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CINETOM
15 août 2016

VITTORIO GASSMAN, L'HISTRION NUMÉRO UN DU CINÉMA ITALIEN

           VITTORIO GASSMAN               1922 - 2000 

            Comédien, Réalisateur Italien

 

AA01VG2

Vittorio Gassman est né le 1er septembre 1922 à Gênes (Italie), né d'un père d'origine autrichienne et une mère italienne. Il suit très jeune les cours de l'Académie d'art dramatique de Rome avant de débuter avec succès en 1943, à Milan, dans une pièce de Dario Niccomedi, "La nemica". Au lendemain de la guerre, sa carrière se poursuit de brillante façon, dans le répertoire tant classique que moderne. Mais c'est sous la direction de Luchino Visconti qu'il s'affirme comme l'un des meilleurs acteurs italiens de sa génération, jouant notamment dans "Comme il vous plaira", "Roméo et Juliette", "Un tramway nommé désir" et "Oreste" d'Alfieri.

En 1952, Gassman fonde sa propre compagnie, le Teatro d'Arte Italiano, et il obtient à travers toute l'Italie un succès historique avec la version intégrale de "Hamlet", puis avec le "Kean" d'Alexandre Dumas adapté par Jean-Paul Sartre, dont il assure également la mise en scène. Il portera d'ailleurs lui-même cette pièce à l'écran avec non moins de réussite, sous le titre de "Kean, genio e stregolatezza" (1956).

Homme de théâtre s'il en fut, Vittorio Gassman ne garde pas un très bon souvenir de ses premiers films, qu'il qualifie volontiers de "répugnants et nauséabonds". Il est vrai que Cinecittà le confine alors dans des rôles de jeunes premiers romantiques ou, surtout, de méchants sans nuances, qu'il joue avec un certain détachement. Pourtant, Vittorio Gassman est remarquable dans ces trois films méconnus que sont "Le Chevalier mystérieux" (Il cavaliere misterioso,1948) et "Trahison" (Tradimento,1951) de Riccardo Freda, et "La Traite des blanches" (La tratta della bianche,1952) de Luigi Comencini. La célébrité mondiale lui est toutefois venue avec un rôle peu sympathique et des plus schématiques, celui de "Riz amer" (Riso amaro,1948), film de Giuseppe De Santis où selon la spirituelle expression de Nino Frank, "Les cuisses de Silvana Mangano font du tort à la peinture revendicative des rizières de Lombardie. 

Appelé à Hollywood, Vittorio Gassman y fait un séjour détestable, marqué par des films que certains considéreront comme d'une extrême médiocrité et par un mariage avec l'actrice Shelley Winters, qui sera d'ailleurs sa partenaire dans le peu reluisant "Mambo" (1954) de Robert Rossen. Il n'est pas sans intérêt de faire observer que, quelque vingt années plus tard, son "come back" hollywoodien ne sera guère plus convaincant : "Un mariage" (A Wedding,1977) et "Quintet" (1979) n'ajouteront rien à sa gloire, malgré la brillante mise en scène de Robert Altman.

C'est sans doute le succès de "Kean", savoureuse variation sur le thème du cabotinage, qui donne alors à Mario Monicelli l'idée de tirer Vittorio Gassman de ses emplois mélodramatiques habituels et d'en faire un personnage essentiellement comique dans "Le Pigeon" (I soliti ignoti,1958). Pour l'imposer, Monicelli doit affronter des préjugés tenaces : "Tout le monde crut que je plaisantais. Personne ne voulait de Gassman. On me proposait plutôt Sordi ou n'importe quel autre acteur.(...) Il ne fallut pas d'efforts particuliers pour lui faire jouer le fanfaron un peu niais. Au bout de deux jours, il s'était parfaitement mis dans la peau de son personnage."

La réussite du film fut telle que le principal intéressé conclut dans ses mémoires, sans fausse modestie mais tout de même à la troisième personne : "Le film fut un petit chef-d'oeuvre, qui fournit un modèle à la comédie italienne naissante...Et Vittorio, avec la désinvolture typique de ses métamorphoses psychologiques, changea d'attitude à l'égard du cinéma en général : aimé au cinéma, il se mit à aimer le cinéma."

Avec "Le Pigeon", Vittorio Gassman vient de faire une entrée fracassante dans le monde de la comédie italienne et, à de rares exceptions près, il ne le quitter plus. Ce qui lui apporte en premier lieu, c'est une virtuosité proprement stupéfiante, une capacité sans pareille à représenter des personnages extrêmement différents, capacité dont il fait la démonstration dans "L'homme aux cent visages" (Il mattadore,1959) de Dino Risi, cinéaste avec qui il va bientôt donner le meilleur de lui-même. Tout en continuant à se produite triomphalement à la scène, notamment dans "Adelchi", le célèbre drame romantique d'Alessandro Manzoni, il approfondit en effet ses rôles comiques en leur conférant une dimension pathétique, voire tragique. A cet égard, un film comme "Le Fanfaron" (Il sorpasso,1962) de Dino Risi constitue indéniablement une étape capitale dans sa carrière cinématographique. Longtemps après, Vittorio Gassman pourra du reste observer : "Il y a peu de films qui reflètent aussi bien que "Le Fanfaron" une Italie où tout semblait facile", une Italie "au comble de l'euphorie économique, l'Italie de la folie des petits immeubles et des chansons, du boom et de la vulgarité", mais où déjà "se faisaient entendre les cloches annonciatrices de la crise."

Pour Vittorio Gassman, c'est le début d'une époustouflante série de comédies de Dino Risi : "L'homme aux cent visages", "Il Gaucho" (1964), "Une vie difficile"  (1961), "La Marche sur Rome" (La marcia su Roma,1962), "Le Fanfaron", "Les Monstres" (I mostri,1963); de Mario Monicelli "Le Pigeon", "La Grande Guerre" (La grande guerra,1959), "L'Armée  Brancaleone" (L'Armata Brancaleone,1965); de Pasquale Festa Campanile : "Une Vierge pour le Prince" (Una Vergine per il principe,1965); d'Ettore Scola "Parlons Femmes" (Se permettete,1964); de Nanny Loy "Hold-Up à la Milanaise" (Audace colpo dei soliti ignoti,1959). Cependant "Anima Nera" de Roberto Rossellini et "Barabbas" (1961) de Richard Fleischer prouvent que sa virtuosité est sans limite, que Vittorio Gassman peut passer sans aucune difficulté du mélodrame au film d'aventures, de la comédie au drame, de l'épopée au film à costumes.

Tout au long des années 60 et 70, Gassman va alterner avec habileté profondeur et facilité, celle-ci pouvant donner lieu au demeurant à des compositions savoureuses. Par exemple dans le plaisant "Qu'est-ce que je viens foutre dans cette révolution ?" (Che c'entriamo noi con la rivoluzione?,1972) de Sergio Corbucci, où il campe un inénarrable cabotin en butte aux persécutions d'un général sadique qui mitraille le peuple américain aux accents du grand air des "Puritains" de Bellini, air surtout connu en France pour être devenu un classique des chansons de corps de garde ("L'Artilleur de Metz")... Dans la plupart des films de Dino Risi en revanche, dans "L'Audience" (L'udienza,1970) de Marco Ferreri, ou dans "Nous nous sommes tant aimés" (C'eravamo tanto amati,1974) d'Ettore Scola, son jeu s'écarte de la technique théâtrale pour atteindre une véritable intériorité cinématographique.

Vittorio Gassman s'est livré à une réflexion très profonde sur le métier d'acteur, tant au théâtre qu'au cinéma. Il s'en est expliqué dans la revue "Cinématographe : "Le cinéma est essentiellement un moyen d'expression réaliste, une sorte de miroir de vérité. Le théâtre au contraire est un miroir de mensonge. D'un certain mensonge : le mensonge sublimé. Il n'est pas de vrai, de grand théâtre, qui ne transforme la réalité. La radiographie de la réalité m'interesse très peu, même en littérature. Ce que j'aime, au théâtre, c'est justement le mensonge. Le théâtre est basé sur le masque. Il y a au théâtre un élément d'ambiguïté intrinsèque qui n'existe pas au cinéma. Cette ambiguïté est fondamentale, constitutive. Il ne faut pas oublier que le théâtre vient du rite. Il n'imite pas la réalité, il en construit une autre. Il n'est pas la réalité, mais une tentative pour la dépasser. Au théâtre, on peut se tromper très facilement sur la personnalité de l'acteur. Au cinéma, sa nature profonde apparaît tout de suite. Le cinéma est une radiographie de l'âme. Un imbécile, un fasciste, se reconnaissent dès le premier gros plan. Par contre, il y a eu de très grands acteurs de théâtre qui étaient des imbéciles. Parfois, ils ne comprenaient même pas ce qu'ils disaient. Ils n'auraient jamais pu faire de cinéma (...). Au cinéma le meilleur acteur est l'acteur réaliste, psychologique et très économe de ses moyens. C'est cela qui me gêne un peu, car le type de mensonge qui est à la base du théâtre m'est plus naturel que la vérité." (Numéro 20,été1976).

C'est bien la raison pour laquelle Gassman, conscient des spécificités respectives du théâtre et du cinéma, s'est toujours considéré, quant à lui, comme un acteur de théâtre, estimant que les véritables acteurs de cinéma ne devraient pas "jouer" mais à l'instar d'un Gary Cooper ou d'un Spencer Tracy, simplement "être" à l'écran. Mais cette vérité cinématographique, cette "radiographie de l'âme", ne l'a-t'il pas lui-même exprimée dans des oeuvres comme "Le Fanfaron" ou comme "Parfum de femme" (Profumo di donna,1974)?. En 1975, pour son rôle de Fausto, Vittorio Gassman a remporté le Prix d'Interprétation Masculine au Festival de Cannes.

En réalité, Vittorio Gassman a bel et bien fini par éprouver une sorte de passion pour le cinéma. Son expérience de réalisateur ne s'est pas arrêtée à son adaptation de "Kean". Après avoir tourné, avec Adolfo Celi et Luciani Lucignani, une manière de psychodrame humoristique intitulé "L'alibi" (1968), il va réaliser une oeuvre infiniment plus ambitieuse : "Sans famille, sans le sou, en quête d'affection" (Senza famiglia, nullatenenti, cercano affetto,1971). Écrit pas Gassman lui-même, en collaboration avec les talentueux Age et Scarpelli, ce film, dont le titre est un hommage transparent à Hector Malot, est une fable moderne d'une originalité déroutante, qui tient à la fois du récit picaresque, de la comédie de moeurs, du mélodrame, du roman-photo, de la comédie musicale et du pamphlet social : "Nous avons voulu que ce film fût une superposition, un mélange d'ingrédients divers, très diversifiés. Je crois que j'ai fait le meilleur choix possible en collaborant avec Age et Scarpelli, qui ont vraiment apporté leur goût de l'observation et de la critique. Nous sommes très vite tombés d'accord sur le thème, j'insiste, d'amour et d'amitié, entre deux hommes. Quant à moi, j'ai insisté le plus possible sur le côté, non pas symbolique, parce qu'il n'y a pas de message, mais sur le côté théâtral, histrionique, un peu expressionniste. Nous sommes en présence de deux "masques", pas vraiment des hommes."

Dans cette oeuvre très personnelle où il délivre la part la plus secrète, la plus sensible de lui-même, Vittorio Gassman retrouve dans le théâtre, le masque, le "mensonge". En 1976, il retournera d'ailleurs une fois de plus sur le planches, avec une pièce sur le paradoxe du comédien, "O Cesare o nessuno", après quoi, en 1977, il monta un spectacle unique, "Sette gioni all'asta", au cours duquel il établira une confrontation passionnante avec le public. 

Entre Vittorio Gassman et le cinéma, les relations n'ont pas toujours été des plus clémentes. Evoquant les premières années de sa carrière à l'écran, il écrivait ainsi dans ses mémoires : "Traitant le cinéma comme il me traitait, j'affectais envers lui une attitude de snobisme méprisant, proclamant qu'il n'avait pour moi qu'une valeur vénale et lui refusant toute dignité artistique." Il fit aussi un jour cette déclaration : "L'antipathie fut immédiate et réciproque. Le cinéma m'ennuyait, je détestais son caractère fragmentaire et équivoque, le tohu-bohu incessant du tournage." Il faut dire que ces propos venaient d'un comédien dont la passion pour le théâtre a été longtemps sans partage. Au moins jusqu'à ce que Mario Monicelli lui fasse définitivement prendre conscience des possibilités artistiques du septième art avec "Le Pigeon".

En 1979, Gassman retrouve Dino Risi avec "Cher Papa" ( (Caro Papa). Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 1979, le film fut peu apprécié de la critique. Cette même année, il complète une distribution impréssionnante dans "La Terrasse" (La Terrazza) d'Ettore Scola qui en parla à Gassman qui s'apprêtait à partir pour l'Amérique pour y tourner "Un Mariage" de Robert Altman. On peut citer également dans son palmarès des meilleurs films : "Valse d'Amour" (Tolgo il disturbo,1990) de Dino Risi avec Dominique Sanda, "La Carrière d'une femme de chambre" (Telefoni bianchi,1975) de Dino Risi, "Le Désert des Tartares" (Il deserto dei tartari,1976) de Valerio Zurlini, "Ames perdues" (Anima Paersa,1976) de Dino Risi avec Catherine Deneuve, "Les nouveaux monstres" (Il nuovi mostri,1977) réalisés par Ettore Scola, Dino Risi et Mario Monicelli, "Chambre d'Hôtel" (Camera d'albergo,1980) de Monicelli, "Benvenuta" (1983) d'André Delvaux, "La vie est un roman" (1983) d'Alain Resnais, "La Famille" (La famiglia,1987) de Scola, "Oublier Palerme" (1989) de Francesco Rosi pour clôturer avec "Le Dîner" (La Cena,1998) d'Ettore Scola. Vittorio Gassman est mort à le 29 juin 2000 à Rome des suites d'une crise cardiaque.

 

 

          

                                                                      1955

                                                     Affiches Finalisées fin septembre

                                                                       1956

               AA01VG48

 

                                                      1962

 

              AA01VG30

 

                                                            1967

 

              AA01VG33

 

                                                         1974

               AA01VG28

 

                                                         1983

                AA01VG3

 

_______________________________F.W. Murnau

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