NOEL-NOEL          1895 - 1989

          Comédien, scénariste Français

 

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Fin, délié, pourvu d'une bonne dose d'ironie, Lucien Noël possédait, selon la formule, non seulement un joli brin de plume mais aussi un bon coup de crayon. Il fleurissait de dessins humoristiques et de caricatures les journaux amusants qui souriaient vers 1920 dans la capitale. Son enjouement et une agréable filet de voix l'amènent au théâtre des Noctambules où sa réputation de chansonnier s'épanouit rapidement.

Combien de couplets a-t'il effeuillés avec cette nonchalance sur le qui-vive et cette fausse ingénuité qui comblaient d'aise ses auditeurs? Il faudrait revoir son film "La Vie chantée" (1951) où il a eu l'idée de les réunir. Album plus narquois qu'attendri, feuilleté d'un doigt par l'auteur, pressé de tourner les pages et d'animer les chansonnettes. Il était temps. Elles avaient été popularisées par les disques et le phono. Celui-ci s'était détraqué, ceux-là s'étaient brisés. On n'entendait plus "La Soupe à Toto", "Le Chapeau", "Mariage mondain". Grâce au film le répertoire reprend couleur et, de nouveau, "Les Étrennes" font sourire : "Décembre, le mois des étrennes - C'est le mois où dans notre dos - Nos femmes dans nos poches prennent - L'argent pour nous faire un cadeau...!

Misogynie à fleur de peau, petits vers prestes comme des clins d'oeil, développements cocasses. Lucien Noël, devenu pour toujours Noël-Noël visitait "La Maison hantée" et célébrait à sa manière le cinéma parlant. C'était pour lui le moindre des remerciements. Dès 1930, des producteurs avisés l'extirpent de son piano pour l'offrir à la caméra, enchantée de la recrue¨. Puis la Paramount s'installe à Paris joue la séduction. Noël-Noël constitue un de ses atouts.

De ses premiers apprentissages, il a retenu la discrétion, l'art de glisser les apartés, de murmurer les sous-entendus. Il sait manier l'estompe, exploiter son talent de diseur. Expressif et plaisant, l'oeil moins candide qu'il ne laisse croire, il s'envole à la demande sur les ailes de la fantaisie ou peinturlure de couleurs acides les hurluberlus. Dans "Mistigri" (1931) de Harry Lachmann, en cabotin infatué de sa personne, il réussit une composition mi-fugue-mi-raisin, odieuse et pitoyable. Elle contrebalance les exploits du gentil "Monsieur Albert" (1932) de Karl Anton, maître d'hôtel amoureux d'une étoile. Le peintre Mauclair qui assiste à son propre enterrement et tire de l'épreuve une philosophie douce et pratique, c'est encore lui "Pour vivre heureux" (1932) de Claudio della Torre, comme il est ce Léon Mirol qui, pour toucher un héritage, a besoin de la décision finale d'un ami, candidat au suicide "Quand te tues-tu ?" (1931) de Roger Capellani.

Or ce jeune premier, tel qu'on le voit dans "Mon coeur balance" (1932) de René Guissart, aussi inoffensif qu"une boîte aquarelle à l'usage des enfants, est brusquement dynamité. Ademaï Joseph effectue une entrée fracassante. Son règne commence et sa fortune va couvrir une bonne décennie. Le petit paysan au poil ras patoise obstinément, se cramponne à sa courte logique, débat de son bon droit. Certaines répliques font fureur, deviennent scies de l'époque. "Mine de rien" par exemple ou, prononcé avec l'accent voulu, "C't'n adjudant, m'n adjudant..." Adémaï qui "atteint au sublime de l'héroïsme par incapacité de faire autrement ce qu'on lui a ordonné de faire". "Adémaï" se promène un peu partout : à l'O.N.M., ou dans les rangs de la Nation armée (deux films de Jean Marguenat de 1935), à des époques diverses "Ademaï au Moyen Age" (1935) de Marguenat. Tour à tour "Ademaï aviateur" (1932) de Jean Tarride ou "Bandit d'honneur" (1943) de Gilles Grangier. Et quand ce n'est pas Adémaï, ce sont ses cousins qui surgissent, plus jargonnant que jamais "Moutonnet" (1936) de René Sti ou le Bréchu de "Mam'zelle Spahi" (1934) de Max de Vaucorbeil ou ce Yannick Le Ploumanech qui, en 1936, irrite si fort les Bretons "Tout va très bien madame la Marquise" de Henry Wulschleger.

Noël-Noël a expliqué sa délectation à se transformer. Après Adémaï vient en effet "Le Centenaire" (1935) de Pierre-Jean Ducis et il y aura "Le Père tranquille" (1946) de René Clément. "Quand on m'apporte un scénario, écrit-il, je commence à imaginer le personnage dont l'aspect physique conviendrait au caractère moral du rôle. Ensuite je dessine ce personnage en tête et en silhouette et enfin je reconstitue sur moi cette tête et cette silhouette."

Adémaï effaré, les pieds en dedans, raidi au garde à vous, l'oeil plissé, s'est faufilé parmi les création comiques de l'écran, en dépit de l'indigence des réalisateurs. Le sel des dialogues s'est évaporé en partie, les plaisanteries sur les campagnards paraissent antédiluviennes. Ces sketches s'apparentent en somme aux gaudrioles de caserne dont on recherche, de temps en temps, à remonter le mécanisme.

Les soupirants de carte postale, les amoureux, tout ensemble transis et ardents, qui ne peuvent offrir qu'une rose avant que la porte leur claque au nez, l'ennuyaient-ils ? Jean Vidal signale pourtant qu'"il y a dans les créations de Noël-Noël une grâce ingénue, une façon d'être ému sans se prendre au sérieux qui leur confère une qualité particulière. C'est le cas de "L'Innocent" (1938) de Maurice Cammage, doux vendeur de violettes, ami des enfants, en passe de devenir le pantin d'horribles gangsters, mais qui embrouille si bien les fils que les méchants se retrouvent ligotés. En réalité l'acteur, tracassé par son passé de dessins et de chansons, veut donner vie à ses croquis.

Il va en résulter une longue fresque où seront détaillées les aventures moyennes du Français moyen. Petit-bourgeois propret, adepte du noeud papillon, de la paire de gants, du chapeau gris, prêt à décrocher le parapluie et à enrouler le cache-nez. Bureaucrate rangé ou provincial pantouflard, il est cependant plus rouspéteur que timide. Du coup, il bascule vite dans le recueil de lieux communs, la stratégie du Café du Commerce. On discerne mal dans cette démagogie doucereuse ce qu'elle comporte d'ironie certaine, alors que les facilités abondent. Sur ce modèle, voici "Sur le plancher des vaches" (1939) de Pierre-Jean Ducis, "La Famille Duraton" (1939) de Christian Stengel, "Retour à la vie" (1948) de Jean Dréville, "Bonjour toubib" (1956) de Louis Cuny, "A pied, à cheval et en voiture" (1957) de Maurice Delbez, "A pied, à cheval et en spoutnik" (1958) de Jean Dréville. Il en arrive ainsi à canaliser la verve torrentueuse de Feydeau dans "Le Fil à la patte" (1954) de Guy Lefranc et à ratatiner l'épopée napoléonienne "La Sentinelle endormie" (1965) toujours de Dréville. L'acteur discret d'autrefois se laisse emporter par le cabotinage "Les Vieux de la vieille" (1960) de Gilles Grangier.

"Le Père tranquille" a installé un type en passant dans le langage courant. L'histoire tend, sans flagornerie excessive, un miroir de poche aux Français de l'Occupation. Y apparaissent les vertus de la race telles qu'ils se les imaginent : prudence hardie, efficacité calculée, modestie exemplaire. Le film venait à son heure, sans coups de trompette, juste la moquerie tendre d'une petite flûte. Arrivèrent ensuite "Les Casse-pieds" (1948), où Noël-Noêl retrouvait tout à coup, à propos de têtes de pipe, sa verve brillante. Aidé par Jean Dréville, il orchestrait tout un ballet sans se prendre au sérieux . Repas de hors-d'oeuvre et de desserts légers. "Les Casse-pieds" se placent dans la droite ligne du cinéma français. Cinéma des coteaux modérés et des routes sinueuses dont les guides recommandent le charme et le pittoresque.

Reste le personnage du pion affable et décidé, confiant le pouvoir de la musique. Celui qui entraîne sur ses pas de tendre chenapans, conquis par ce nouvel Orphée. Ainsi Noël-Noël renoue-t'il avec ses premiers personnages, lunaires comme l'ami Pierrot, inventifs et gais et dépensant les ressources d'un coeur d'or caché sous un imperméable fatigué "La Cage aux rossignols" (1944) de Jean Dréville. En fallait-il plus pour que s'attendrisse le spectateur de bonne volonté ? En faut-il davantage pour que Noël-Noël ne sombre jamais dans l'oubli. Celui-ci nous quitte paisiblement le 4 octobre 1989 à Nice, il avait 92 ans.

Extraits de "Noir & Blanc" de Olivier Barrot et Raymond Chirat - Editions Flammarion

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