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          JACQUES TATI                         1907  - 1982

          Cinéaste, Producteur, Scénariste, Acteur Français 

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Je me souviens du jour ou Jacques Tati reçut un César d'honneur pour l'ensemble de ses films et avait souligné l'importance du court métrage lorsqu'il débuta, et nous rappela que Buster Keaton, Charles Chaplin et tant d'autres ont tous commencé leurs carrières respectives avec le court métrage. Doté d'un physique et d'un talent de mime exceptionnels, Tati s'est imposé comme un des plus grands comiques de l'histoire du cinéma. Il a su rendre, grâce à un don d'observation remarquable, la poésie mélancolique des personnages timides agressés par le monde moderne.

Jacques Tatischeff, devenu Jacques Tati à l'écran, est né en France le 9 octobre 1907 au Pecq (Yvelines). Son père, d'origine russe, tenait un atelier d'encadreurs et se faisait aider par le jeune Jacques, qui passait son temps libre à jouer au rugby, son sport préfère. Ce fut justement en imitant ses camarades de jeu que Tati découvrit son talent comique. Ses pantomimes - dans lesquelles il était à la fois l'arbitre, les deux équipes et le public - étaient si réussies que Tati décida d'abandonner le rugby pour tenter sa chance au music-hall. A vingt-ans tout juste, il s'était déjà acquis une certaine réputation dans le genre. Avant la guerre, ses spectacles étaient très suivis à Paris. Il travailla aussi avec Edith Piaf et trouva une admiratrice passionnée en la personne de Colette, laquelle déclara : "Quelque chose qui participe de la danse, du sport, de la satire et du tableau vivant. Il a inventé d'être ensemble le joueur, la balle et la raquette; le ballon et le gardien de but, le boxeur et son adversaire, la bicyclette et le cycliste. Il  parvint même à monter des spectacles à l'étranger.

Jacques Tati aborda le cinéma en réalisant un court métrage  sur un de ses sketches les plus fameux : celui du tennisman. Ce numéro sera repris plus tard dans "Les Vacances de M. Hulot" (1953). Ecrit, réalisé et interprété par Tati, "Oscar, champion de tennis" (1932) était, techniquement du moins, assez raté  mais il fournit à Tati l'occasion de mettre au point le personnage maladroit et sympathique qui donnera naissance ultérieurement à François, le facteur brouillon de "Jour de fête" (1949), et, par la suite, à M. Hulot.

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Pour son deuxième film, Tati utilisa les services de deux professionnels, Charles Barrois et René Clément, qui le dirigèrent dans "On demande une brute" (1934); la "brute", c'était Tati, mari timide qui doit se faire passer pour un champion de lutte libre à la suite de toute une série de quiproquos. Ensuite sortit "Gai Dimanche" (1935), réalisé par Jacques Berr, interprété par Tati et par le clown Rhum. Il s'agit à nouveau d'un sketch composé de situations "renversées" : ce qui devait être un pique-nique idyllique se transforme, à la suite d'une ronde époustouflante de péripéties culinaires, en un sauve-qui-peut général.

Dans "Soigne ton gauche" (1936), réalisé par René Clément, et dans "Retour à la terre" (1938), entièrement réalisé par Tati, on peut déjà deviner, par l'intérêt que Tati manifeste pour la campagne, les enfants et un personnage distrait, les thèmes de la poétique de "Jour de fête".

La guerre allait interrompre le travail de Tati pendant six ans. La carrière de Tati fut brutalement interrompue en 1939. Rappelé sous les drapeaux, il se réfugia à Sainte-Sévère-sur-Indre après la défaite,  et ce fut là qu'il eut l'idée de faire un film qui aurait dû s'appeler "Mon Village" ou "Fête au village". En 1945, en collaboration avec Henri Marquet, Tati entama la réalisation d'un court métrage qui peut être considéré comme une première ébauche de "Jour de fête" : il s'agit de "L'Ecole des facteurs" (1947), que l'auteur finança grâce aux cachets que lui valurent ses rôles de composition dans deux films d'Autant-Lara, "Sylvie et le fantôme' (1945) et "Le Diable au corps" (1947). Tati travailla pendant quatre ans pour préparer "Jour de fête", présentant en avant-première plusieurs séquences de ses gags pour tester la réaction du public. Le film fut finalement présenté en 1949 au festival de Venise, où il gagna le prix de la meilleure mise en scène. En 1950, il obtint le Grand Prix du cinéma à Cannes.   

"Jour de fête" est unanimement considéré comme son chef-d'oeuvre. A la différence d'autres films du réalisateur, "Jour de fête" ne présente pas une structure à épisodes, mais respecte les unités classiques de temps et de lieu. Le lieu, c'est la petite bourgade de Sainte-Sévère-sur-Indre, en Touraine; le temps, c'est le jour où se déroule la fête annuelle du bourg, c'est-à-dire le jour le plus important pour la petite communauté. Le film commence par l'arrivée des chevaux de bois sur les remorques des roulottes et prend fin avec leur départ. Tati n'a jamais caché son admiration pour le film de Jean Renoir "Une partie de campagne" (1936), et "Jour de fête", sans être un hommage déclaré au grand cinéaste, renvoie, d'une certaine manière, au monde poétique et sensuel de l'oeuvre de Renoir.

En 1949, tourner un film entièrement en extérieurs était encore relativement insolite, mais Tati parvint admirablement à rendre la tranquille beauté du paysage campagnard, la grande chaleur de l'été, et la grâce un peu rude des paysans. Le son fut enregistré au magnétophone, technique alors encore peu employée; le dialogue, réduit au minimum et la plupart du temps inaudible, se superposait aux bruits de fond. Cela ressemble fort à un reportage télévisée. Pourtant ce défaut technique tourna à l'avantage du film :  à une époque où le cinéma comique usait et abusait des mots d'auteur. "Jour de fête" renouait avec la grande tradition des gags visuels.

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Deux négatifs du film furent tournés, l'un en noir et blanc, l'autre en couleurs, ce dernier étant obtenu par la méthode expérimentale Thomson-Color. Des difficultés techniques empêchèrent la sortie du film en couleurs : "Jour de fête" est donc en noir et blanc, comme aussi "Les Vacances de M. Hulot". D'ailleurs Tati, qui a tourné ses autres oeuvres en couleurs, n'est jamais parvenu à des résultats satisfaisants dans ce domaine.         

 

Mais les aventures du naïf facteur n'intéressaient plus Tati, qui se prêter à un plus grand nombre de situations. Cette recherche aboutit, après des années de travail marquées par des problèmes financiers et une préparation dans les moindres détails, aux "vacances de M. Hulot", qui allait lui valoir enfin la consécration internationale. Tati utilisa de nouveaux décors réels ( le film fut tourné à Saint-Marc-sur-Mer en Bretagne); la satire, cette fois, visant e monde des vacanciers et mettait en vedette le personnage de M. Hulot, à la fois tendre et ronchonneur, qui se heurte à la vanité de l'univers balnéaire avec l'enthousiasme et la candide innocence d'un enfant. Bien qu'elles aient donné l'impression d'être improvisées, les folles péripéties de Hulot avaient été minutieusement préparées bien avant le commencement du tournage. Les gags sont si nombreux dans le film que M. Hulot semble parfois passer au second plan : c'était précisément ce que Tati recherchait. A l'époque, un critique français s'y laissa si bien prendre qu'il écrivit : "Tati voudrait faire un film sur les aventures de Hulot dans lequel celui-ci n'apparaît même pas. Sa présence serait simplement signalée par les bouleversements plus ou moins catastrophiques provoqués par son passage."

Hulot, quoi qu'il en fût, poursuivit sa carrière et on le retrouva dans les autres films de Tati. Ce personnage est l'héritier direct de toute une génération de grands comiques de l'écran et tout particulièrement des comiques du muet : Linder, Keaton et Chaplin. C'est un inadapté qui cherche furieusement à s'intégrer. Sa maladresse maladive est la conséquence directe de son incapacité à comprendre un monde qui lui échappe. Hulot fait tout pour "s'insérer" - la partie de tennis des "Vacances de M. Hulot" ou de "Mon Oncle" (1958) sont des tentatives frénétiques pour sauver au moins les apparences. Sa désinvolture particulière lorsqu'il manie la pipe ou le parapluie, l'inclinaison très étudiée de son chapeau, sa démarche aérienne - il semble toujours chercher la voie la plus sûre au milieu d'un gué invisible - montrent qu'au fond il ne s'inquière pas de l'abîme au bord duquel le monde se trouve. Son anarchisme confine parfois à la misanthropie mais il est trop poli et trop sentimental pour vouloir ramener ses contemporains à la raison; si ce sont des perpétuels insatisfaits, lui du moins connaît une sorte de sérénité. 

Dans "Mon Oncle" - qui sortit sur les écrans après neuf mois de tournage et un an de doublage et de montage - Hulot ressemble presque à un ermite, se tenant soigneusement à l'écart dans son coin, tout en poursuivant ses tentatives d'intégration. Tati expliquait : "Ce film cherche à défendre l'individu. Je n'aime pas être enrégimenté. La mécanisation ne me plaît pas. Je crois aux vieux quartiers, aux coins tranquilles, plutôt qu'aux autoroutes, aux aéroports et à toutes les autres structures de la société moderne. Les gens ne peuvent pas être à l'aise avec toutes ces lignes géométriques qui les entourent." Sur le mode comique, "Mon Oncle" met en scène le malaise issu de la confrontation de deux conceptions antagonistes du monde : celle qui refuse de se détacher du passé et celle qui se tourne résolument vers l'a- venir.

"Playtime" (1968), qui réclama à Tati trois ans de travail et coûta plus de sept cent millions d'anciens francs, ajouta à ce thème un accent absurde prononcé. Hulot erra comme un fantôme dans les cages de verre que sont les bureaux d'un Paris futuriste. Mais cette succession d'absurdités, toujours amusante, à quelque chose de répétitif et de forcé. Tout comme Michelangelo Antonioni, mais dans un autre registre, Tati s'élève contre les dangers de la ville (entièrement construite en studio), qui semble stérilisée et privée de toute vie; ce n'est plus qu'un labyrinthe où circulent  d'étranges cobayes. Comme les estivants des "Vacances de M. Hulot", ces échantillons d'humanité sont parfaitement "typés" : touristes américains, commerçants allemands, vieilles dames à la recherche de quelqu'un pouvant remplacer les ampoules grillées (et qui découvrent qu'à une époque de technologie sophistiquée personne ne peut plus le faire), le couple brouillon, les serveurs qui font tout pour ne pas s'occuper des clients. Hulot essaie de se lier d'amitié avec une jeune Américaine et lui offre un bouquet de fleurs en plastique. Intentionnel à n'en pas douter, c'est là le message mélancolique du film : ce bouquet de plastique, un des symboles les plus précieux et les plus agréables du degré de perfection atteint par le travail de l'homme, n'est en fait qu'un ersatz de la nature.

Avec "Trafic" (1970), Tati à l'occasion de renouveler son inspiration. Hulot doit transporter un nouveau modèle de camping-car de Paris à Amsterdam, où se tient un salon international de l'automobile. Plus impliqué que dans "Playtime", mais toujours d'un détachement exemplaire, Hulot transige tellement avec le progrès qu'il emploie tout son bon sens pour régler les problèmes des automobilistes, les pannes, les embouteillages, les accidents, tandis que les gens s'éparpillent autour de lui, créant ainsi une série d'obstacles insurmontables. Tati ridiculise le comportement typique de l'automobiliste à travers une succession de gags visuels (exemple : celui où une forme indistincte, écrasée sous les roues d'une voiture, pourrait autant être un petit chien mort qu'une vieille veste); l'ironie est tempérée par une discrétion qui ne blesse personne. Mais la discrétion, après tout, n'est-ce pas justement la caractéristique essentielle du comique de Tati? A une époque où l'"indiscrétion" est de règle (grâce au triomphe de l'information), peut-être faut-il savoir gré à Tati de continuer à pratiquer la retenue? 

Après "Trafic", Tati a réalisé "Parade" (1974), sorte d'équation filmique entre le monde du cirque et l'univers de l'enfance. Ce film, qui lui avait été commandé par la télévision suédoise (Sverige Radio T2), lui a valu, en 1975, le Grand Prix du cinéma français. Jacques Tati tire sa révèrence le 4 novembre 1982 à Paris 10ème, il avait 75 ans.        

 

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Bande-annonce du film «Jour de fête» de Jacques Tati

 

 

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Jacques Tati - Les vacances de M. Hulot .

 

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BANDE-ANNONCE MON ONCLE JACQUES TATI 1958

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