WILLIAM A. WELLMAN                1896 - 1975    

                         Cinéaste Américain

 

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  Vétéran de Hollywood, William A. Wellman utilisa avec bonheur tous les genres cinématographiques grâce à son exceptionnelle maîtrise technique. Ses plus grandes réussites resteront les westerns et les films de guerre.

Ses meilleurs films : "Wings" avec Clara Bow et un débutant du nom de Gary Cooper, "L'ennemi public" avec James Cagney, "Les Conquérants", "L'appel de la forêt" avec Clark Gable, "Une étoile est née",  "Beau Geste" avec Gary Cooper et Susan Hayward, "La lumière qui s'éteint" avec Ronald Colman et Ida Lupino, "Les forçats de la gloire", "Bastogne", "L'étrange incident, "Buffalo Bill", "La ville abondonnée" avec Gregory Peck, "Le rideau de fer", "L'allée sanglante" avec John Wayne et Lauren Bacall, "Au-Delà du Missouri" avec Clark Gable, "Aventures dans le Grand Nord", "Convoi de femmes" avec Robert Taylor...

                           

William Augustus Wellman est né le 29 février 1896 à Brookline, près de Boston. Avant de se consacrer au cinéma, il a été joueur professionnel de hockey sur glace; pendant la Première Guerre mondiale il est ambulancier à la Légion étrangère, puis pilote de chasse de la légendaire escadrille Lafayette. Son avion abattu, il fut grièvement blessé et reçut de nombreuses décorations.

A la fin de la guerre, il va se familiariser avec les techniques du cinéma, en débutant comme acteur dans "Douglas brigand par amour" (Knickerbocker Glory,1919) aux côtés de Douglas Fairbanks. Il sera ensuite garçon de courses aux studios Sam Goldwyn et exerca divers emplois sur le plateau avant de tourner pour la Fox son premier film comme réalisateur, "The Man Who Won" (1923), un western interprété par Dustin Farnum.

Les deux années suivantes, il réalise une série de six films ayant pour héros le légendaire cow-boy Buck Jones. Mais il semble en fait que seul "The Vagabond Trail" (1924) puisse être considéré comme un véritable western. En tout état de cause, il s'agit d'une hypothèse invérifiable, la plupart des films muets de Wellman ayant été perdus.

Au cours des années 20, Wellman va conquérir sa place dans la jungle de Hollywood. En 1927, on lui confie la réalisation des "Ailes" (Wings) avec Clara Bow, Charles "Buddy" Rogers et Gary Cooper, débutant. Ce film retrace les missions héroïques accomplies par l'aviation américaine en territoire français lors de la Première Guerre mondiale. Sa passion pour les avions, qui remonte à l'enfance, et son expérience personnelle de pilote de guerre confèrent au film une grande authenticité. Aucun autre de ses films d'aviation n'égalera d'ailleurs le dynamisme et la puissance d'émotion des "Ailes". Le film, qui sortit une première fois en muet en août 1927 puis une deuxième fois avec musique et effets sonores en janvier 1929, obtint l'Oscar du meilleur film cette année-là. 

Au début des années 30, William A. Wellman consolide sa position à Hollywood, tournant 17 films en trois ans pour la Warner. Ces oeuvres, dont la plus connue est "L'ennemi public" (The Public Ennemy,1931) avec James Cagney font encore l'unanimité aujourd'hui par leur étonnant modernisme et leur ton très personnel.

En 1933, Wellman réalise "Wild Boys of The Road" qui s'inscrit dans la grande tradition des films sociaux dont la Warner s'était faite la spécialiste dans les années 30. La fin du film fut mutilée et transformée en "happy-end", au grand désespoir du cinéaste qui déclara : "La fin de "Wild Boys"! interminable! Jack Warner est un homme méprisable et je le hais. Oui il l'a changée et c'est dégueulasse. Le pauvre juge regardant son fils...une triste fin, vraiment. Ils étaient tous supposés se rendre là où on garde les enfants, en maison de correction..."

A la même époque, Wellman tourne "Les Conquérants" (The Conqueros,1932) pour la RKO. Cette saga d'une famille de banquiers, qui se déroule sur trois générations, va de la guerre de Sécession à la grande crise de Wall Street. Pour la première fois depuis "The Vagabond Trail", Wellman aborde l'univers du western, qu'il saura restituer avec beaucoup d'originalité. Dans la scène impressionnante de la pendaison des voleurs de chevaux, il filme d'abord la rangée de noeuds coulants fixés à une grosse branche, puis les hommes qui montent à cheval et attachent les cordes aux selles pour la pendaison; tandis qu'ils s'éloignent lentement, les corps des douze pendus s'élèvent depuis le bas de l'écran.

Les meilleurs films de Wellman sont bâtis sur des plans-séquences semblables à celui-ci. L'enchaînement des informations visuelles successives permet au spectateur d'analyser lui-même le thème directeur de la scène au lieu de le découvrir par le procédé sélectif du montage. Wellman avait utilisé ce type de prise de vues pour la première fois et avec beucoup de succès dans "L'Ennemi public". Il y aura à nouveau recours pour "Robin des bois de l'Eldorado" (Robin Hood of Eldorado,1936), son premier western parlant produit par la MGM. Il s'agit d'une évocation de la figure légendaire du mexicain Joaquim Murrieta, incarné par Warner Baxter, qui déclara la guerre aux Etats-Unis dans le territoire qui deviendra l'Etat de Californie. Bien que les producteurs aient considérablement édulcoré le projet initial, Wellman décrit de façon saisissante l'attitude "impérialistes" des américains face au peuple mexicain. La fusillade finale, montrée comme une boucherie sanglante, est caractéristique du style sans concessions du cinéaste.

"La Petite Provinciale" (Small Town Girl,1936) permit au cinéaste William A. Wellman de réunir sur un même plateau : Janet Gaynor, Robert Taylor et un débutant du nom de James Stewart. C'est à la même époque que le réalisateur venait d'achever le tournage de "L'Appel de la forêt" (Call of the Wild,1935) avec Clark Gable et Loretta Young.   

Wellman collabore ensuite avec le producteur David O. Selznick à l'élaboration et la réalisation d' "Une étoile est née" (A Star is Born,1937) avec Janet Gaynor et Fredric March. Le film fut nominé sept fois aux Oscars dont Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleur Acteur et Meilleure Actrice...Après ce succès incontesté,  Wellman, Fredric March et David O. Selznick, commencèrent le tournage de "La Joyeuse suicidée" (Nothing Sacred,1937) sur un scénario de Ben Hetch avec Carole Lombard. Le succès de ces deux films lui vaut de décrocher un contrat de producteur-réalisateur à la Paramount (pour laquelle il a déjà travaillé dans les années 20) et lui assure une plus grande indépendance.

Pour Wellman, la fin des années 30 est marquée par trois brillantes réussites sur des scénarios de Robert Carson. "Les Hommes volants" (Men With Wings,1938) est un hommage fervent à l'aviation, avec plusieurs scènes de bataille à couper le souffle. Le célèbre "Beau Geste" (1939) avec Gary Cooper, Ray Milland, Robert Preston et Susan Hayward exalte les traditions de l'héroïsme de la Légion étrangère.

"La Lumière qui s'éteint" (The Light That Failed,1939) adapté du grand roman de Kipling, bénéficia d'une superbe interprétation réunissant Ronald Colman, bouleversant dans le rôle du peintre qui devient peu à peu aveugle, et Ida Lupino.    

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                        Les Pilotes de la mort (Legion of the Condemned,1928)

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                                Les Mendiants de la vie (Beggars of life,1928)

           

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                                Les Nuits de Chinatown (Chinatown Nights,1929)                 

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                  La Lumière qui s'éteint (The Light That Failed,1939)

 

Durant les années 40, Wellman s'essaye aux genres les plus divers, de la comédie satirique comme "Roxie Hart" (1942) avec Ginger Rogers, ou "L'Etrangleur" (Lady of Burlesque,1943), interprété par Barbara Stanwyck, au reportage réaliste et dépouillé, quasi documentaire, des "Forçats de la Gloire" (The Story of G.I. Joe,1945). La decennie s'achévera par un autre film de guerre, "Bastogne" (Battleground,1949) avec Van Johnson.

On peut également citer : "L'étrange incident" (The Ox-Bow Incident,1944) réalisé en 1943 et distribué en 1944, le film de Wellman passa pratiquement inaperçu et ne fut redécouvert qu'après la guerre. Pourtant ce fut l'un de ses meilleurs films, il apporte au western un ton absolument neuf. Contrairement à John Ford, qui met l'accent sur l'action, Wellman privilégie les personnages, leur donnant une remarquable densité psychologique.

Les critiques seront donc quelque peu désorientés par le film suivant, "Buffalo Bill" (1944), qui semble marquer un retour au western traditionnel. Pourtant à travers la figure légendaire de William Frederick Cody, dit "Buffalo Bill", Wellman tente d'aborder la mythologie de l'Ouest avec un oeil nouveau. Cody, fils de la Prairie et proche de la nature, a plus d'affinités avec les indiens qu'avec les envahisseurs blancs qui entreprennent de "civiliser l'Ouest et surtout d'exploiter ses ressources naturelles. Tout comme dans "Robin des bois de l'Eldorado", le cinéaste laisse transparaître son idéal pacifiste et il se livre à une critique lucide du racisme qui a été le fondement de la colonisation du Far-West. En filmant la bataille de War Bonnet Creek, Wellman se refuse implicitement à prendre parti pour l'une ou l'autre faction, et cette scène sauvage et chaotique dégage un profond sentiment d'horreur. "Buffalo Bill" est, en fait, un hommage à "l'homme naturel" et un réquisitoire amer contre l'avidité de l'homme blanc.

Le western suivant,"La Ville abandonnée" (Yellow Sky,1949) met en scène une bande de voleurs de banque dirigée par Gregory Peck et Richard Widmark (dont c'est le premier western) et leur arrivée dans une ville fantôme, dont les seuls habitants sont un vieillard et sa nièce incarnée par Anne Baxter. Tout le film baigne dans un climat d'avidité malsaine, autour de la cachette où le vieux a entreposé son or. Cette soif de l'or des hors-la-loi est décrite ici de la même façon que la soif de sang qui emporte la foule déchaînée dans "L'étrange incident", et "La ville abandonnée" baigne dans la même atmosphère de cauchemar, à ceci près qu'il existe malgré tout une possibilité de rachat, puisque Gregory Peck prouve qu'il n'est pas foncièrement malhonnête. Du fait que Wellman s'abstient de montrer l'affrontement final entre Peck et Widmark, certains critiques en ont conclu que le réalisateur ne s'était pas réellement senti concerné par son sujet. Or il s'agit du même refus de prendre parti que dans les films précèdents et les images gagnent une force accrue de cette neutralité apparente. Le vrai problème pour Wellman, ce n'est jamais de choisir entre la vie et la mort, entre le courage et la lâcheté, c'est de survivre au prix de la moindre compromission.

La même année que "La Ville abandonnée", Wellman réalise "Le Rideau de fer" (The Iron Curtain,1949), premier film de la fameuse série "antirouge" fondé sur les révélations authentiques d'un transfuge soviétique et dénonçant les atrocités staliniennes. Le mauvais accueil réservé à ce film en Europe, en France particulièrement, n'empêchera pas Wellman de récidiver avec "L'Allée Sanglante" (Blood Alley,1955), produit et interprété par John Wayne et dirigé cette fois contre la Chine de Mao. L'engagement de Wellman, loin d'être accidentel, correspond à une conviction profonde, ce qu'on oublie parfois de rappeler. 

                             L'inspiratrice (The Great Man's Lady,1942)

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                               L'étrangleur (Lady Of Burlesque,1943)

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                           Les Forçats de la gloire (The Story of G.I. Joe,1945)

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                                   Le Rideau de fer (The Iron Curtain,1948)

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Cas presque unique parmi les grands réalisateurs américains, Wellman est aussi à l'aise pour tourner en intérieurs qu'en décors naturels. Ainsi pour "Bastogne", il saura utiliser toutes les possibilités offertes par le studio. En revanche, "Au-delà du Missouri" (Across the Wide Missouri,1951) avec Clark Gable, sera presque entièrement tourné en extérieurs dans les montagnes Rocheuses. Ce western est un hommage aux rudes habitants des montagne et décrit leur rapport avec la nature et avec les tribus indiennes. Certaines séquences montrent avec une précision digne d'un documentaire les rites saisonniers des montagnards et les traditions indiennes. Mais le film sera mutilé avant sa sortie par la MGM et perdra beaucoup de son impact. 

On peut opposer le Technicolor resplendissant d'"Au-delà du Missouri" au noir et blanc austère de "Convoi de femmes" (Westward the Women,1951), où Robert Taylor escorte, tout au long d'un voyage de 3 220 km, une caravane de femmes qui se rendent en Californie pour rejoindre leurs futurs maris, qu'elles ne connaissent que par leurs photographies. Wellman et l'opérateur William C. Mellor ont volontairement banni toute splendeur plastique qui aurait pu nuire au réalisme des images. Aucune rhétorique non plus, et les classiques scènes d'action, de tradition dans tout western, sont réduites au minimum. Le film en tire une force exemplaire. Lors de la séquence finale, lorsque les femmes arrivent enfin devant leur promis, l'une d'elles commence à jouer un petit air d'harmonica, puis un violon lui répond. Et on réalise brusquement que jusque-là, pas la moindre note de musique n'a accompagné les images.

Inédit en France, "Track of the Cat" (1954) avec Robert Mitchum, est adapté d'un roman de Walter Van Tilburg Clark, à qui l'on doit aussi le sujet de "L'étrange incident". Les habitants d'un ranch perdu dans la nature vivent dans la terreur d'un puma qui exerce des ravages dans la région. Mais pour chacun, la bête revêt une signification symbolique différente. C'est l'un des films les plus stylisés de l'oeuvre de Wellman; tourné en Cinémascope en en Technicolor, il donne paradoxalement l'impression du noir et blanc du fait des rares notations chromatiques. Fidèle à son style, Wellman choisit délibérément de ne jamais montrer le puma aux spectateurs.

Dès le milieu des années 50, Wellman commence à contempler Hollywood avec un oeil désenchanté. La nouvelle vague de bureaucrates en complet veston envahit les studios où il avait dû affronté des magnats incultes et grossiers, mais amoureux du cinéma. Toutefois, il est encore un réalisateur fort populaire : "Ecrit dans le ciel" (The High and The Mighty,1954) avec John Wayne, a fait 7 millions de dollars de recettes au cours de sa première année d'exploitation, et le metteur en scène à droit par contrat à un tiers des bénéfices, ce qui lui permet de consolider sa situation financière.

Le dernier film de Wellman, "Lafayette Escadrille" (1958) avec Tab Hunter incarnant un as de la Première Guerre mondiale plus de trente ans après "Les Ailes", renferme quelques références à son expérience de pilote de guerre. Mais lorsque la Warner annonce son intention d'y apporter des modifications, à commencer par le remplacement du titre prévu à l'origine, "C'est la guerre", Wellman abandonnera la bataille. Il a toutefois annoncé d'autres projets pour les années à venir, mais aucun ne verra le jour.

Wellman travaillait toujours en suivant son instinct profond, ce qui ne l'a pas empêché de réaliser certaines des oeuvres les plus abstraites et les plus raffinées du cinéma américain; volontairement dépouillés de tout effet spectaculaire, ses films n'en conservent par moins une très grande puissance d'évocation et ne sont dénués ni d'émotion ni de tendresse.   

William A. Wellman, l'un des immortels de Hollywood qui n'a dirigé pas moins de 82 films sans jamais obtenir un seul Oscar, mais dont on ne compte plus les réussites éclatantes, est décédé des suites d'une leucémie, le 9 décembre 1975, à l'âge de soixante-dix neuf ans, dans sa propriété californienne de Brentwood. 

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                                   Convoi de Femmes (Westward the Women,1951)

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