JEAN DREVILLE                        1906 - 1997 

            Cinéaste Français 

           

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Jean Dréville est né le 20 septembre 1906 à Vitry-sur-Seine se dirige, dès 1922, vers la photographie et le journalisme. Entre 1925 et 1927, il fonde trois revues Photo-Ciné, Cinégraphie et Stéréo revue et collabore, entre autres, à l'Intransigeant et à Comoedia.

Dans les années 30, il signa nombre d'affiches de films. Sa passion du cinéma lui fait rencontrer Marcel L'Herbier qui l'engage comme aide-opérateur sur son film "L'Argent" (1928). Dréville profita pour réaliser "Autour de l'argent", court-métrage de 40 minutes. Après ce premier contact avec la caméra, Jean Dréville ne cessera pratiquement plus de tourner jusqu'en 1970, année où il signa pour la télévision française, "Le voyageur des Siècles", série de quatre émissions de 90 minutes sous-titrées "Julvernerie moderne" et écrite par Noël-Noël.

C'est d'abord des courts-métrages documentaires dont un, "Créosote" (1931), fut produit par Joris Ivens. Puis des chansons filmées, "A la Varenne" et "La chanson du muguet" (1932) et "Le baptême d'Oscar", court-métrage de fiction écrit par Louis Chavance. Enfin, c'est le premier long métrage, "Pomme d'Amour" (1932).

La carrière de Jean Dréville est placée sous le signe de la fidélité. A des hommes, comme l'écrivain de théâtre Roger-Ferdinand, le cinéaste Marcel L'Herbier, les directeurs de la photographie André Thomas ou Léonce-Henri Burel; à des comédiens tels Charles Vanel ou Noël-Noël, qu'il dirigea dans nombreux films.

En 1938, sort sur les écrans français "Le joueur d'échecs" faisant partie de la sélection français qui obtint, au Festival de Venise 1938, la Coupe du Jury pour la meilleure sélection nationale. "Les Affaires sont les affaires" (1942) fut tourné en treize jours avec peu de moyens financiers, dans certaines scènes, les robes sont en papier...(...)"Tous les grands acteurs de l'époque redoutaient le rôle écrasant d'Isidore Lechat, tant le souvenir qu'avait laissé son créateur au théâtre en 1903, Maurice de Féraudy, était fort. Nous avions pensé à Raimu. J'avais commencé à travailler avec lui, le temps de comprendre qu'il était un acteur d'instinct. Parfois, il s'exclamait : "Je ne peux pas dire cela; je ne sais pas pourquoi, mais je ne peux pas". L'instinct l'emportait sur l'intelligence. Quand un problème apparaissait, c'était comme un cheval qui bute devant l'obstacle. Et puis, il y a eu un retard, Raimu avait un engagement ailleurs. Et moi, j'ai pensé à Vanel. Et je ne l'ai pas regretté : il a fait là une de ses plus saisissantes créations." (J. Dréville, "40 ans de cinéma" par E. Papillon et C. Guiguet).

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Cette même année, Jean Dréville tourne à Mont-Louis dans les Pyrénées-Orientales "Tornavara" (1943) avec Pierre Renoir, Jean Chevrier, Mila Parély et Jean Servais. "Tout à l'air pourtant très authentique, expliquait le cinéaste; bien sûr, parfois les rennes qui passaient dans l'image, c'était des machinistes se glissant sous l'objectif avec des bois sur le dos..."Dréville retrouve Charles Vanel pour "Les Roquevillard" (1943), ce dernier avait déjà dirigé Vanel dans "Troïka sur la piste blanche",, puis "Les affaires sont les affaires" et enfin le retrouvera en 1945 dans "La ferme du pendu" où l'on peut voir les débuts au cinéma de Bourvil. En 1957, Dréville et Vanel tourneront une ultime fois avec "Les Suspects". A l'époque, la D.S.T. ne s'occupait que de la guerre d'Algérie, qui est nommée, précisait Dréville. C'était peut-être même un des rares films français, le seul?, qui y fasse allusion". Suivant les tendances de leurs journaux respectifs, les critiques de l'époque encensèrent le film pour son efficacité et sa rigueur, ou au contraire le blamèrent pour "le manque de pudeur du sujet qui veut nous faire frémir aux exploits patriotiques de la D.S.T." ("Cinéma 57").    

Jean Dréville réalisa sous l'Occupation "La Cage aux Rossignols" (1945) avec les Petits Chanteurs à la Croix de Bois et Noël-Noël , qui trois ans plus tard eut l'idée de constituer une critique humoristique sur tous ceux que l'on rencontre  un moment où justement on ne désire pas les voir, c'est-à-dire "Les Casse-pieds" (1948). A l'origine le scénario avait été refusé par de nombreux producteurs. Ce fut grâce au succès du "Père-tranquille" que Noël-Noël parvint à imposer ce film fort bien réalisé par Jean Dréville. Le succès des "Casse-pieds" fut foudroyant : 500 000 entrées en cinq semaines au aumont-Palace et au Rex. Le soir de la première le directeur du Gaumont-Palace refusa 2000 entrées. Par contre le film ne fit pratiquement pas de recettes dans les campagnes. Noël-Noël expliqua ce phénomène : "Il n'y a pas de casse-pieds dans les villages car il n'y a pas de surpopulation; les paysans ont d'autres problèmes à résoudre que ceux d'importuner leurs voisins. "Les Casse-pieds" a obtenu le "Prix Louis-Delluc 1948 et le Grand Prix du Cinéma Français 1948.

Selon le témoignage de Jean Dréville lors du tournage de "Copie conforme" (1947), (recueilli par Emmanuel Papillon et Claude Guiguet in "Jean Dréville, 40 ans de cinéma", Aulnay-Sous-Bois), l'idée centrale du "Visiteur" (1946) est née au cours d'un bavardage : "L'admiration que nous avons portée dans notre enfance à une grande personne, admiration souvent sublimée.(...) Le film est arrivé un peu trop tôt, expliquait encore Jean Dréville. Le gosse (Clarence) devine que le bienfaiteur de l'orphelinat est un assassin qui vient se cacher parmi les enfants. Tout ce qui se passe dans la tête du jeune héros (...)n'est pas dit. A l'époque, il aurait peut-être fallu mettre un commentaire. Aujourd'hui cela passe très bien. Il est des films valorisés par le temps.".

Mon premier contact avec Jouvet, précise Jean Dréville, que je ne connaissais pas personnellement, a été curieux. Avec ce débit saccadé qui le caractérisait, il me dit tout de go : "Vous êtes metteur en scène, je suis metteur en scène. Vous me dites ce que vous voulez et je le fais!. Et contrairement aux habitudes, j'établissait ma mise en place non avec Jouvet, mais avec Léo Lapara qui faisait ainsi office de doublure. Lapara montrait ensuite ce que nous avions réglé à Jouvet qui entrait instantanément dans le personnage, et avec quel talent !. Les scènes de "doubles" représentaient une sacrée mise en place et un énorme travail de préparation technique avec les caches et contre-caches, calage de la caméra, synchronisation des pelures de transparence, etc. J'avais enregistré Jouvet dans le personnage A, puis dans le personnage B. J'avais montré les deux bandes son en parralèle avec, quand A parle, du silence sur B et vice-versa. Ce qui fait que lorsque je filmais A, Jouvet en même temps entendait B et pouvait se répondre à lui-même. Ca donnait un lien et a joué beaucoup pour la qualité de ces trucages. Lorsque les verres trinquent, par exemple, c'est le son qui fait l'illusion. En fait, les verres ne se touchent pas vraiment". 

Fidélité aussi à des sujets, l'Histoire en particulier, de "La Bataille de l'eau lourde" (1948) à "La Fayette" (1961) qui fut en son temps, le film le plus cher du cinéma français. Il a fallu vingt-quatre semaines et plus d'un milliard de francs de l'époque pour mener à bien le tournage du scénario de Suzanne Arduini, plus connu sous le nom de Suzy Prim. Jean Dréville raconte qu'Orson Welles avait été engagé pour trois jours, à cinq millions de centimes par jour, payables en liquide à chaque fin de journée par le caissier de la production. Une pléiade d'acteurs sont à l'affiche de l'un des derniers films de Jean Dréville, La Fayette est incarné par Michel Le Royer, puis Liselotte Pulver, Orson Welles, Vittorio de Sica, Pascale Audret, Folco Lulli, Jack Hawkins, Jean-Roger Caussimon, Albert Rémy et Renée Saint-Cyr.

Tourné en 70mm, "La sentinelle endormie" (1966) est le dernier film réalisé par Jean Dréville pour le cinéma, avec Noël-Noël, Francis Blanche et Michel Galabru. Le cinéaste fut un serviteur dont la fidélité aussi à des sujets, de l'Histoire au drame paysan, de la fantaisie au film policier, de comédie à l'américaine comme "Annette le dame blonde" (1942) aux films avec des enfants, et ce avec le respect absolu du public et le souci permanent du travail bien fait qui animent les grands professionnels. Ce que définit très bien la réplique d'un aviateur, dans "Normandie Niemen" (1960) : "Notre boulot, c'est de remplir une mission, revenir vivant et recommencer. Jean Dréville s'est éteint le 5 mars 1997 à Vallangoujard (Val d'Oise, il avait 90 ans.

                             1932                                                               1934

 

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                         1936                                                                        1937

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                                1940                                                                    1942

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                                                      1945                                                           

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                                                    1946

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                                                    1947

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                            1949                                                                    1950

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                        1959                                                                       1960

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                                                           1962

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          ____________________________Alberto Sordi