DÉCÈS DU MAÎTRE DE LA COMÉDIE ITALIENNE 

         MARIO MONICELLI            1915 - 2010 

 

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       L'un des maîtres de la comédie italienne, Mario Monicelli, des années 1940-1960, est mort lundi 29 novembre 2010 après s'être jeté du quatrième étage de l'hôpital romain où il avait été admis quelques jours plus tôt, a annoncé l'établissement. Il avait 95 ans.

Mario Monicelli, qui était soigné à l'hôpital San Giovanni pour des problèmes pancréatiques, s'est défenestré lundi soir, a précisé Anna Scoltore, qui dirige le service de presse de l'établissement, en ajoutant que son état semblait incurable.

Le cinéaste a travaillé au cours de sa carrière avec les plus grands noms de la comédie italienne, dont Marcello Mastroianni, Toto et Alberto Sordi. Il a notamment réalisé "Le pigeon" (1958), "La grande guerre" (1959), qui avait reçu le Lion d'or au Festival du film de Venise, et "Casanova 70" (1965).

Il avait reçu en 1991 un Lion d'or d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. Né
à Viareggio en Toscane le 16 mai 1915.
Reconnu comme le père de la comédie à l'italienne, Mario Monicelli a illustré, depuis la fin des années 40, une vision à la fois satirique et pathétique de la condition humaine et du caractère national italien.

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Mario Monicelli est né à Viareggio en Toscane le 16 mai 1915, dans une famille d'écrivains, d'éditeurs et de journalistes. Elève satisfaisant, il suit des études universitaires d'Histoire et de Philosophie à Pise puis à Milan.

En 1933, Mario Monicelli écrit plusieurs articles dans la revue "Camminare". Deux ans plus tard, il dirige et produit avec Alberto Mondadori un long métrage 16 mm : "I Ragazzi Della via Pal" (1936), film de format réduit et fut présenté hors concours à la Mostra de Venise, où il fut d'ailleurs récompensé. Après un long apprentissage comme assistant à la réalisation ou comme scénariste de cinéastes comme Gustav Machaty, Augusto Genina ou Pietro Germi

Toute sa carrière nous démontrera un artiste conscient de ses limites, mais également de ses possibilités, ce qui lui permet d'échapper à la routine et d'aborder avec lucidité les sujets les plus difficiles, et de les traiter avec le maximum d'éfficacité. Pendant quatre années successives, Monicelli co-réalise huit films avec Sténo dont : "Au diable la célébrité" (Al diavolo la celebrita, 1949), "Dans les coulisses" (Vita da cani, 1950), "Gendarmes et Voleurs" (Guardie e ladri, 1951) (Le cinéaste dépeint les faiblesses d'un carabinier) et "Les Infidèles" (Le Infedeli, 1952).

Avec "Toto cherche un appartement" (Toto cerca casa, 1949), le tandem Steno-Monicelli ne faisait qu'ajouter un titre deplus à la liste de tous les films que le grand acteur comique devait interpréter à partir de la fin des années 40, films généralement caractérisés par une réalisation extrêmement sommaire et uniquement destinés à enregistrer sur pellicule les "numéros" d'un Toto incapable de ne pas dissiper son talent.

Mais les deux réalisateurs eurent le mérite, avec "Gendarmes et Voleurs", d'offrir l'exception qui confirmait la régle. Un scénario solide et intelligent, auquel avaient collaboré des écrivains pleins d'esprit comme Vitaliano Brancati et Ennio Flajano, servait de support à l'un des meilleurs personnages de Toto, un escroc sympathique et rusé, avec pour protagoniste un Aldo Frabrizi excellent en uniforme de carabinier. Le film était par ailleurs cinématographiquement tout à fait réussi et d'une verve comique très équilibrée.

L'association Steno-Monicelli pris fin lorsque les deux réalisateurs décidèrent de travailler séparément, après avoir tourné huit films ensemble. Le dernier "Les Infidèles" relevait curieusement du genre dramatique et analysait différents aspects de la psychologie féminine dans le contexte d'une société en crise.

Mario Monicelli allait cependant retrouver sans tarder son inspiration comique avec "Toto e Carolina" (1953), histoire d'une jeune orpheline qui, repoussée de tout le monde et désespérée trouve enfin hospitalité et réconfort chez le carabinier chargé de la ramener dans son village. Le film eut à subir les foudres de la censure, qui n'imposa pas moins de 39 coupures. Avec pour résultat, de l'avis même de Monicelli, de dénaturer complètement cette oeuvre qui n'en reste pas moins sa meilleure tentative, la plus conforme à son tempérament, dans une période de tâtonnements durant laquelle il s'essaya à différents genres sans réussites notables avant de réaliser, en 1958, son premier chef-d'oeuvre.

Avec "Le Pigeon" (I soliti ignoti, 1958), Mario Monicelli pourrait avoir signé l'oeuvre la plus drôle de tout le cinéma comique italien. C'est en effet l'histoire désopilante d'une bande de petits voleurs "à la manque" qui se mettent en tête d'organiser minutieusement et scientifiquement un "casse" retentissant, mais qui, au moment de passer à l'action, se montrent si bêtes et si maladroits qu'ils se trompent de cible et se retrouvent dans la cuisine du lieu-même où ils ont pénétré par effraction. Ecrit en collaboration avec les fidèles Age et Scarpelli, auxquels s'est jointe la talentueuse Suso Cecchi d'Amico, le scénario est rempli de trouvailles irrésistibles et de situations parodiques, manifestement destinées à tourner en dérision les films de gangsters et leur fâcheuse tendance à l'idéalisation.

Cependant, au-delà de cette savoureuse parodie, ce film au rythme très soutenu offre une merveilleuse peinture d'un petit univers romain rempli de figures pittoresques et authentiques, bien que poussées à la caricature, qu'interprètent de remarquables comédiens parmi lesquels Vittorio Gassman qui fait une composition stupéfiante révélant au grand jour et pour la première fois ses immenses aptitudes à la farce cinématographique.

                        

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On le retrouvera d'ailleurs dès le film suivant de Monicelli, "La Grande Guerre" (La granda guerra, 1959), où il forme avec Alberto Sordi un impayable duo de "pousse-cailloux", balourds et flemmards, de tire-au-flanc typiques qui, vers la fin de la Première Guerre mondiale, deviennent les symboles d'une armée en pleine décomposition matérielle et morale, et qui traversent de multiples et picaresques péripéties à seule fin de trouver à manger et de sauver leur peau. Et pourtant cette cinglante comédie résolument anti-héroïque s'achèvera de la plus paradoxale des façons puisque les deux pitoyables gaillards trouveront la mort en refusant de livrer des renseignements à l'ennemi. Cette fin d'une tragique amertume renforce une vision particulièrement atroce de la guerre, vision qui devait soulever l'ire du conformisme et de la réaction, mais qui n'empêcha pas le film d'obtenir le Lion d'or à la Mostra de Venise, ex aequo avec "Le Général Della Rovere" de Roberto Rossellini.   

Monicelli jette un regard fraternel et apitoyé sur un petit peuple je-m'en-foutiste  et  parfois hésitant, qui déploie des ressources insoupçonnées pour sortir de la misère, et qui est capable d'étonnants sursauts d'orgueil. C'est pourquoi les histoires racontées par le cinéaste sont souvent des histoires de groupes, de coalitions réunies pour tenter d'impossibles entreprises ou pour chercher d'improbables moyens d'échapper à l'indigence ou à la contrainte, avec une insistance particulièrement sur le thème de l'amitié et, de manière plus générale, de la solidarité humaine. Mais ces histoires sont aussi, presque toujours, des constats d'échec pleins de mélancolie et d'amertume, parfois même de désespoir lorsque la tragédie s'en mêle.

 

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Le trait le plus caractéristique de la personnalité de Mario Monicelli, c'est ce contraste permanent entre une attention sociologique et morale d'une lucidité impitoyable, d'une part, et, d'autre part, une veine comique qui lui est naturelle.

En 1961, Monicelli dirige en compagnie de Fédérico Fellini, Luchino Visconti et Vittorio de Sica, un film collectif "Boccace 70" : l'épisode de Monicelli s'intitulait "Renzo et Luciana"  et fut supprimé dans la version projetée à l'étranger en dépit des protestations du réalisateur.

Dans "Les Camarades" (I Compagni, 1963), son oeuvre peut-être la plus poignante. La part de l'humour et de la caricature est effectivement des plus hésitantes dans cette évocation de la première grève ouvrière organisée à Turin, à la fin du XIX siècle. Si l'on sourit parfois c'est à cause de la tendresse dont Monicelli entoure ses personnages, de l'humanité pudique qui préside à la peinture de leurs malheurs. Mais il y a aussi dans ce sourire un goût d'amertume, qui n'est pas loin souvent de celui des larmes.

De tout ses films, celui que Mario Monicelli préfère est "L'Armée Brancaleone" (L'armata Brancaleone, 1966), dont il a lui-même affirmé qu'il constituait quelque chose de totalement nouveau dans le cinéma italien : "Personne avant moi n'avait songé à présenter le Moyen Age sous l'angle de l'ironie et du grostesque, en démystifiant la rhétorique de l'héroïsme, les chevaliers errants, les donzelles, l'amour courtois, les tournois, le langage. Personne n'avait encore mis en scène cette Italie des gueux et des va-nu-pieds. Pour ce film, j'ai dû tout inventer."

Cette chronique d'une sorte de petit Don Quichotte italien, incarné par Vittorio Gassman, est d'une originalité sans précédent, à commencer par les extraordinaires dialogues d'Age et Scarpelli, écrits dans un mélange de latin de cuisine et d'italien ancien. Cette vision grotesque du Moyen Age est d'autant plus stupéfiante qu'elle est en définitive d'une très profonde réalité. Monicelle renouvellera cet exploit avec "Brancaleone s'en va-t'aux croisades" (Brancaleone alle crociate, 1970), film dans lequel le pathétique finit par l'emporter sur la satire et où le malheureux Brancaleone, toujours aussi brillamment interprété par Gassman, livre dans les déserts de Palestine son dernier combat contre la Mort en personne : cette séquence sublime, digne de figurer dans une anthologie du fantastique, retrouve l'inspiration tragique de l'art médiéval le plus authentique. Ce film obtint sept ans plus tard le Grand Prix du Festival d'Humour de Chamrousse, ce qui permet au film de sortir en exclusivité sur les écrans parisiens.

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Mario Monicelli a peut-être alors déjà donné le meilleur de lui-même. Parmi ses réalisations des années 70, la plus impressionnante demeure sans conteste : "Un Bourgeois tout petit petit" (Un Borghese piccolo piccolo, 1977), où Alberto Sordi campe magistralement un petit fonctionnaire ministériel que l"assassinat de son fils métamorphose en justicier sadique et monstrueux. A cette allégorie cruelle et désanchantée de la société italienne contemporaine, il convient toutefois d'ajouter : "Romances et Confidences" (Romanzo popolare, 1974), et, surtout, "Mes Chers Amis" (Amici mei, 1975), film pessismiste issu de l'imagination drolatique et funèbre de Pietro Germi, et donc ce dernier avait confié la réalisation à son vieil ami Monicelli, peu avant de mourir.

On peut également citer "Caro Michele" (1976), film assez inattendu qui offre une intéressante analyse d'une bourgeoisie en voie de décomposition ainsi que "Rosy la bourrasque" (Temporale Rosy, 1979), dont l'échec commercial apparaît injustifié. Curieusement situé dans le milieu du catch féminin, ce film "forain" avait peut-être pour principal inconvénient, comme plusieurs critiques l'ont souligné, de ne pas être un produit de facture hollywoodienne. Mais en dépit de l'exubérance athlétique de Faith Minton, il faut bien dire aussi que c'était plus du très grand Mario Monicelli.

         

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               Sur le tournage de "Rosy la Bourasque" (1980) Depardieu, Monicelli...

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