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CINETOM
8 avril 2018

THOMAS H. INCE, LE PÈRE DU WESTERN

             THOMAS H. INCE          1882 - 1924

                   Cinéaste, Producteur Américain

 

  

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Considéré comme le père du western, Ince fut le maître du cinéma !. Sans adopter cette affirmation absolue de Louis Delluc, on doit reconnaître que Thomas H. Ince a été un des premiers maîtres du cinéma, un de ceux qui ont contribué à sa formation artistique, sans oublier qu'il a donné au western, ce "cinéma américain par excellence" (André Bazin dixit) ses lettres de noblesse. Contrairement à D.W. Griffith, qui était avant tout un metteur en scène, Thomas Ince était un cinéaste, ce terme englobant de nombreuses activités. C'est pourquoi on a souvent attribué le montageou supervisé le travail du metteur en scène. Ince était un travailleur infatigable et un prodigieux animateur.

Thomas Harper Ince naquit à Newport, Rhode Island, le 16 novembre 1882. Ses parents, John et Emma Brennan Ince, étaient tous deux comédiens. A l'âge de quinze ans, Thomas avait déjà à son actif une douzaine de spectacles et était connu à Broadway comme danseur et chanteur. Il fit ses débuts au cinéma en 1910 en tant qu'acteur de l'Independent Motion Picture Company, dirigée par Carl Laemmle. Il fut aussi le metteur en scène de la troupe de Mary Pickford que Laemmle envoya à Cuba pour tourner certains films hors du contrôle de la Patents Company.

En 1911 la New York Motion Picture Company (NYMPC) proposa à Ince de travailler dans les studios de la Bison Company à Edendale, en Californie, où elle produisait ses westerns. A ce sujet, Ince déclara à Photoplay : "On m'offrit un salaire de 150 dollars par semaine et je partis pour l'Ouest en octobre. Les bureaux du studio avaient été construits sur l'emplacement d'une ancienne droguerie qui comportait un semblant de plateau. Dans chaque histoire on retrouve un colonel, un shérif ou un chef indien (...); nous arrivâmes à convaincre les Mexicains de jouer le rôle des Indiens. J'avais emmené avec moi de New York Ethel Grandin pour les premiers rôles féminins (...), elle épousa bientôt mon opérateur, Ray Smallwood. Notre premier filmn "The New Cook" (1911), était d'une seule bobine, durée normale d'un film à cette époque. Tout le monde pensa que j'allais être renvoyé pour avoir perdu beaucoup de temps à le faire." En fait, le critique de la revue "Moving Picture World" écrivit qu'Ince méritait d'"être félicité pour la façon dont il a su utiliser du matériel banal. La photographie également est excellente...d'une grande qualité esthétique".

Vers la fin de l'année 1911, les dirigeants de la NYMPC, Charles O. Baumann et Adam Kessel, achetèrent à la Pacific Electric Company le droit de se servir de sa propriété côtière de 18 000 hectares, située à 4 miles au nord de Santa Monica, pour y tourner des films. Le studio fut installé sur les pentes du canyon Santa Ynez. Plus ou moins à la même époque, le Miller Brothers 101 ranch Real Wild West Show, un cirque qui avait déjà participé à des films et qui venait de terminer une tournée dans l'Oklahoma, arriva pour passer l'hiver sur la côte californienne. Ince obtint l'autorisation d'engager toute la troupe pour tourner des westerns "réalistes".

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Le cirque comprenait 350 artistes, notamment des cavaliers, des acteurs, des cow-boys et des cow-girls, des Indiens, mais aussi des chevaux, des boeufs, des mulets, des équipements et autres installations annexes. Rebaptisé Miller 101 Bison Ranch, le studio devint célèbre sous le nom d'"Inceville".

Voici la description qu'en donne Ince : "Notre première installation à Inceville était formée de deux vestiaires, des tentes, l'un pour les hommes et l'autre pour les femmes. Puis nous construisîmes une plate-forme sur laquelle nous disposâmes nos maigres accessoires." Pour le tournage il fut fait aussi appel à la population d'origine russe et japonaise d'un village de pêcheurs voisin, qui s'étendait des deux côtés de la route longeant le littoral, à mi-chemin entre Inceville et Santa Monica.

Ainsi équipé, le studio entama la production de ses fameux westerns. Le premier, dans lequel apparaissent les Indiens d'Inceville, fut "La Guerre dans les plaines" (War on the Plains,1912) avec Ethel Grandin. Film en deux bobines dont on loua l'exactitude historique, le soin apporté au choix des costumes et à la photographie, il fut suivi de "The Indian Massacre Custer's Last Raid", tous deux sortis en 1912, et de nombreux autres films. Pour "Custer's Last Raid, coûteuse production en trois bobines avec Francis Ford dans le rôle du général Custer, Ince reconstitua la bataille de Little Big Horn et passa un accord avec le gouvernement américain lui permettant d'employer comme figurants, en plus de sa troupe permanente de Sioux, plus d'une centaine d'autres installés dans une réserve. Quelques-uns d'entre eux avaient pris part personnellement à la bataille où Custer trouva la mort en 1876. A l'époque ils n'étaient que des enfants, suivants les guerriers et pillant les cadavres ennemis.

Ince collabora directement à la production et à la réalisation de tous les films de la Bison à partir de l'automne de 1911, date à laquelle il fut nommé à la tête de la compagnie, et jusqu'à l'été de l'année suivante. A ce moment-là, il partagea ses fonctions de directeur avec Francis Ford. Ince et sa femme, l'actrice Elinor projetait le film et son mari le visionnait, le découpait et le montait. Puis Ince préparait les scènes suivantes en se servant de la documentation trouvée le jour même par son épouse à la bibliothèque municipale.

En 1912 la NYMPC fusionna avec l'Universal. Cette association marqua le début de la course au pouvoir au sein de la nouvelle société. Ince parla plus tard de cette période de sa carrière : "La lutte légale pour la possession de nos installations tourna à l'affrontement pur et simple (...). A un moment donné, il s'en fallut de peu que le sang coulât. Cela ne fut évité que parce que notre troupe d'Indiens et de cow-boys était bien décidée à ne pas s'en laisser compter." Au bout de l'opération, la NYMPC céda à l'Universal le label "Bison 101" pour les westerns tournés par Ince, Kay Bee (initiales de Kessel et Baumann) devenant la nouvelle appellation pour tout ce qu'Ince produisait directement. Celui-ci tourna en 1914 "Le Désastre" (The Battle of Gettysburg) avec une troupe de huit cents figurants et utilisa simultanément huit caméras pour couvrir l'action sous plusieurs angles.

La popularité de ce genre de films déclinant déjà, Ince présenta au public une nouvelle maison de production : la Domino Films, dont les Picturesques Productions firent connaître la star japonaise Tsuru Aoki et sa troupe de comédiens. Ince fit aussi construire un village japonais à Santa Ynez, où il tournage ou supervisa toute une série de films, dont : "La Colère des Dieux" (The Wrath of the Gods) et "L'Honneur japonais" (The Typhoon) (sortis en 1914) avec Aoki et son mari Sessue Hayakawa.

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Inceville ne cessait de s'étendre. Elle comprenait en 1914 une mission espagnole, un village hollandais avec un vrai canal et un vieux moulin, une ville du Far West et un campement sioux. Environ 520 personnes y vivaient, toutes payées à la semaine. Les Indiens figurant dans les films produits sous l'appellation Kay Bee ou Broncho touchaient un salaire hebdomadaire allant de sept à dix dollars et leurs frais leur étaient remboursés. Les chefs avaient un salaire minimal de douze dollars par semaine, et chacun était entièrement responsable de sa tribu. En 1916 Thomas Ince ouvrit une école où les Indiens qui travaillaient avec lui purent recevoir une éducation de type américain.

Les studios prirent une nouvelle extension en 1914, année à partir de laquelle les films Kay Bee d'Ince furent distribués par la Mutual Masters Pictures de Henry E. Aitken, entre autres "Le Serment de Rio Jim" (The Bargain,1914), qui allait élever William S. Hart au rang de grande star du western. En 1915, à l'occasion d'une énième refonte de sociétés, Aitken, alors propriétaire de la NYMPC, entraîna Ince et la Kay Bee dans la nouvelle Triangle Film Corporation, laquelle regroupait aussi la Reliance Majestic de D.W. Griffith et la Keystone de Mack Sennett. La même année, le propriétaire foncier Harry Culver, qui dirigeait ses activités depuis Los Angeles et Venice, ville touristique californienne, offrit des terres à quiconque ferait construire des studios de cinéma dans la zone qu'il appela Culver City. Bien décidé à bâtir des nouvelles installations pour la NYMPC, Ince obtint de Culver 16 hectares d'une terre poussiéreuse et brûlée par le soleil, celle qui s'étendait le long de la route qu'on appellera plus tard Washington Boulevard. Le complexe fut rapidement baptisé "Incity".

Ince mit un terme à son travail de réalisateur pour se consacrer exclusivement à la production et au développement de sa compagnie. Il conserva cependant le contrôle artistique sur ses films, dont il rédigeait les scénarios, y compris les dialogues et les indications sur la position de la caméra, et assurait personnellement le montage aussi efficace qu'intelligent. Ince produisit en 1916 "Civilisation" (Civilization), une histoire d'inspiration pacifiste se déroulant dans un royaume imaginaire qui rejoignait les tentatives en vue d'une paix négociée du président Woodrow Wilson. Un incendie ayant détruit la première copie de travail du film, l'un des opérateurs, Irvin Willat effectua un nouveau montage pour Ince. Il ajouta des décors peints derrière les titres, un prologue et un épilogue, et fabriqua un châssis-presse optique avec lequel il agrandit certains morceaux de pellicule contenant d'impressionnantes scènes d'explosion.

En désaccord avec Aitken, Thomas Ince quitta la Triangle en 1918 et fonda l'Ince Productions. Il fit construire de nouveaux studios, toujours à Culver City, et passa par la Paramount Artcraft pour la distribution de ses films. L'année suivante, il se tourna vers un autre distributeur, La Metro, et créa l'Associated Producers Inc., avec Mack Sennett, Allan Dwan, Marshall Neilan, Maurice Tourneur et d'autres producteurs et réalisateurs.

Cette compagnie fusionna avec la First National en 1922. Parmi les derniers films importants qu'Ince produisit, il faut citer "Déchéance humaine" (Human Wreck-age,1923), une condamnation de la drogue, avec Bessie Love et Dorothy Davenport, veuve du grand acteur toxicomane Wallace Reid, et "Anna Christie" (1923), avec Blanche Sweet.

Le 19 novembre 1924, Ince était invité à une reception donnée par William Randolph Hearst à bord de son yacht. Il devait discuter avec le magnat de la presse d'un projet de production de films destinés à mettre en vedette la maîtresse de Hearst, l'actrice Marion Davies. N'écoutant pas les conseils de son médecin, qui le soignait pour un ulcère et une angine de poitrine, Ince mangea et but sans retenue. Pris de malaise, il succomba chez lui trois jours plus tard. Le décès fut officiellement attribué à une attaque cardiaque provoquée par une forte indigestion, mais certains émirent l'hypothèse que Hearst, qui soupçonnait Ince d'avoir une liaison avec Marion Davies, aurait pu le supprimer. Mais l'enquête ordonnée par le procureur du district de San Diego ne put confirmer cette sinistre hypothèse.

 

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