ALESSANDRO BLASETTI                        1900 - 1987

             Cinéaste Italien

 

   

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  Le cinéaste italien Alessandro Blasetti est né le 3 juillet 1900 à Rome. Il est considéré comme l'un des cinéastes les plus conscients et les plus cohérents du cinéma italien ainsi que de la télévision; malgré l'éclectisme de ses recherches et les formes multiples de son style. Sa jeunesse se passe tout en poursuivant des études de droit, obtient sa licence en 1924.

Après des débuts à l'écran comme figurant (en 1919 avec Mario Caserini), il se lança dans le journalisme et la critique d'abord comme rédacteur du journal "L'impero", en 1925, puis comme directeur de la revue qu'il avait fondée : "Cinematografo". Le cinéma italien était alors en plein déclin; Blasetti décida de se servir de ce support pour essayer de "redonner son cinéma à l'Italie", ouvrant ses colonnes à la polémique et aux discours théoriques (c'est ainsi qu'on le vit à la tête du mouvement qui prit position contre le parlant). Mais cet homme d'action ne pouvait se contenter de discussions, brillantes certes mais souvent stériles; il passa donc à l'acte en réalisant son premier film "Sole" (1929), aussitôt salué par la critique. Malgré l'échec commercial du film, cette reconnaissance des professionnels du cinéma décida de la carrière du jeune débutant. Alors que la Cines amorçait son redressement, Blasetti devenait l'un des cinéastes les plus prolifiques.

A la demande de Pittaluga, qui assura la direction de la vieille maison de production, il réalisait coup sur coup une série de films qui faisaient montre d'un fort tempérament : "Résurrection" (Resurrectio), réalisé en 1930 mais sorti en 1931, il s'essayait pour la première fois au parlant; "Néron" (Nerone,1930), entièrement axé sur le jeu d'Ettore Petrolini; "Palio" (1932), brillant exercice de style sur les grandes fêtes siennoises, "La Tavala dei poveri" (1932), sur un sujet de Raffaele Viviani, où la recherche plastique servait une étonnant histoire napolitaine de charité organisée; "Il caso Haller" (1933) , d'après un film de Robert Wiene, "Le Procureur Hallers" (Die Andere,1930), transposition non dissimulée du mythe du Docteur Jekyll. Deux films films parmi les plus importants de la carrière du cinéaste datent aussi de cette période : "Terra madre" (1931), qui s'apparente à "Sole" par son thème (le retour à la terre) et la magnifique utilisation de la campagne italienne, et "1860" (1934), sans doute le meilleur film, il faut noter que le cinéaste avait tourné exclusivement en décors naturels dix ans avant le néo-réalisme avec des acteurs non professionnels, sur un scénario historique où le véritable héros n'est autre que le peuple.      

Blasetti réalisa ensuite "Vecchia guardia" (1934). C'est abusivement que ce film a été qualifié de "fasciste". Si Blasetti ne cachait pas ses sympathies pour le régime, il ne s'en fit jamais l'apologiste; lui importait d'abord la dignité de l'homme face à l'oppression et la violence. Il s'en expliqa d'ailleurs plus tard : "Le film ne glorifiait pas tant les "squadristes" que l'ordre social succédans au désordre social. Et c'est cet ordre succédant au désordre que je défendis dans "Vecchia guardia", à un moment où la guerre d'Ethiopie était une chose impensable, à une époque où nous croyions à la possibilité d'améliorer la condition des masses." De fait, le film ne fut jamais apprécié par le régime. 

Au cours d'une recette interview, à un journaliste qui l'interrogeait sur ces rapports avec le fascisme, Blasetti répondit sans se dérober, évoquant avec humour une anedocte particulièrement significative à propos de son film "La Couronne de fer" (La Corona di ferro,1941) avec Gino Cervi : "C'était un film contre la guerre, fait en pleine guerre. Les fascistes  n'ont pas tellement compris, mais Goebbels a très bien compris. Je l'ai entendu de mes propres oreilles, à Venise (j'étais au deuxième rang de fauteuils derrière lui), dire qu'en Allemagne, il aurait fait en sorte que l'auteur de ce film se retrouve le dos au mur."

Après "Vecchia guardia", Blasetti s'éparpilla dans une série de films  différents les uns des autres, passant du policier aux drames sentimentaux ou mondains, sans cesser d'approfondir sa technique. Puis il se tourna vers les films en costumes, spectaculaires fresques où se mêlent l'aventure, l'amour et la guerre. Il y exprimait sous la forme du roman ou de fable, son message de fraternité, alors que l'Europe était de plus en plus menacée par la guerre. A cette veine appartiennent "Ettore Fieramosca" (1938), dont l'invention visuelle annonçait le baroquisme de "La couronne de fer", "Une aventure de Salvator Rosa" (Un'avventura di Salvador Rosa,1939) qui se déroule presque entièrement dans une atmosphère fantastique; enfin, "La couronne de fer" (1941), fable échevelée, pleine de bruit et de fureur. Tournée également en 1941, "La Farce tragique" (La Cena delle beffe) est une histoire médiévale de trahison, cruelle et émouvante, réalisée avec un solide talent.  

Après les envolées baroques de "La couronne de fer", Blasetti retrouvant ses fulgurantes intuitions de "1860", signa un chef-d'oeuvre de retenue et de gentillesse : "Quatre pas dans les nuages" (Quatro passi fra le nuvole,1942) sur un scénario de Cesare Zavattini. Blasetti y observait la petite bourgeoisie avec bonhomie et tendresse. Ce regard attentif, cet intérêt porté au réel le plus quotidien annonçaient, ou du moins rejoignaient, les recherches des jeunes cinéastes qui allaient révolutionner le cinéma italien après la guerre. Dans le premier film que Blasetti tourna après la fin des hostilités "Un jour dans la vie" (Un Giorno nella vita,1946), il développait à nouveau son thème de prédilection : la dénonciation de la haine et de la violence, en s'efforçant de concilier les toutes nouvelles "leçons" du néo-réalisme et les exigences d'une dramaturgie cohérente.

"Fabiola" (1949) renouait avec la tradition du film antique; mais malgré sa solide facture, cette réalisation à grand spectacle  n'était pas étoffé. En 1950, en collaboration avec Cesare Zavattini, Blasetti réalisait "Sa Majesté M. Dupont" (Prima Comunione), chef-d'oeuvre d'équilibre et de grâce. Les personnages y étaient dépeints avec une précision et un soin minutieux mais toujours avec beaucoup d'humanité.

Partisan convaincu du film comme oeuvre collective (et donc hostile au cinéaste "auteur unique"), Blasetti inaugura, au début des années 50, un genre qui n'avait pas encore été exploité en Italie : le film à sketches. Coup sur coup, il donnait "Heureuse époque", (Altri tempi,1952) et "Quelques pas dans la vie" (tempi nostri,1953). En faisant appel pour la rédaction des sujets à la collaboration de tempéraments très divers (Boito, De Amicis, Fucini, Nobili, Pirandello...) Blasetti se donnait la possibilité de traiter, dans un même film, le drame, la comédie, la satire et l'histoire d'amour.

Organisait autour d'un thème central (la vie au siècle dernier, dans "Heureuse époque", la confiance en l'avenir de la société contemporaine, dans "Quelques pas dans la vie"), les deux films échappaient par là même à la dispersion et présentaient même une solide structure.

Après les films à sketches, Blasetti infatigable défricheur, abordait la comédie "à l'italienne". En signant "Dommage que tu sois une canaille" (Peccato che sia une canaglia,1955) et "La Chance d'être une femme" (La fortuna di essere donna,1955), deux films qui contribuèrent à lancer le couple Sophia Loren-Marcello Mastroianni, Blasetti y faisait montre d'une virtuosité et d'une jeunesse d'esprit particulièrement hardies. Comédies de caractère avant tout, ces films joyeux et burlesques, furent souvent à la limite du saugrenu, en même temps, tirent leur dynamisme et leur logique des personnages eux-mêmes.

Deux ans plus tard, dans une veine un peu moins désinvolte, Blasetti réalisait une autre comédie "Amore e chiacchiere,1957)  avec Vittorio De Sica, sur un scénario de Cesare Zavattini. A l'âge de cinquante-neuf ans, Blasetti se payait encore le luxe d'être un précurseur avec deux films-enquêtes : "Nuits d'Europe" (Europa di notte,1959) sur la vie nocture, et "J'aime, tu aimes..." (Io amo, tu ami...,1961), traitant des coutumes amoureuses. Sans être réellement convaincants, ces deux films, par leur forme apparemment "déconstruites" constituaient une nouveauté. Ils n'engendrèrent cependant que de pâles imitations. 

Après un nouveau film à sketches, réalisé en collaboration avec trois cinéastes, inspiré des Fables de La Fontaine : "Les Quatre vérités" (1963) (sketch : (La lepre e la tartaruga), et une très honorable adaptation d'une comédie de Pirandello (Liolà,1946), Blasetti devait diriger, en 1966, "Io, io,io...e gli altri", somme de toutes ses prises de position contre l'égoïsme. Il considérera ce film comme son dernier film d'auteur. Ce film, en apparence très décousu, repose en fait sur une structure très élaborée, aussi bien organisée que peuvent l'être par exemple un puzzle ou une mosaïque. Un journaliste, magistralement interprété par Walter Chiari, fait une enquête sur les diverses formes de l'égoïsme quotidien et de la vanité. A mesure qu'il révèle et dénonce ces travers chez les autres (prétextes à autant de sketches), nous découvrons peu à peu le véritable sujet du film : sous des dehors altruistes, le plus égoïste, le plus suffisant et le plus mesquin n'est autre que l'enquêteur lui-même.

  

   

                                                                1933

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                                                     1935

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             Une Aventure de Salvator Rosa (Un'aventura di Salvator Rosa,1939)

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                                                            1941

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                                                             1949

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       Dommage que tu sois une canaille (Peccato Che Sia Una Canaglia,1954)

        

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                                                   1956

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                                               1958

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                             Nuits d'Europe (Europa di Notte,1958)

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                         Je t'aime, tu aimes (Io amo, tu ami,1960)

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                                                        1962

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 En abandonnant le cinéma pour la télévision, Blasetti n'a pas pour autant abdiqué toute ambition : ses réalisations pour le petit écran manifestent la même hardiesse, la même passion, pour la recherche de l'authentique et la même volonté d'explorer des voies nouvelles. 

En 1978, il donna une série de science-fiction : "Racconti di fantascienza", sur une idée de Fredric Brown, en développant une fois encore son thème le plus cher : la vanité de l'homme...mais à l'échelle du cosmos.  S'il est un homme qui ressemble à ses films, c'est bien Alessandro Blasetti. Le portrait que le grand cirque Nino Frank en a dressé, en 1950, dans son essai "Cinéma d'ell'arte", permet de s'en faire une idée assez précise : "Trappu et botté, la grosse moustache assassine, l'oeil sombre sous une visière braquée sur la cible à atteindre, on dirait le maître de quelques salle d'armes : c'est Alessandro Blasetti. Tout tempérament et santé, volontiers livré aux délires de l'inspiration

A suivre prochainement

 

 

 

                                                        1969

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