MARCEL DALIO                 1899  - 1989

          Comédien Français

 

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Le traître numéro un du cinéma français. Ainsi est catalogué Marcel Dalio dès ses débuts au cinéma. Dans "Pépé le Moko", son premier film important, il est un indicateur abject que Jean Gabin malmène durement. Très petit, cheveux frisés et teint olivâtre il est le "métèque" que le public de l'époque juge capable des pires méfaits. Pourtant Israel Mosche Blaushild a fait ses débuts au théâtre, à quinze ans, dans des rôles plus variés. Devenu Marcel Dalio il a joué de grandes pièces et sa fantaisie a été applaudie au cabaret et au music-hall. Mais au cinéma, si on a l'allure d'un traître, on joue les traîtres. Ses deux plus grands rôles le compagnon d'évasion de Gabin dans "La Grande Illusion" et le marquis de La Chesnaye de "La Règle du jeu" auraient dû le débarrasser de cette classification hâtive. Il n'en est rien.

Il faut l'Occupation nazie pour qu'il aille en Amérique et change enfin d'emploi. "Dix fois je suis mort en chantant la Marseillaise" dit-il. De fait les Américains ont souvent donné des rôles de français "typiques" à ce fils d'une famille d'Odessa réfugiée à Paris. Après avoir été pêcheur breton, il est Clemenceau dans un film sur Wilson. John Ford lui fait jouer un prêtre dans "La Taverne de l'Irlandais". Revenu en France il continue à tourner le plus possible. En lisant ses souvenirs "Mes années folles" où les femmes occupent une grande place, avec Pierre Brasseur son grand ami et Humphrey Bogart dont il fut le partenaire admiratif, on réalise que Dalio est plus pittoresque que le plus pittoresque de tous ses personnages. Robert Chazal. 

Marcel Israel Mosche Blaushild plus connu sous le nom de Marcel Dalio est né le 23 novembre 1899 à Paris. Dès le début des années 1920, il commence une étonnante carrière. Après le conservatoire, il apparaît dans des spectacles de revues, genre florissant en ce temps-là et au cabaret. Il surmonte à force de talent le handicap d'une petite taille, acquiert peu à peu une grande notoriété sur les scènes parisiennes en interprétant du Stève Passeur ou de l'Edouard Bourdet.  

Marcel Dalio n'est pas l'homme d'un rôle ou d'un autre. Sa place ne saurait être posée par l'énoncé des emplois, importants ou non, qu'il a tenus. Il y a plus qu'un acteur dans la figure d'Israël Moshé Blauschild, bien qu'il n'est exercé que ce métier. Si Dalio a si continûment traversé un demi-siècle de cinéma et, d'origine roumaine, s'est trouvé chez lui à Paris sans parvenir à s'y sentir à Hollywood : si cet elfe à l'oeil vif a su faire autant rire ses contemporains un instant avant que de les faire fondre en larmes : si la fête qu'a été sa vie n'a cessé de frôler la tragédie : si enfin Dalio est si profondément inscrit dans la mémoire du spectateur français, c'est-à-dire dans celle de ses spectateurs, c'est qu'il y a en lui une poussière d'éternité.

Marcel Dalio ne refuse ni l'outrance ni le mauvais goût et son jeu n'est pas à l'abri des reproches. Il ne fait preuve ni d'un discernement extrême ni d'une exigence particulière. Il peut être mauvais. Nul cependant ne s'en souvient et ne l'en blâme. Car à conjurer Dalio on s'expose à recueillir l'étincelle imprévisible qui fait que de la performance descriptible on passe à l'émotion indicible. Vieux de deux mille ans, Dalio est autant un personnage de Joseph Roth ou d'Isaac Singer que l'interprète de John Ford et de Jean Renoir. Dalio a précisé bien des éléments de sa biographie dans son assez remarquable livre de souvenirs, "Mes années folles" (Lattès,1976). Il ne s'agit pas d'une auto-apologie et lorsque l'auteur évoque par exemple "Les Temps difficiles" d'Edouard Bourdet, qu'il créa en 1935 à la Michodière, on apprend davantage de choses sur le dramaturge que sur le succès personnel de Dalio. Pourtant, dans le rôle d'un dégénéré, enjeu d'intérêts sordides aux côtés de Victor Boucher, de Marguerite Deval, d'Hélène Perdrière et de Jeanne Provost, il semble que pour la première fois Dalio ait confiné au génie.

Julien Duvivier, dont le jugement et la maîtrise sans faille vaudraient qu'on le réhabilite une fois pour toutes au sommet, offre à Dalio un rôle important au cinéma, dans "Pépé le Moko" (1935). C'est la première chance de l'acteur devant la caméra, et on se souvient de ce minable mouchard que Gabin corrige de la belle façon, dans l'une de ses premières colères. Mais c'est là bien peu de choses au regard de "La Grande Illusion" (1937). Rosenthal, devant qui Gabin chante "Il était un petit navire" dans la neige, c'est notre patrimoine à nous tous, comme la tirade des nez de Cyrano ou le lamento du Jardinier d'Electre". Si grandiose est Dalio avec Renoir qu'un autre mésestimé, Pierre chenal, fait de lui la vedette de "La Maison du Maltais" (1938). Dalio, en personnage éperdu d'amour et perdu de générosité, s'y donne la mort pour les beaux yeux de Viviane Romance. Peut-on écrire qu'il semble monter au Golgotha?

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Quel crescendo, brisé par la guerre, qui le voit ensuite, proprement inoubliable, dans le rôle de l'élégant marquis de La Chesnaye de "La Règle du jeu" (1939), personnage libertin et tragique dans la lucidité mordante pare, comme à la mesure, le comédien. Dalio a cru un temps échapper à sa destinée tragique. Vichy et ses lois scélérates ne lui laissent pas continuer de croire que la fuite puisse un jour s'interrompre. Le voilà sans un sou en Amérique, au Canada puis à Hollywood. Maurice Chevalier : "La concierge de la maison où sa vieille mère vivait dans une mansarde la dénonce à la Gestapo. Elle fut enlevée un matin. Son père, lui, qui ne se cachait pas, fut pris. Marcel Dalio ne les revit plus, n'entendit plus rien d'eux. Nettoyés du monde comme par une éponge. Dalio est petit et s'en blague lui-même. Il dit que de ce fait il a toujours tendance à exagérer son jeu pour s'imposer davantage. Les femmes l'ont bafoué, exploité, escroqué : il est seul, humble, dénué de méchanceté, sans trace de haine. Il est un des camarades les plus touchants, les plus intéressants que j'aie rencontrés." Acteur plein de fantaisie, d'exubérance et d'autorité, il laisse de côté ses compositions de mouchards et lui permet de s'évader, on le voit dans "Les Perles de la couronne" (1937) de Sacha Guitry, "Entrée des Artistes" (1938) de Marc Allégret, "Tempête" (1940) de Dominique Bernard-Deschamps, "Chéri-Bibi" (1938) de Léon Mathot

En Amérique, Dalio ne réussit pas mal. Moins pendant la guerre que la paix venue. Quel autre acteur français a tourné sous la direciton d'Henry King "Les Neiges du Kilimandjaro" (The Snows of Kilimandjaro,1952) et d'Howard Hawks "Les Hommes préfèrent les blondes" (Gentlemen prefer blondes,1953), de Billy Wilder "Sabrina" (1952) et de William A. Wellman "La Fayette Escadrille" (1956), et de John Ford "La Taverne de l'Irlandais" (Donovan's Reef,1962)?. Il est apprécié aux Etats-Unis pour la vivacité et l'acuité avec lesquelles il dessine les silhouettes qu'on lui destine, si minces soient-elles. Il retrouve les rôles de traîtes qu'on s'était empressé de lui redistribuer. Quand il en est las, il pense à l'Amérique et c'est ainsi qu'il cède à plusieurs reprises à la tentation hollywoodiennes où il a conservé bon nombre d'amis ou de réalisateurs tels que Blake Edwards, John Ford et William Wyler savent l'utiliser.

En France, où depuis 1965 il s'est fixé définitivement, il continue à beaucoup tourner, s'amusant de tout, y compris de son âge, perpétuant la tradition des grands acteurs qui savent imposer leur ton, leurs tics et leur présence. Ainsi, parti de personnages peu recommandables, Marcel Dalio a évolué vers des rôles délibérément cocasses et caricaturaux qu'il interprète avec beaucoup de malice et en n'épargnant pas les clins d'oeil au public. D'ailleurs le théâtre non plus ne l'a pas oublié, puisqu'on a pu le revoir, les dernières années, jouer "La Cerisaie" de Tchékov et "Par dessus bord" de Michel Vinaver.  

Le Dalio de l'après-guerre a deux patries provisoires, la France et les Etats-Unis, et n'arrête plus de tourner. Une reconnaissance, aux deux sens du mot, s'exprime dans les années soixante. Voici Philippe de Broca "Un Monsieur de compagnie" (1964) et Jean-Daniel Pollet "L'Amour c'est gai, l'amour c'est triste" (1968). Et aussi Joël Santoni qui lui confie un rôle très important dans cet étrange film que sont "Les Yeux fermés (1971) où Gérard Desarthe choisit de se comporter en aveugle. Dalio habite quai de Passy, non loin du métro aérien, un appartement presque vide qui ressemble à un décor de film. Ce sont les réalisateurs René Feret "La Communion solennelle" (1976) et Anielle Weinberger "L'Honorable Société" (1977) qui lui fournissent ses participations les plus notables au jeune cinéma. Mais sans sectarisme? Dalio ne dédaigne par les films X dont il s'amuse fort à raconter le scénario dans ses souvenirs. Ne pas oublier sa participation légendaire dans le rôle-titre des "Aventures de Rabbi Jacob" (1973) de Gérard Oury 

Voulez-vous que nous concluions? Marcel Dalio ne disparaîtra pas. Citons les derniers mots de son livre : "Au bas de cette dernière page, je préfère qu'on inscrive comme épitaphe provisoire : Marcel Dalio, redemandé partout, libre de suite." Marcel Dalio est retrouvé sans vie dans son appartement parisien du 16ème arrondissement, le 18 novembre 1983, il aurait eût 83 ans, une semaine plus tard.

Extraits *Noir et Blanc Olivier Barrot & Raymond Chirat Editions Flammarion 

       

Cinéma Cinémas - Marcel Dalio - 1983

 

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La grande illusion - Renoir - La Marseillaise

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Il était une fois... « La Règle du jeu »

 

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                           Les Neiges du Kilimandjaro - 1952 - Henry King 

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Extraits *Noir et Blanc Olivier Barrot & Raymond Chirat Editions Flammarion  

 

Affiches :   Affiches-cine.com/ Cinemafrançais.fr - Cinetom.fr

 

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