DÉCÈS DE L'ACTRICE FRANÇAISE

             EDITH SCOB                      1937  - 2019

 

 

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Edith Scob est morte le 26 juin 2019 à l'âge de 81 ans, elle a traversé les modes sans faire de bruit. C'était une actrice fétiche de nombreux réalisateurs, lesquels lui sont fidèles depuis que Georges Franju la révéla en 1959 dans "Les Yeux sans visage" aux côtés de Pierre Brasseur. Elle avait débuté sous la direction de Georges Franju dans "La Tête contre les murs". Née Édith Vladimirovna Scobeltzine, à Paris, le 21 octobre 1937de ses ascendances slaves, elle garde une capacité à décoller les étiquettes tout en sachant garder le cap, son grand-père était général de l'armée russe. Il y a une vraie drôlerie chez elle, comme chez les personnages de Tchekhov, légèrement décalés de la réalité. Elle aurait fait une merveilleuse « Dame au petit chien ». 

Elle avait également donné la réplique à Fernandel dans "L'Assassin est dans l'annuaire" (1961) de Léo Joannon, retrouvé Georges Franju pour un troisième film "Thérèse Desqueyroux" (1962) aux côtés d'Emannuelle Riva (disparue récemment) et Philippe Noiret. On peut citer également sa participation dans "Le Bateau d'Emile" (1961) de Denys de la Patellière, comme celle dans "La Chambre ardente" (1961) de Duvivier.    

L'un des pères fondateurs du fantastique à l'écran l'engagera pour six films, tout comme Raùl Ruiz. Leos Carax la retrouve dans "Holy Motors", après un premier rendez-vous manqué, vingt ans auparavant dans "Les Amants du Pont-Neuf" avait été coupé au montage. Elle vivait dans un lieu hors du temps, au cœur de Paris. Un havre de paix à son image. Une rencontre avec Édith Scob ne laisse pas indifférent. Sa présence charme, tant par son regard bleu que par sa voix mélodieuse et sa diction au doux vibrato. Elle n'était que tendresse et vous regardait avec franchise droit dans les yeux. Elle avait une façon si personnelle de dire : « C'est une cochonne » dans le très proustien film de Raúl Ruiz "Le Temps" retrouvé, dans lequel elle était une Oriane de Guermantes excédée par l'attitude de Gilberte.

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Leos Carax la sublime dans son film. Le personnage de Céline au volant d'une limousine blanche conduit Denis Lavant de rendez-vous en rendez-vous, traversant Paris dans des zones en décomposition. Nous sommes dans un conte d'Hoffmann au réalisme fantastique, où la créature artificielle est guidée par une femme hiératique. Édith Scob portant chignon en spirale nous rappelle Kim Novak dans "Sueurs froides". Comme chez Alfred Hitchcock, le film orchestre les transferts d'identité. La limousine est transformée en loge de théâtre avec changements à vue. Leos Carax a toujours en mémoire des images de films qui marquent son esthétique. C'est l'une des raisons, pas la seule, de son attachement à Édith Scob. Il lui fait porter à la fin du film le même masque que dans "Les Yeux sans visage". Sensations retrouvées pour Édith qui racontait : « Le film de Franju est peut-être plus vu au Japon et aux États-Unis qu'en France. Je suis contente que l'on m'en parle, même si j'ai eu du mal à me dégager de cette image qui me collait à la peau. On finissait par ne plus me proposer que des rôles de victimes et de femmes vampirisées. »

Édith Scob a enchanté les personnages surannés. Grâce à elle, ils mènent le spectateur au bord d'un rêve éveillé. Comme est l'actrice dans la vie. « Que ce soit au cinéma ou en marchant dans la rue, je ressens la poésie des êtres et des choses sans savoir pourquoi. »

Ce sont des études de lettres qui l'ont amenée au théâtre. À ses débuts, Édith observait ses aînés, Pierre Brasseur, Michel Bouquet ou Lucienne Bogaert, une actrice oubliée, un monstre sacré capable chaque soir en scène de ne jamais faire la même chose, et de retomber sur ses pieds. Elle évoque aussi Gabrielle Fontan, son professeur d'art dramatique, un second rôle présent dans une centaine de films pendant quatre décennies. « Quand j'ai commencé ce métier, je pensais que cela durerait quatre ou cinq ans, tant que l'on est jeune et jolie. C'est un privilège incroyable que cela continue », confiait-elle.

Cette femme aux 100 visages déroule pudiquement quelques moments de sa vie d'artiste. Édith Scob, éclectique, s'autorisait tout. Les rôles légers et populaires, tournés dans l'urgence, l'attirent autant que les personnages plus littéraires. Elle nous bouleversa dans "L'Heure d'été" d'Olivier Assayas, elle s'était coiffée d'un voile de mère supérieure fantasque dans "Soeur Thérèse.com" avec Dominique Lavanant. Ces pirouettes l'amusent. Elle n'aurait pas refusé de jouer le rôle d'Élisabeth Guigou. Car il y avait un air de famille.

Elle a aussi aimé les défis en explorant les territoires en friche. Dans la mouvance de Mai 68, elle faisait du théâtre d'avant-garde à Bagnolet avec son mari, le compositeur Georges Aperghis. La population participait à cette aventure expérimentale, dans des lieux de fortune qui ne ressemblaient en rien à des salles de spectacle ordinaires. Édith Scob a également joué avec son amie Judith Magre au festival de Figeac dans Inventaires de Philippe Minyana. L'inventaire de ses rôles depuis plus de 50 ans donne une idée de ce qu'est la liberté.

   

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Les Yeux sans visage (1960) de Georges Franju - MovieClassic

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