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CINETOM
1 mai 2015

FRANCESCO ROSI, LE GRAND MAÎTRE ITALIEN DU CINÉMA CONTEMPORAIN

         FRANCESCO ROSI                        1922 -  2015   

         Cinéaste, Scénariste Italien

 

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 Francesco Rosi est né à Naples le 15 novembre 1922. Rosi est un homme du Sud : tous ses films témoignent de son appartenance à l'histoire méridionale, région déshéritée et accablée de misère, véritable tiers monde vis-à-vis de l'opulente Italie du Nord. Mais Rosi est beaucoup plus qu'un cinéaste régionaliste. En s'interrogeant sur les problèmes spécifiques à sa terre natale, il ne cesse, de film en film, de poser une des questions lesplus cruciales du monde contemporain : : l'abîme croissant entre les pays sous-développés et les puissances technologiquement avancées.

Son père était hostile à son entrée au Centre Experimental du cinéma à Rome, il fait des études de droit à Naples, Francesco Rosi commence à travailler à la radio napolitaine pour une série d'émissions hebdomadaires de l'armée américaine. Il y acquiert une grande maîtrise de l'utilisation du son et du commentaire dont il se servira, magistralement, quelques années plus tard... Il fait aussi du dessin et s'occupe de marionettes. En 1946, il rejoint à Rome Ettore Giannini, un ami metteur en scène de théâtre qui en fait son assistant pour "Il Voto", une comédie napolitaine de Salvatore Di Giacomo. Ne désirant pas quitter la ville éternelle, où il s'est fixé depuis, il participe à des revues de Music-Hall, où se retrouvent de futurs grands noms du cinéma italien (Sordi, Caprioli, etc).

Sa première grande chance lui est offerte par Visconti dont il devient l'assistant pour "La Terre tremble" (1948). Pendant sept mois, dans le village d'Aci-Strezza où Visconti a choisi de tourner, avec une équipe réduite et des acteurs non professionnels, cette chronique de la vie des pêcheurs, il sera l'homme à tout faire du cinéaste. Rosi assiste là une grande leçon de mise en scène. C'est avec Visconti qu'il apprend à se servir de la réalité brune, à infléchir le script en fonction des impératifs du tournage tout en veillant à sauvegarder la structure et le parti pris esthétique de l'ensemble, à porter son attention au cadrage et aux problème humains et économiques de l'entreprise. Pendant quelques années encore Rosi, continue à travailler comme assistant-réalisateur : à nouveau avec Visconti pour "Bellissima" (1951) et "Senso" (1954) et avec Antonioni pour "Les vaincus" (1952) et avec Giannini pour "Le Carrousel fantastique" (195). Il collabore aussi au scénario des "Coupables" (1952) de Luigi Zampa et à la réalisation des "Chemises rouges" (1952) de Goffredo Alessandrini.

En 1958, Rosi passe enfin à la réalisation avec "Le Défi" (La sfida) et se signale d'emblée comme un maître du film d'action engagé. C'est "à l'américaine", tel un Kazan ou un Dassin, que Rosi dévoile le racket de la mafia napolitaine sur le commerce maraîcher Rosi reconnaît d'ailleurs volontiers sa dette au cinéma hollywoodien des années 50, très perceptible au niveau du style, âpre et dépouillé, et de la direction d'acteurs. Tout en respectant les règles du spectacle cinématographique. Rosi s'affirme, dès ce premier film, comme un observateur lucide et concerné.

Après "I magliari" (1959), dont l'action se situe dans les milieux d'immigrés italiens d'Allemagne, Rosi signe son premier chef véritable chef d'oeuvre : "Salvatore Giuliano" (1962). Plus qu'une biographie du célèbre bandit sicilien, ce film est une enquête extrêmement pénétrante sur le système politique italien. Multipliant les points de vue sur les circonstances de la mort de Giuliano, il dévoile les complexes collusions qu'entretiennent les différentes forces en présence : armée, police, justice et mafia. Mais contrairement à bien des films "politiques", Salvador Guiliano ne délivre aucun message : Rosi ne s'érige pas en censeur mais propose une matière à réflexion. C'est au public qu'il appartient de tirer la conclusion de ce qu'il a vu. Film de réflexion, Salvatore Giuliano n'en suscite pas moins une profonde émotion; on se souviendra à cet égard du massacre des paysans dans la vallée, des femmes en pleurs sur le cadavre du bandit, de l'assassinat en prison de son lieutenant Picciota.

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Moins lyrique que "Salvatore Giuliano", "Main basse sur la ville "Le Mani Sulla Cita,1963) est un nouveau et puissant réquisitoire contre l'un des maux les plus scandaleux de la société italienne : la spéculation immobilière. A travers le portrait d'un promoteur incarné par Rod Steiger, Rosi met à nu les rouages économiques et psychologiques qui favorisent ces manoeuvres.

Avec "Le Moment de la vérité" (Il Momento Della Verita,1965) et "La Belle et le Cavalier" (C'era una volta,1967), Rosi semble s'écarter de ses préoccupations habituelles. Situé en Espagne, "Le moment de la vérité" suit la carrière d'un jeune paysan qui croit échapper à la misère de son Andalousie natale en endossant l'habit de lumière du torero; au bout de son parcours, il trouvera la mort dans l'arène de la grande ville. Version rose de ce dernier film, "La belle et le cavalier" est un conte, comme le dit si bien le titre italien : "Il était une fois" qui verra le mariage de  la paysanne et du prince charmant. Pourtant, en y regardant de plus près, on s'aperçoit qu'à la faveur de la fable et du conte de fées Rosi s'est à nouveau penché sur l'abîme qui sépare les riches des pauvres : le mythe de la "mort l 'après-midi" et de Cendrillon ne sortent pas indemnes de ces deux films.

Avec "Les Hommes contre" (Uomini Contro,1970), Rosi s'attaque à un sujet très peu traité par le cinéma italien : la Première Guerre mondiale, mise à part Monicelli et "La Grande Guerre". Adaptant l'autobiographie d'Emilio Lussu, "Une anno sull altipiano", Rosi démontre, comme dans "Salvatore Giuliano" ou "Main basse sur la ville", les mécanismes politiques, sociaux et économiques de la guerre. Une fois encore, ce sont les paysans, l'énorme masse des combattants, qui sont les victimes d'un conflit qui ne les concerne pas. Privés de conscience politique, ils subissent leur sort sans comprendre : leur mutinerie ne sera pas un acte révolutionnaire mais un geste de désespoir.

Après s'en être teni dans ces quatres films précèdents à une structure narrative linéaire et classique, Rosi revient dans "L'Affaire Mattei" (Il Caso Mattei,1971) et "Lucky Luciano" (1973) à la méthode d'investigation historique, non chronologique et "éclatée", qu'il avait adoptée pour Salvatore Giuliano. "L'affaire Mattei" prend pour prétexte l'enquête sur la mort mystérieuse dans un accident d'avion du magnat italien du pétrole Enrico Mattei, homme ambigu qui osa défier les grandes compagnies américaines en se mettant au service de l'Etat italien. Mais le problème de Rosi n'est pas tant de donner la solution de l'énigme, ce qu'il ne fait d'ailleurs pas, que d'entraîner le spectateur dans le monde complexe et interlope des multinationales. Si l'affaire Mattei nous plonge au coeur de l'agitation et de la rhétorique du monde des affaires et de la politique, "Lucky Luciano", biographie du célèbre gangster italo-américain, nous conduit, des bas-fonds new-yorkais aux ruelles de Naples dans un univers de silence et de secret. Brillamment interprétés par Gian-Maria Volonté, nerveux et éloquent en chevalier d'industrie, ténébreux et laconique en mafioso, ces deux films mettent l'accent sur la similitude des lois qui président au fonctionnement du capitalisme et de la mafia (hiérarchie, accumulation de pouvoir et de biens, collusions, ramifications internationales...).

Nouveau voyage dans le labyrinthe de la politique italienne, "Cadavres Exquis" (Cadaveri Eccenlenti,1976) adapté d'un roman de Sciascia, prend cette fois la forme d'une enquête policière : un inspecteur intégre incarné par Lino Ventura est chargé de découvrir la vérité sur une série d'assassinats de hauts-magistrats dont le juge Varga interprété magistralement par Charles Vanel. Quand l'inspecteur découvrira que ces meurtres servent en fait un vaste complot politique du pouvoir en place, il comptera à son tour au nombre des "cadavres exquis".

Autre adaptation d'un classique de la littérature italienne tel que Carlo Levi, "Le Christ s'est arrêté à Eboli" (Eboli,1978) nous convie quant à lui à un voyage initiatique : voué à l'inaction et au désoeuvrement dans le petit village de Lucanie où il a été assigné à résidence par le régime fasciste, Carlo l'intellectuel progressiste du nord de l'Italie , va découvrir et apprendre à aimer un monde dont il ignorait aussi bien la misère que la mystérieuse et complexe culture. En 1981, sort sur les écrans français : "Trois frères" (Tre Fratelli) qui constitue une sorte de somme de son oeuvre. A la faveur du retour au village natal de trois frères d'âges et de conditions différentes (un juge romain, un éducateur de maison de correction à Naples, un ouvrier au chômage de Turin) appelés aux funérailles de leur mère, c'est une réflexion sur la situation de l'Italie au début des années 80 que le cinéaste propose au spectateur, une Italie déchirée par le terrorisme et tiraillée par toutes sortes de contradictions mais une Italie à laquelle Rosi accorde pourtant toute sa confiance et son indéfectible amour.

Après avoir adapté au cinéma l'Opéra de Georges Bizet : "Carmen" (1984), trois ans plus tard il réalisa "Chronique d'une mort annoncée" (Cronaca di une morte annunciata). Tourné en Colombie, dans le petit village de Mompox, presque identique à ce qu'il était lors de la colonisation espagnole au XVIème siècle, et à Carthagène. Plusieurs acteurs européens ont participé au tournage dont Rupert Everett, Ornella Muti, Gian Maria Volonte, Irène Papas, Lucia Bosé, Anthony Delon et Alain Cuny.

Sa tragique disparition le 10 janvier 2015 à l'âge de 92 ans nous rappele qu'il est l'auteur d'une douzaine de chefs d'oeuvre, Francesco Rosi était, avec Federico Fellini, le dernier des géants du cinéma italien. De deux ans plus jeune que ce dernier, il a participé, comme lui, au mouvement néo-réalisme italien, mais leurs carrières ont suivi depuis, des voies différentes.    

                                                                  1962 

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                                                1963 

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Main basse sur la ville, bande-annonce VF

                                                         1970   

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                                                               1973

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                                                                 1975

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Cadavres Exquis 1975

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                                                       1986   

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Le saviez-vous ?

* Les César 2015, cérémonie qui devient longue et ennuyeuse, des remerciements à tout va...qui s'éternisent, trop de jeunes espoirs pas assez d'artistes confirmés. Ce n'est plus la fête du cinéma français (voir les Oscars vous comprendrez...) Lorsque France 2 (Antenne 2) avait les droits de retransmission de cette cérémonie, il y avait une vértiable union des artistes autour de  Robert Enrico, Pierre Tchernia, Michel Drucker, Jacques Martin, Thierry Le Luron, Kirk Douglas, Frédéric Mitterand, Claude-Jean Philippe, Patrick Poivre d'Arvor, Jeanne Moreau, Georges Cravenne et tant d'autres...Canal + n'a plus la main....

 

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