KING VIDOR                                                  1896 - 1982

           Réalisateur, Acteur Américain 

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Tout au long des quarante années qu'il passe derrière la caméra, King Vidor, l'un des réalisateurs les plus sincères et les plus crédibles du cinéma américain, s'est toujours montré très éclectique dans ses goûts, mais sélectif dans le choix de ses projets S'accommodant plutôt bien du système des studios, il émaille sa carrière d'oeuvres de commande ou de créations personnelles, et ne tombe pour ainsi dire jamais dans la routine cinématographique en raison de ses qualités de réalisateur, et de bon directeur d'acteurs.

King Vidor est né le 8 février 1896 à Galveston au Texas, d'une famille d'origine hongroise. Il fait ses études primaires à Galveston puis à la Peacock Military Academy de San Antonio. Pendant ses vacances, il travaille dans un cinéma (Nickel-Odéon) comme ouvreur à trois dollars cinquante par semaine, parfois comme projectionniste. Il s'initie au tournage de sujets d'actualité et fait même quelques courts métrages dès l'âge de quinze ans, où il emprunta une caméra pour filmer des actualités, les seules dans le sud-est du Texas, puis un départ pour la Californie avec sa jeune épouse l'actrice Florence Vidor.

Nous sommes en 1915, et les Vidor arrivent sans un sou. Le futur grand réalisateur commence au bas de l'échelle : petit employé, puis scénariste, il accède enfin à la réalisation de courts métrages. Il parviendra même à fonder un petit studio et, avec Florence en vedette, fera plusieurs films comme producteur indépendant entre 1919 et 1922. Mais l'argent vient à manquer. Le jeune cinéaste se fait embaucher par la Metro, puis par Goldwyn, où il travaille avec l'actrice qui allait devenir sa seconde femme, Eleanor Boardman. Tous deux se retrouvent incorporés à la MGM, crée en 1924. 

Si King Vidor passe pour un réalisateur compétent, voire exceptionnel, dont les films sont bien accueillis, il n'est pas ravi de fabriquer ce qu'il appelle des "films éphémères". Il va se plaindre auprès du jeune Irving Thalberg, l'un et l'autre s'accordent à penser qu'un sujet sur la Première Guerre mondiale serait riche d'avenir. C'est ainsi que naîtra le film "La Grande Parade" (The Big Parade,1925). L'idée originale de King Vidor est de présenter la guerre du point de vue de "l'homme moyen", en mettant en lumière l'intrigue sentimentale plutôt que les qualités épiques du sujet. Il confie le rôle principal à John Gilbert, acteur qu'il a dirigé deux fois à la MGM et dont le jeu empreint d'un soupçon de maladresse convient bien à ce jeune soldat projeté au coeur des hostilités, dans un pays étranger, où il ne peut même pas s'exprimer. Gilbert était habitué à jouer les grands séducteurs, Vidor en transforma l'image romantique pour faire de lui un soldat ordinaire. L'acteur joua avec conviction ce rôle qui fut certainement le plus important de sa carrière.Impressionné par la qualité du travail, Thalberg incite Vidor à tourner de nouvelles scènes de bataille, entre autres ce plan montrant l'interminable convoi militaire. La sortie du film à l'automne 1925, quelques mois après le succès financier de von Stroheim avec "La veuve joyeuse". Un franc succès accueille cette oeuvre, la plus rentable de la MGM en quinze ans.  

King Vidor réalisa  ensuite "Au temps de la bohème" (La Bohème,1926), confiant le rôle principal à Lillian Gish, une actrice qu'il avait beaucoup admirée dans les films de Griffith. "La Foule" (The Crowd,1928) raconte l'histoire d'un homme en proie aux problèmes de la vie quotidienne. La course au succès, véritable obsession de l'Amérique de cette époque, en était le thème sous-jacent. Le personnage principal courtise une femme, l'épouse et l'emmène vivre dans un miniscule logement. Elle le pousse à trouver un meilleur emploi, mais il perd celui qu'il avait et, ne réussissant pas à en trouver un autre, tente de se suicider. Ce film simple et amer sur l'individu perdu dans une foule indifférente, fut très courageux pour l'époque. Deux plaisantes comédies, "Mirages" (Show People,1928) et "C'est une gamine charmante" (The Patsy,1928), viennent clore la liste des films muets du réalisateur. L'actrice principale en est Marion Davies, compagne du magnat de la presse William Randolph Hearst, dont la maison de production financera les films de l'actrice à la MGM 

Pour son premier film sonore, "Hallelujah" (1929), Vidor s'attaqua à un sujet difficile sinon tabou pour Hollywood. Il montrera la vie d'une communauté noire du Sud. Il déclarera plus tard, à propos de ce film. C'est le rappel d'une époque. Par la suite la situation des hommes de couleur a fait des progrès énormes, mais le film évoque la condition des Noirs avant cette période là. On n'y trouve rien qui ne se rattache à mon expérience personnelle au Texas...Avant même l'avénement du parlant, j'avais cherché à plusieurs reprises à convaincre la MGM de réaliser un film sur les gens de couleur, mais ils avaient toujours refusé. Je m'étais rendu en 1928 en Europe et, en lisant le journal à la terrasse d'un café parisien,, j'appris le raz de marée du cinéma sonore. J'embarquai sur le premier bateau, car j'avais compris que le moment était venu de réaliser mon projet. Je fis une étape à New York pour rencontrer Nicholas Schenck, président de la Loew's Inc. et principal représentant de la MGM. Il se montra sceptique et réticent. Je lui déclarai alors que je réaliserai le film gratuitement, en investissant mes propres gains dans le budget du film : "D'accord - dit finalement Schenck, si c'est la voie que tu veux suivre, je te laisse faire ton film sur ces abrutis". Voilà quelle était son attitude!"

La MGM et Vidor furent encouragés dans leur projet par le succès sur une scène de Broadway, de "Porgy", comédie musicale uniquement interprétée par des Noirs. Vidor réalisa donc son film, un mélodrame sur les ramasseurs de coton, dont le personnage principal, après commis un meurtre, se repent et devient prédicateur. Tourné comme un film muet (les installations sonores ne pouvaient être transportées dans les champs de coton, près de Memphis, où furent tournés les extérieurs), le film n'a pas la terrible immobilité qui caractérise les premiers films parlants. En 1930, King Vidor s'engage dans une nouvelle voie, celle du western, genre qui satisfait sa curiosité pour l'Amérique et son plaisir de tourner en extérieurs "Billy The Kid" (1930), incarné par Johnny Mack Brown, a été filmé en 70 mm selon le procédé appelé "Grandeur", et reste l'un des westerns les plus prestigieux du début du parlant. Le cinéaste reviendra à plusieurs reprises au western, car il peut y explorer la nature violente, dramatique et intrinsèquement américain des héros.

Dans les meilleurs films de Vidor, la technique est toujours au service de l'émotion. "Le Champion" (The Champ,1931) est l'histoire d'un boxeur sur le déclin incarné par Wallace Beery et de son fils (Jackie Cooper) qui l'adore. Pour ce scénario Vidor filma très simplement les longues scènes dialoguées pour ne pas nuire à l'émotion. Dans la scène finale, lorsque le champion meurt, le jeune garçon exprime sa peine en tapant dans le mur et en criant : "I want the champ". Sa colère désespérée ne se calme qu'avec l'arrivée de sa mère qui l'emporte dans ses bras. C'est d'ailleurs la seule scène où le garçon se comporte en enfant.

Vidor a raconté les nombreuses difficultés qu'il rencontra pour monter "Notre pain quotidien" (Our Daily Bread,1934) : "J'avais lu dans une revue un article sur le blocage des crédits pour les agriculteurs et je m'en servis pour le scénario. Le sujet épouvanta les grandes compagnies et les banques refusèrent tout financement. Mon projet fut donc repoussé. Chaplin, qui était un ami, m'assura que si je réussissais à trouver des fonds pour ce film, il le ferait distribuer par l'United Artists. A titre de garantie, j'offris l'argent liquide dont je disposais, ainsi que mes propriétés, et j'obtins un prêt d'un organisme spécialisé dans le financement des films." Heureusement pour Vidor, "Notre pain quotidien" ne fut pas un mauvais investissement et ce film entra dans l'histoire du cinéma. La force du film tient dans le personnage qui découvre un torrent dans la montagne et sauve toute une communauté en apprenant aux paysans à diriger l'eau vers les champs ravagés par la sécheresse. L'individualisme foncier de Vidor rejoignait là les grandes options du moment. Dirigé et monté de main de maître, le film prouva une fois de plus le grand talent et le métier de Vidor.

C'est encore un sujet social que choisit Vidor avec "La Citadelle" (The Citadel,1938), qu'il réalisa en Angleterre. Tiré du roman d'A. J. Cronin, le film retrace l'histoire d'un jeune médecin interprété par Robert Donat dépensant son énergie tant au service des riches que des plus démunis, et constitue une remarquable défense de la médecine sociale. Le film, qui est aussi un portrait de la profession médicale dépeinte dans un style réaliste, permit à Vidor d'exprimer ses idées religieuses et politiques.

Il affirmait souvent que ses sujets préférés étaient la guerre, le blé et l'acier. "Romance américaine" (An American Romance,1944), son film sur l'acier, est l'histoire d'un émigré qui parvient à un poste important, sans pour autant perdre son humanité. Malheureusement les responsables de la MGM procédèrent à des coupures qui amoindrirent les intentions du réalisateur.

Deux ans plus tard, Vidor devait se heurter à nouveau à l'incompréhension de ses producteurs puisqu'il ne put assurer la totalité du tournage du flamboyant "Duel au soleil" (Duel in the Sun,1946) avec Jennifer Jones et Gregory Peck. C'est encore le thème de l'individualisme que Vidor développe dans un de ses films les plus puissants, "Le Rebelle" (The Fountainhead,1949) d'après un roman d'Ayn Rand et qui raconte l'histoire d'un architecte idéaliste incarné par l'excellent Gary Cooper se heurtant à ses riches commanditaires : "A l'époque où le film fut réalisé déclare Vidor, j'estimais que le geste du héros (il fait sauter l'édifice qui n'a pas été construit selon ses plans) était excessif. Je n'en suis plus aussi sûr maintenant.

"Voyez-vous, je peux, en revoyant certains de mes films, me rendre compte des compromis qu'ils contiennent. C'est tout aussi évident qu'une cicatrice sur un visage, quelle que soit la nature du compromis : avec l'interprétation, le sujet, le budget....C'était une époque où je ne pouvais pas faire tout ce qu'il aurait fallu faire, et je le savais.

"L'homme qui n'a pas d'étoile" (Man Without a Star), le western que Vidor réalisa en 1954 pour l'Universal, présentait également un homme en marge, un individualiste forcené magistralement interprété par Kirk Douglas (bientôt centenaire !). Signalons que l'acteur contesta le travail de Vidor.

Après avoir dirigé "Guerre et Paix" (War and Peace,1956) avec Audrey Hepburn et Mel Ferrer, il dirige "Salomon et la Reine de Saba" (Solomon and Sheba,1959), deux superproductions imposées par les impératifs commerciaux du moment, mais qu'il ne faut pas mésestimer pour autant, King Vidor se retira dans son ranch en Californie, à l'endroit où il avait tourné des scènes de "La Furie du désir" (Ruby Gentry,1952).

Il pensa longtemps faire un autre film qui aurait abordé un de ses thèmes préférés, qu'il décrit de la manière suivante : "Il s'agit d'un homme, réalisateur de cinéma, qui atteint la notoriété à Hollywood, mais qui refuse de réaliser des films qui ne correspondent pas à ses idées, ni à ses sentiments. Se sentant responsable à l'égard du public, il cesse de travailler et retourne dans sa ville natale. La plus importante partie du film tourne autour de sa recherche de l'âme, de l'intégrité. Je tournerai une grande partie du film dans mon ranch, parce que les fermes et les ranchs ont toujours été mes endroits favoris. On s'est souvent moqué de moi parce que j'ai fait figurer une charrue dans chacun de mes films. Et de fait, je crois qu'une charrue qui laboure la terre représente un nouveau cycle de vie, une génération qui se renouvelle et se perpétue...Cela a une grande signification pour moi. Voilà peut-être pourquoi je vis à présent dans un ranch"  

En 1978, la profession lui décerne une distinction spéciale à titre honorifique. Professeur de cinéma à l'université de Californie, il était auteur de deux ouvrages "La Grande Parade" (1952) et "King Vidor on film making" (1972), deux livres de souvenirs et de reflexion sur le cinéma et le métier de cinéaste. King Vidor est décédé le 1er novembre 1982, des suites d'une crise cardiaque, dans son ranch, près de Paso Robles, en Californie.

                                            Capriciosa - 1924

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                          La Grande Parade - 1925 avec John Gilbert

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                                  Bardelys le magnifique - 1927               

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                                                           1928

 

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                                  Une Gamine charmante - 1928 

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                                                      1929

 

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                                                                   1930

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                                       Le Champion 1931

 

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                                              1932

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                                                       1937

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                                                      1940

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                                         Romance américaine - 1944

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                                                 1947

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                                         Le Rebelle - 1949 

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                                       La Furie du Désir - 1953 

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                                                  1955

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                                                 1956   

 

 

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                                                  1959

 

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_________________Edwige Feuillère