant "non-sens" préside à un récit dont certains épisodes ne sont pas indignes de Swift ou de Rabelais.

Après "Le Témoin" (1979), satire impitoyable de la justice et plaidoyer terrible contre la peine de mort (la séquence finale, où Alberto Sordi est conduit à la guillotine, est impressionnante), Mocky va se pencher en quelque sorte sur son passé. Dans "Le Piège à cons" (1979) avec un détachement amer la fin des illusions révolutionnaires et la pérennité d'une société fondée sur le mensonge et l'escroquerie. Jamais chez Mocky, la nostalgie n'oblitère la lucidité. Et c'est bien pourquoi ce cinéaste, admiré à gauche comme à droite, a toujours été "ailleurs". Après "Solo" et "L'Albatros", "Le Piège à cons" est le troisième volet du style "Thriller" adopté par Mocky pour traiter de son époque et de ses problèmes. 

L'oeuvre de Jean-Pierre Mocky est assurément un exemple d'indépendance et de tenacité. Elle ne ressemble en effet à aucune autre, elle échappe à toutes les modes cinématographiques et elle porte de film en film la marque d'une personnalité singulière, inclassable et toujours surprenante. Cinéaste d'instinct et de tempérament, Mocky tourne souvent sans grand souci de rigueur formelle, très vite, parfois au désespoir de ses admirateurs et de ses techniciens.

Ses films les plus bâclés n'en sont pas moins quelquefois les plus originaux et les plus mordants. Mocky, dont l'agressivité ne s'est jamais émoussée, mord en effet avec rage et ironie. C'est avec une âme de pamphlétaire qu'il s'en prend à la société française, sans discrimination. Dans "L'ombre d'une chance" (1974), le réalisateur souligne : "Mon film s'appelle "L'ombre d'une chance" et non pas "L'ombre d'une chambre", comme le souhaitaient certains producteurs. Ce n'est pas un film érotique mais romantique, un film d'amour"....   Dans les années 80, Mocky se diversifie, se permet de traiter des thèmes qui lui sont chers, en particulier l'hypocrisie de la société moderne  "ce qui m'a toujours frappé et me révolte, explique le cinéaste, c'est qu'on parle toujours de ces guerres et de ces atrocités entre un match de tennis et une campagne électorale...."La Machine à découdre" (1985) sera l'une des ses oeuvres prometteuses.... "Divine enfant" (1989) rends hommage à la bande dessinnée de Harold Gray "Annie l'orpheline", adaptée au cinéma par John Huston (1982).

En 1990, Mocky tourne son trentième long métrage "Il gèle en enfer". C'est par son affiche, jugée scandaleuse par une association intégriste que le film fit parler de lui.  "Le mari de Léon" (1993) fut la deuxième fois que Frédéric Dard collaborait avec Mocky, à l'adaptation de l'un de ses romans. Inspiré de l'association entre l'écrivain et le metteur en scène de théâtre Robert Hossein, le livre fut l'un des plus gros succès de librairie de Frédéric Dard. Pour la première fois de sa carrière, Le cinéaste accepta de présenter le film au Festival de Cannes 1993, dans la section Cinéma en France. Après la comédie "Robin des Mers" (1997), Jean-Pierre Mocky enchaîna avec un film dramatique "Vidange" (1998), tout d'abord intitulé "Mise en examen" puis "Ne me juge pas", dans lequel il dénonçait vigoureusement la corruption infiltrée dans les rouages de la vie publique.

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Dans les années 2000, on retiendra "Le Glandeur" (2000), plus de quarante ans après "Les Dragueurs", le cinéaste reprenait le thème de l'errance et de la solitude dans un Paris peuplé de personnages excentriques. La critique était toujours acerbe, mais le constat social plus désespéré. Cette oeuvre de grande liberté, tourné dans la rue, avec pour l'essentiel passants et non professionnels. Mocky retrouvait là une méthode de tournage très "Nouvelle Vague" et prouvait de nouveau qu'il était capable de saisir la réalité avec audace et de construire une carrière cohérente.  "Tout est calme" (2000) est le premier scénario du journaliste Philippe Piazzo, admirateur de longue date de Mocky. Principalement réalisé en Franche-Comté en septembre 1998. Le film ne sortit qu'au Brady, la fameuse salle de cinéma de Jean-Pierre Mocky, en janvier 2000. Juste après ce tournage, le réalisateur avait prévu de tourner sous la direction de Jean-Luc Godard dans "Eloge de l'amour" mais préféra retrouver pour la huitième fois un genre qu'il affectionne : "La Série noire". Il adapta, produisit, tourna en douze jours, en avril 1999 à Cherbourg et monta seul "La Candide Madame Duff" (2000), un ancien projet. Jean-Pierre Mocky décède à son domicile le 8 août 2019 à l'âge de 86 ans.

 

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UN DRÔLE DE PAROISSIEN - Bande-annonce

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