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24 juillet 2016

ALICE GUY, PREMIÈRE FEMME CINÉASTE DU MONDE

                         ALICE GUY                                        1873 - 1968 

             Cinéaste Française

 

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Alice Guy est née le 1er juillet 1873 à Saint-Mandé (Seine). A vingt-deux ans, elle est engagée en qualité de secrétaire-dactylographe au Comptoir général de Photographie, dont le nouveau patron n'était autre que Léon Gaumont. En compagnie de ce dernier, Alice Guy assista à la présentation privée du Cinématographe Lumière à la Société d'encouragement à l'industrie nationale, le 22 mars 1895. Fortement impréssionnée par ces "photographies vivantes", la jeune femme retourna les voir. Elle demanda alors à Léon Gaumont l'autorisation de "raconter de petites histoires" au moyen de l'appareil Lumière. Celui-ci était beaucoup plus intéressé par les problèmes mécaniques que par le futur art des images, lorsqu'elle eut l'audace de proposer "timidement" à son patron d'écrire une ou deux saynètes et de les faire jouer par des amis. A sa propre surprise, elle obtint satisfaction à la condition que cela n'empièterait pas sur ses fonctions de secrétaire! Cela devait pourtant rapidement empiéter, et au bout d'un an et demi ou deux, Alice Guy, soutenue entre autres par Gustave Eiffel, président du conseil d'administration de Gaumont, était confirmée comme chef du "service des théâtres de prise de vues". elle le demeura jusqu'en 1907, régnant souverainement sur la production Gaumont des dix premières années, à la fois comme réalisatrice, directrice artistique, chef régisseur...

Pendant toute cette période, elle abattit une besogne considérable, réalisant et produisant un nombre de films incroyable. Dans l'inventaire qu'il a dressé de son oeuvre, Francis Lacassin a dénombré 406 numéros...Il est vrai qu'il s'agit le plus souvent de très courtes bande de vingt, quarante ou quatre-vingt dix mètres. "L'assassinat du Courrier de Lyon", drame de 122 mètres, est, en 1904, d'une longueur exceptionnelle. "La vie du Christ", en vingt-cinq tableaux de quinze à quarante mètres chacun, et d'une longueur totale de six cent mètres, fait figure de superproduction ! 

Alice Guy réalisa aussi de nombreuses "phonoscènes" pour le fameux Chronophone de Léon Gaumont, première version du cinéma parlant, obtenue par un ingénieux synchronisme entre deux appareils (cinéma et phonographe) réunis par un dispositif électrique. On enregistrait aussi bien des airs d'opéras célèbres, "Carmen ("Ma mère, je la vois") ou Faust ("Demeure chaste et pure"), que les succès de Mayol ("Viens Poupoule"), Dranem ("Le trou de mon quai") ou Polin ("L'Auto du colon"), en tout plus de cent scènes. Alice Guy fit même un mémorable voyage eu Espagne, pour y enregistrer quelques danses locales accompagnées de musique dont elle gardait des souvenirs colorés.

Toute cette activité était l'occasion de constituer autour d'elle la première équipe de chez Gaumont, et Alice Guy fit ainsi débuter des cinéastes comme Etienne Arnaud (1879-1955), Victorin Jasset et Louis Feuillade qui devait lui succèder comme directeur artistique, en 1907, quand elle est partit pour les Etats-Unis.

En effet, cette année-là, elle épousa Herbert Blaché-Bolton (1882-1953), un anglais qui travaillait aussi chez Gaumont, et à peine marié, le couple fut envoyé en Amérique pour s'y occuper du lancement du Chronophone. L'opération avait tourné court, Herbert Blaché se vit confier par Gaumont la direction d'une usine pour le développement et le tirage de ses films aux Etats-Unis, flanquée d'un petit studio pour prise de vue de Chronophone. Cette importante installation était à long Island. Le studio demeurant sous employé, Alice Guy n'y résista pas; elle le loua, fonda avec son mari leur propre société, la Solax et, à partir de 1910, se lança dans une nouvelle et importante activité de production, qu'en fait elle assumait seule. Bientôt elle construit un nouveau studio pour son propre compte, à Fort Lee (New Jersey), qui était alors une importante ville de cinéma. Puis Blaché ayant quitté Gaumont, c'est lui qui prit la présidence de la Solax, Alice Guy continuant de l'assister activement.

C'est un nouvel âge du cinéma qui commençait alors, les films devenaient plus longs, atteignant 3 000 pieds (1 000 mètres environ), et le star system se mettait déjà en place. C'est ainsi qu'Alice Guy et son mari utilisèrent à leurs débuts, ou firent même débuter Bessie Love, future vedette de Griffith, Wallace Reid (1890-1923), fameux jeune premier du muet, Alla Nazimova, Olga Petrova, Dolores Cassinelli, Ethel Barrymore, Eugene O'Brien, Reginald Barker, futur célèbre réalisateur, et même, selon les dires de la réalisatrice, Allan Dwan...

Dans cette production, on trouve aussi bien des westerns que des mélodrames, des scènes militaires ou navales, des adaptations d'opéras comme "Mignon" (1912) ou "Fra Diavolo" (1912) ou d'Edgar Poe comme "The Pit and the Pendulum" (1913). Beaucoup de ces films avaient comme décorateur le français Henri Mènessier, qui était, lui aussi, un ancien de chez Gaumont, et qui fit ensuite une belle carrière à Hollywood.

A Fort Lee, les Blaché voyaient  d'ailleurs d'autres pionniers français comme Albert Capellani, Maurice Tourneur, Emile Chautard ou Léonce Perret. Ce dernier fut même le scénariste du dernier film d'Alice Guy, "Une âme à la dérive" (Tarnished Reputation,1920), interprété par Dolores Cassinelli, Julia Moore et Albert Roscoe. Parmi ses autres grands films, on peut citer, entre autres, un "Michel Strogoff" (1914) en cinq bobines, "The Great Adventure" (1918) avec Bessie Love et "The Divorcee" (1919), d'après une pièce de Somerset Maugham adaptée par le célèbre scénariste June Mathis. Pour ce dernier film, Alice Guy n'apparaît plus que comme l'assistante de son mari, et il en sera de même pour d'autres films de la période 1919-1920.

Elle rejoignit son mari qui l'avait précédée à Hollywood, mais le ménage ne marchait plus, et elle n'y resta pas longtemps. Bientôt ce fut le divorce, en même temps que la déconfiture de la société de Fort Lee. Blaché, qui semble avoir été un personnage de bien moindre envergure que sa femme, avait laissé l'affaire se détériorer et en avait perdu le contrôle financier. Les Blaché en furent vite totalement évincés, et Alice, une fois le divorce prononcé, se retrouva démunie de ressources.

En 1922, elle regagnait la France avec ses enfants, et s'installait à Nice où elle vécut d'abord, pendant une dizaine d'années. Elle essaya de revenir dans le milieu cinématographique, mais sans succès. Divers projets, notamment avec les studios de la Victorine, ne purent aboutir, et pour gagner sa vie Alice Guy en fut réduite à écrire quelques nouvelles et des contes pour enfants, ainsi qu'à faire un peu de sous-titrage. Elle vécut auprès de sa fille, d'abord en France, en Suisse et en Belgique, puis aux Etats-Unis où ses jours s'achevèrent un 24 mars 1968 à Ransey (New Jersey). Alice Guy a revendiqué la paternité de plus de 500 films. Il est pratiquement impossible d'en établir une liste indiscutable. A la fin de sa vie, elle eut la satisfaction de voir les historiens du cinéma redécouvrir son rôle et l'importance de ce qu'elle avait réalisé à l'orée du septième art. Cette importance, aujourd'hui admise par tous, ne plus remise en question.    

Il fallut la publication tardive, en 1976, de sa savoureuse "Autobiographie d'une pionnère du cinéma" pour qu'on redécouvre l'importance du rôle et de l'oeuvre de l'auteur de "La vie du Christ" (1906), film d'ailleurs attribué le plus souvent à Victorin Jasset, qui n'était à cette date que l'assistant d'Alice Guy. Celle-ci a du reste joué de malchance avec les historiens du cinéman qui, généralement, ne la citaient que pour lui attribuer "Les Méfaits d'une tête de veau" (1904), film justement célèbre mais qui n'est assurément pas d'elle, puisqu'il a été réalisé par Ferdinand Zecca, au cours de son très bref passage chez Gaumont. Quant à "La Fée aux choux" (1896), le premier film qu'elle raconte avoir tourné, Francis Lacassin qui a reconstitué sa filmographie de façon méritoire veut absolument que ce soit elle qui se trompe, et qu'il s'agisse d'une oeuvre nettement plus tardive (1900). Peut-être, et on veut bien croire qu'écrivant ses souvenirs aux alentours de soixante-dix ans, Alice Guy ait eu des défaillances de mémoire. Mais il serait surprenant que pour un évènement aussi important que la réalisation d'une première oeuvre qui allait changer l'orientation de toute sa vie, et survenu dans sa vingt-quatrième année (alors que les souvenirs de jeunesse sont généralement épargnés par le vieillissement de la mémoire), ce soit Alice Guy qui ait tort. Rien ne prouve que le catalogue Gaumont que lui oppose Lacassin ait été rédigé dans un ordre chronologique exact.

 

 

_________________________Lana Turner

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