RENEE SAINT-CYR                 1904 - 2004

           Comédienne Française 

 

AA01RSC1 (2)

 

 

Il existe une destinée des prénoms. Jusqu'à la Libération, les metteurs en scène de comédies élementaires s'appelaient Maurice - Cammage, Cloche, Gleize, Cam - ou René - Pujol, Jayet, Guissart, Barberis, Les trois Renée du cinéma français, Saint-Cyr, Devillers et Faure ont en commun le goût du malheur conjuré et arborent volontiers un petit air chiffonné ou boudeur qui peut séduire autant qu'agacer. Renée Saint-Cyr a eu commes partenaires, la plupart des comédiens français : Raimu, Harry Baur, Noël-Noël, Albert Préjean, Sacha Guitry, Pierre Blanchar, Pierre Brasseur, Jules Berry, Jean-Louis Barrault, Bernard Blier, Raymond Rouleau, René Lefèvre, Claude Dauphin, Louis Salou, Henri Garat, Gabriel Gabrio, André Lefaur, Jean Sevais, Henri Guisol, Pierre Renoir, Saturnin Fabre, Noël Roquevert, Fernand Gravey, Georges Marchal, Paul Meurisse, André Luguet, Jean-Claude Pascal,

Marie-Louise, Catherine, Eugénie, Renée Vittoret est née à Beausoleil, dans les Alpes-Maritimes, le 16 novembre 1904. Elle avait commencé à suivre les cours d'art dramatique du Conservatoire de Marseille lorsqu'elle épousa - elle venait d'avoir seize ans -un richissime homme d'affaires, Léopold Lautner, dont elle aura un fils, Georges Lautner, né le 24 janvier 1926. Elle renonça à la carrière artistique jusqu'à ce que la crise économique précipite la ruine de son époux. C'est donc pour subvenir aux besoins de la famille que Renée décida de réaliser son rêve et de faire du cinéma.  

Marie-Louise-Renée Vittoré, plus connue sous le nom de Renée Saint-Cyr (ce pseudonyme lui fut inspiré par le nom d'un chien qu'elle aimait entre tous) s'est fait connaître tout à trac comme l'une des "Deux Orphelines" (1933) de Maurice Tourneur. Tournée entre octobre 1932 et février 1933 dans les studios de Pathé-Natan de Joinville-le-Pont, cette version marqua les débuts à l'écran de l'actrice, alors âgée de 29 ans. Arrivée de fraîche date à Paris, la comédienne demanda à voir le directeur de Pathé-Natan et tourna un essai pour le film. Elle fut non seulement retenue pour partager la vedette avec Rosine Déréan, mais se vit également offrir un contrat de trois ans. Dans son livre de souvenirs, "En toute mauvaise foi" (Editions du Rocher,1990), Renée Saint-Cyr raconte que les rapports sur le tournage étaient particulièrement tendus.  Connu pour mortifier ses acteurs, Maurice Tourneur traumatisa la comédienne au point qu'elle se révéla incapable de tourner le moindre gros plan en sa présence. Le réalisateur était alors invité à aller fumer une cigarette dans la cour du studio, laissant à ses techniciens le soin d'effectuer le travail à sa place. Renée Saint-Cyr fut également subir les vexations de sa partenaire Rosine Deréan, qui la détestait au point de ne jamais lui adresser la parole en dehors des dialogues du film.

Jolie femme distinguée, Renée Saint-Cyr correspond volontiers par son allure et ses traits à ce que l'on appelle une "Parisienne". Le cinéma lui conféra en outre la spécialité d'amoureuse, comblée ou non, qui lui valut une popularité réelle pendant une décennie : on disait vers 1948 qu'aucune actrice ne recevait autant de courrier du coeur qu'elle... La souffrance, même sur commande, doit rapprocher, et cette brune aux yeux brun-vert, faite pour la toilette et le chapeau ne manifesait-elle pas une rare constance, et beaucoup d'artifice, à menacer d'expirer dès la première épreuve? Ses moyens de comédienne n'étant pas sans limite, elle eut la chance d'être la partenaire d'acteurs au contraire dotés de cette ironie-fantasque qui préserve quelque agrément à la vision de ses films. 

Ainsi vit-on Renée Saint-Cyr avec le jeune Pierre Brasseur, gandin trop vite grandi dans "Incognito" (1933) de Gerron, "La Valse éternelle" (1936) de Neufeld, "Pattes de mouche" (1936) de Jean Grémillon; en compagnie de Jules Berry le coruscant dans "Arlette et ses papas" (1934) de Roussell, qu'elle finissait curieusement par épouser après qu'il ait cru être son père, et dans "Les Loups entre eux" (1936) de Léon Mathot, comédie d'espionnage très enlevée que le couple animait avec esprit; aux côtés de Max Dearly, son vrai père d'"Arlette et ses papas", dans "Le Dernier Milliardaire" (1934) plus mauvais film de René Clair, cette satire grinçante de la dictature fut mal accueilli, le climat de l'année 1934 explique en gros cet échec, une certaine partie du public représentant la droite n'admit pas qu'on bafouât ainsi une autorité qu'elle prisait et qu'elle prônait.  Elle donna la réplique au charmant Henri Guisol dans le tout de guingois "Madame et le mort" (1943) de Louis Daquin; on y voit la cocasserie des situations, le côté farfelu des protagonistes, la "mise en abyme" de l'intrigue, font pencher l'oeuvre du côté de la comédie loufoque, plutôt que du genre policier proprement dit. Le réalisateur semble avoir pris conscience de clivage; cher à Pierre Very, et bien mis en valeur par l'adaptation de Marcel Aymé. Mais il s'est heurté à une erreur de casting : Renée Saint-Cyr n'est pas très à l'aise dans le personnage de la détective : elle tenait cependant au rôle, ayant acheté les droits d'adaptation du livre dès sa parution. En revanche, on dut supporter l'ennui propre au sérieux de pacotille ou à la comédie ratée lorsque ses soupirants étaient Albert Préjean dans "Toto" (1933) de Jacques Tourneur, Henri Garat dans "Valse royale" (1936) de Jean Grémillon ou "Le Chemin de l'honneur" (1939) de Paulin, Georges Flamant dans "Prison de femmes" (1938) de Roger Richebé. Rire de gorge et voix flûtée rendaient alors Renée Saint-Cyr franchement exaspérante.

En 1937 au théâtre de l'Etoile, elle fut Polly Peachum dans un "Opéra de quat'sous" où figuraient également Yvette Guilbert qui jouait sa mère, Raymond Rouleau en Mackie, Suzy Solidor, Raymond Cordy, Gaby Sylvia, René Bergeron et Jean Mercure. Ce ne fut pas son triomphe, mais Renée Saint-Cyr reçut une offre américaine de la Fox. Elle déclina pour accepter celle de la Gaumont British et tourner à Londres "Etranges pensionnaires" (Strange Boarders of Palace Crescent,1938), un film policier d'Herbert Mason avec Tom Walls et Googie Withers. L'année suivante elle est à Rome aux côtés de Vittorio de Sica qui met en scène sa première oeuvre, "Roses écarlates" (Rose Scarlatte,1941) .

AA01RSC59

 

L'Occupation lui vaut ses rôles les plus célèbres, dans des productions à gros moyens. Dans "La Symphonie fantastique" (1941) de Christian-Jaque, elle parvenait à souffrir davantage, en harpiste éconduite par Berlioz, que Jean-Louis Barrault lui-même crevant un soir d'orage l'abcès qui enflammait sa gorge. "Renée Saint-Cyr pianotait des cils l'amour sincère et l'émotion en gardant un visage de cire même sous une perruque grise" (Siclier) et sous les trois orchestres et la pompe que la Continental allemande avait mis au service du film.

Plus à l'aise dans "Pierre et Jean" (1943) de André Cayatte alors à ses débuts et dans sa meilleure veine, elle étouffait dans la noire mesquinerie sortie de la plume de Maupassant. Pour cette version réalisée sous l'Occupation, l'action fut transportée en 1913 et dans les années 30. Quant au nom de l'amant qui, chez Maupassant se nommait Maréchal, celui de Marchat lui fut préféré, sans doute pour éviter la confusion avec le Maréchal Pétain, alors chef de l'Etat. Son maniérisme naturel, si l'on peut dire, s'accommodait idéalement des préciosités de Directoire reconstituées dans "Paméla ou l'énigme du temple" (1944) de Pierre de Hérain, tandis qu'enroulée dans un impérméable et coiffée d'un béret, elle dégageait un érotisme assez irrésistible dans "Marie Martine" (1942) d'Albert Valentin. Cette oeuvre savoureuse fondée sur un étonnant scénario de Jacques Viot et, a-t'on dit Jean Anouilh, en forme de précipité, s'enrichissait en outre de la présence de trois maîtres excentriques, Jules Berry en romancier véreux, Marguerite Deval en gouvernante méticuleuse, et Saturnin Fabre en vieil original.

L'après-guerre jette Renée Saint-Cyr dans les bras de piètre cavaliers, Jean-Claude Pascal et Jean Chevrier, Yves Vincent et Henri Vidal. Elle s'est retirée peu à peu, pour ne plus paraître que dans les films de son fils, du "Monocle rit jaune" (1964) à "Ils sont fous ses sorciers" (1977) en passant par "Attention ! une femme peut-on cacher une autre" (1983) ou "Est-ce bien raisonnable ?" (1981). Elle éprouva de tout temps une vive admiration pour Anatole France : c'est là une marque de boût. Quelques mois avant son centième anniversaire, Renée Saint-Cyr meurt le 11 juillet 2004 et fut inhumée au cimetière du château de Nice.

         

 

 

AA01RSC4 AA01RSC5

 

AA01RSC6 AA01RSC7

 

AA01RSC8 AA01RSC10

          AA01RSC9

 

AA01RSC11  AA01RSC12

AA01RSC13 AA01RSC14

 

              AA01RSC15

AA01RSC16 aa01rsc17

aa01rsc18 AA01RSC19

          AA01RSC2

 

         AA01RSC56

AA01RSC20 AA01RSC21

          AA01RSC22

AA01RSC23 AA01RSC24

            AA01RSC26

             AA01RSC27

 

              AA01RSC60

 

 

              AA01RSC58

               AA01RSC30

               AA01RSC31

 

AA01RSC32 AA01RSC33

 

          AA01RSC57

AA01RSC34 AA01RSC35

AA01RSC36 AA01RSC37

AA01RSC38AA01RSC39

AA01RSC40 AA01RSC41

AA01RSC42 AA01RSC43

AA01RSC44 AA01RSC45

AA01RSC46  AA01RSC47

 

 

AA01RSC48  AA01RSC49

 

AA01RSC50 AA01RSC51

AA01RSC52   AA01RSC53

 

AA01RSC54 AA01RSC55

 

Oui, Renée Saint-Cyr m'avait contacté à mon travail à une autre période où l'on faisait des photos de comédiens ! Ce dont je me souviens le plus, c'est sa voix ! une voix percutante, un timbre aigu, dès que l'on m'a passé l'appel, j'ai reconnu aussitôt sa voix bien avant qu'elle énonce son nom. Bien sûr, j'étais ému, elle n'en a rien su! j'appréciais son professionnalisme, sa distinction, son aisance à parler aux plus jeunes qu'elle....   

 

Affiches :   Affiches-cine.com/ Cinemafrançais.fr - Cinetom

 

 

___________________________